J'ILLES
Toute lille faisant te vague a un amant de cœur, qu'en termes de police on nomme souteneur, et qu'en termes de dames de la halle on appelle d'un nom plus expressif encore.
Un amant de cœur, c'est étrange, n'est-ce pas, et cependant cela est ainsi. Le premier mouvement est de se demander : est-ce que ces filles-là ont un cœur?
Hélas oui, mesdames; il faut bien, les malheureuses, qu'elles tiennent au monde par quelque chose, ne fût-ce que pour épuiser, avec toutes les humiliations de la société, toutes les souffrances de la terre.
Voici les deux causes qui déterminent la prostituée à prendre un amant, c'est-à-dire, à se donner ce maître dont nous parlions tout à l'heure.
La première, la plus commune, la plus déterminante, c'est de se rattacher à quelque chose d'humain dans l'état de dégradation sociale où la fille est tombée, à ses propres yeux. C'est d'avoir quelqu'un qui, dans l'indifférence générale dont elle est entourée, lui prouve qu'il s'intéresse à elle, même en la battant.
La seconde 'cause est que la corporation des souteneurs ne permettrait pas qu'une fille restât sans amant.
Dans le premier eas, c'est le choix libre et indépendant de la fille qui détermine son affection ; dans le second cas, c'est la nécessité.
Occupons-nous de cette classe curieuse d'individus qui fait, en échappant à son pouvoir, le désespoir de la police.
Auprès de toute industrie, il y a une autre industrie plus basse, qui la côtoie et qui vit d'elle.
Ainsi, la fille publique a près de son industrie qui l'enrichirait peut-être, l'industrie de l'homme entretenu qui la ruine certainement.
Car le véritable titre à donner à l'amant de cœur de la prostituée, n'est ni le titre que les dames de la halle lui ont donné, ni celui que les agents de police lui donnent , mais bien celui que nous lui donnons.
Le Ruffiano, comme on dit en Italie, existe peu aujourd'hui en France ; ce sont en général les femmes qui ont usurpé leurs honorables fonctions. D'un autre côté, le souteneur de Gilblas, de Gusman d'Alfarache et de Lazarille de Tormes, qui se cache sous le lit, qui se blottit dans un coffre, qui s'enferme dans une armoire, pour dévaliser l'imprudent visiteur, n'existe plus. On peut, à l'heure qu'il est, si l'on monte chez une fille en carte, poser sa bourse sur la cheminée, poser sa montre sur la table de nuit, et on les retrouvera où on les a mises.
Nous en revenons donc au titre d'homme entretenu que nous avons donné à l'amant de cœur de la prostituée faisant le vague; nous verrons plus tard la différence qu'il y a sur ce point entre celle-ci et la fille de maison.
Les hommes entretenus forment une corporation, comme autrefois celle des bouchers, des boulangers et des tailleurs : seulement, comme toutes les lois de cette corporation sont verbales, comme tous les règlements sont traditionnels, comme rien ne prouve l'association, les tribunaux sont impuissants pour la dissoudre, et la police se borne à la surveiller.
Nous avons dit où se recrutait la prostitution ; disons où se recrute la corporation des hommes entretenus.
Le Wauxhall autrefois, le Prado depuis, et le bal Montesquieu maintenant, sont les pépinières où les filles vont en général chercher leurs amants de cœur.
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Là, elles rencontrent quelque petit ouvrier menuisier, ébéniste, peintre en bâtiments, qui vient dépenser, au profit du plaisir, l'économie de son travail de toute la semaine: la fille l'agace, l'embauche, et l'emmène chez elle.
Le lendemain, l'ouvrier qui a l'habitude de se lever à cinq heures du matin se réveille à huit : il est trop tard pour se présenter chez son maître, et commencer sa journée.
D'ailleurs la fille le retient.
— Mais, dit l'ouvrier, il faut cependant que je gagne mes trois francs.
— En voilà cinq, dit la fille.
Si l'ouvrier accepte, il est perdu : car il verra qu'il peut gagner deux francs de plus par jour à ne rien faire, qu'à travailler douze heures.
Mais ce n'est pas le tout qu'un ouvrier soit choisi par une fille pour entrer dans la corporation des amants de cœur : il faut encore qu'il soit reçu par l'association qui ne veut admettre que des individus dignes du corps.
Vous savez ce qu'on appelait autrefois tâter un soldat : quand ce soldat arrivait au quartier, le spadassin de la compagnie allait lui chercher querelle, et si le nouveau venu reculait, tout était dit, chacun le souffletait ou lui crachait au visage jusqu'à ce qu'il eût quitté le régiment.
11 en est ainsi de Y homme entretenu : à peine une fille en carte a-t-elle fait un choix nouveau, et s'est-elle donnée à un homme inconnu à la corporation, que le bruit de cet événement se répand dans la corporation, et un des terribles saisit la première occasion de lui chercher querelle.
11 va sans dire que si l'occasion ne se présente pas, le provocateur s'en passe en en créant une.
L'intrus, une fois insulté, de deux choses l'une : ou il refuse le combat, et alors il est hué, honni, conspué, chassé, et cela par sa maîtresse, la première; il fait donc abnégation de ses prétentions, s'éloigne, rentre dans les rangs de la société qu'il a abandonnés, y reprend la place qu'il avait quittée, et renonce à tout jamais à l'espoir qui lui avait souri un instant ; ou il accepte la lutte, et alors on convient des conditions du combat, et du lieu et de l'heure où il sera livré.
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L'heure est ordinairement au crépuscule, le lieu une de ces petites rues qui avoisinent les corps-de-garde ; le mode du combat, la savate %
Puisque nous avons prononcé ce mot, arrêtons-nous un instant sur lui, il en vaut bien la peine.
La savate est aujourd'hui un art, comme le cancan est une danse; les gens du monde les ont élevés tous deux à une hauteur, qu'on ne les croyait ni l'un ni l'autre destinés à atteindre.
Tant que la savate est restée une lutte populaire, un duel de ïiti à Titi , la savate n'a pas fait de grands progrès , car elle se conservait pure et traditionnelle ; mais la fusion des rangs a amené la rencontre des grands et des petits, de l'homme du monde et du crocheteur : l'absence du respect qu'on portait aux habits dè velours et de soie, a fait naître le mépris et la haine des habits de drap ; autrefois, pour l'homme du peuple, le grand seigneur était un protecteur qui le faisait vivre ; aujourd'hui, pour le dernier manant, l'homme comme il faut est un usurpateur qui lui prend sa part des biens de ce monde.
Tous les matins, il y a des journaux qui, ne sachant pas ce que c'était que la loi agraire chez les Romains, prêchent la loi agraire. Tous les jours il y a des économistes qui, sous le nom de Saint-Simoniens, de Communistes et de Phalanstériens, préconisent le partage des fortunes et l'abolition de l'hérédité ; tous les soirs il y a des filous qui mettent la théorie en pratique.
Pour tout homme pauvre, comme nous l'avons dit, l'homme riche est donc aujourd'hui un ennemi; car il retient son bien, lui enlève sa part de bonheur, et lui impose le travail à l'aide duquel seulement il peut se procurer son pain de chaque jour.
D'ailleurs, si pauvre qu'il soit, et cela est juste, l'homme du peuple est, devant la loi, l'égal de l'homme du monde : il jouit des mêmes droits, et peut réclamer de tout agent de l'autorité une égale protection.
D'un autre côté, comme en même temps qu'il prenait à l'homme du peuple le désir de monter, il prenait à l'homme du monde le caprice de descendre. Il résulta, de ce double déplacement, un terrain neutre sur lequel le goujat et l'homme comme il faut se rencontrèrent. Ces terrains neutres furent successivement la descente de la Courtille, les bals masqués de Franconi, de la porte Saint-Martin. a. 42
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des Variétés, de l'Odéon, de la Renaissance, de M i isard, et aujourd'hui de l'Opéra.
Nous désignons, comme on le voit ici, les localités principales abandonnant les localités secondaires.
Cette réunion de l'homme du peuple presque toujours envieux avec l'homme du monde quelquefois insolent, amena des rixes; il n'y avait pas moyen d'élever l'homme du peuple jusqu'au duel à l'épée et au pistolet, force fut à l'homme du monde de descendre jusqu'à la lutte à coups de pied, et le combat à coups de poing.
Presque toujours, grâce à l'habitude de cette sorte de combat et à l'étude qu'en avait faite son adversaire, l'homme du monde fut vaincu.
Toute intelligence veut réagir contre ce qui l'opprime, que l'oppression vienne de la force ou de l'habileté ; l'homme du monde décida donc qu'il rétablirait l'égalité par l'étude.
Dès lors, le besoin du maître de savate se fit sentir dans la société, et le maître de savate fut .
11 y avait bien déjà le maître de bâton; mais avec le bâton on assomme, et la moralité du gouvernement constitutionnel ne permet point qu'on en arrive jusque là; d'ailleurs on ne peut pas toujours sortir avec un bâton de longueur, comme un compagnon du tour de France, et depuis Germanicus on est, comme chacun le sait, forcé de laisser sa canne à la porte des théâtres.
La savate devint donc, à partir de ce moment, une portion non pas essentielle de l'éducation de l'homme du monde, mais une partie complémentaire de ses arts d'agrément.
Les trois quarts de nos jeunes gens comme il faut, de ce qu'on appelait autrefois nos dandys, et de ce qu'on appelle aujourd'hui nos lions, sont les premiers savaliers du monde.
Mais l'art de la savate se traîna d'abord dans les errements connus, le professeur s'en tint aux traditions vulgaires, et l'homme ilu monde, après une étude plus ou moins longue de cet art, se trouva tout bonnement, sous ce rapport, l'égal de l'homme du peuple.
C'était déjà beaucoup pour lui qui avait été long-temps son inférieur, mais ce n'était pas assez, ce n'était pas le tout de pocher un œil, d'écraser un nez ou de déchirer une jambe, il fallait rentrer chez soi avec les tibias intacts, le nez préservé, et les yeux sains et saufs.
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Or, pour parvenir à ce résultat, ce n'était point assez d'arriver à être l'égal de l'homme du peuple, il fallait l'écraser par une puissante supériorité.
Les individus naissent en harmonie avec leur temps. Si les grandes époques manquent parfois aux hommes, il est bien rare que les hommes manquent jamais aux grandes époques : un homme de génie apparut. — Cet homme, c'est Charles Lacour.
Charles Lacour commença par étudier la savate," et arrivé à une force supérieure, d'écolier il se lit maîtr e tout en convenant cependant, ce qui est rare chez les professeurs, que la savate, même comme il l'enseignait, était un art incomplet.
Il rêvait donc nuit et jour aux moyens de perfectionner cet art.
Comme il était plongé au plus profond de ses .calculs théoriques, il entendit parler de la boxe.
Quand je faisais partie delà garde nationale, et que mon sergent, avec grand' peine, m'avait fait faire demi-tour à droite, il s'arrêtait, haletant, s'essuyait le front avec son mouchoir, puis me disait, d'une voix lente, accentuée et solennelle, afin de rendre la démons-» tration plus lucide :
« Maintenant , monsieur Dumasse, demi-tour à gauche est exactement la même chose que demi-tour à droite, excepté que c'est tout le contraire. — Allez. »
Eh bien! pour me servir de la démonstration de mon sergent qui m'a toujours* paru la figure la plus claire de l'école de peloton, — Je redirai après lui :
« La boxe est exactement la même chose que la savate, excepté que c'est tout le contraire. — Allez! »
En effet, écoutez bien ceci : et vous en tirerez encore cette conséquence politique qu'il y a, outre la haine nationale, une antipathie naturelle entre l'Anglais et le Français ; n'en déplaise aux proneurs de l'alliance anglaise.
En effet l'Anglais dans la boxe, — -la boxe est la savate de l'Angleterre, ■ — • a perfectionné l'usage des bras et des poings, tandis qu'il n'a considéré les jambes et les pieds que comme des ressorts destinés à rapprocher ou à éloigner le boxeur de son adversaire.
Tout au contraire, dans la savate, qui est la boxe de la France, le Parisien avait fait de la jambe et du pied les agents principaux, ne considérant les mains que comme armes défensives.
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11 en résulte que l'Anglais perd toute la ressource qu'il peut tirer des pieds, tandis que le Français perdait toute l'aide qu'il pouvait espérer des mains.
Charles Lacour rêva cette grande entreprise, cette splendîde utopie, ce suprême perfectionnement de fondre ensemble la boxe et la savate.
11 partit pour l'Angleterre, et sans leur dire qui il était, il prit, comme un écolier ordinaire, des leçons de Swift et Adams, les deux premiers boxeurs de Londres.
Puis lorsque l'écolier se sentit maître, il revint à Paris, et mit sa théorie en pratique.
De cette combinaison est née la savate contemporaine; cet art terrible qui met l'homme qui le possède en état de lutter, non seulement avec un homme plus fort que lui, mais avec quatre hommes d'une puissance supérieure à la sienne.
A partir de ce moment, et grâce à la réunion des pieds et des poings, qui fait des quatre membres, dont Dieu, dans sa prévoyance, a doué l'homme, des armes tour à tour défensives et offensives. La victoire de l'homme du monde sur l'homme du peuple ne fut plus douteuse, et la supériorité se trouva établie en faveur de l'aristocratie.
Nous disions donc avec raison que la savate était un art.
Maintenant que nous l'avons prouvé, revenons à notre sujet, dont cette digression nous a écarté, sans cependant nous en faire sortir.
Si donc, comme nous l'avons dit, le néophite accepte le déli, les deux champions, accompagnés de leurs témoins, se rendent au lieu désigné, et là le combat s'engage.
C'est une chose non moins curieuse à voir qu'un duel, je vous jure.
D'abord, comme dans un duel, où les adversaires se tàtent l'un l'autre par des dégagements et des feintes, chaque savatier commence par ce qu'on appelle les coups de principes. Attaquant par les coups de pied bas, qui ont pour but de mettre à nu les os des jambes, ripostant par les coups de pied d'arrêt, qui ont pour résultat de couper le diaphragme. Au bout d'un instant de cette lutte préparatoire, comme ils ne connaissent pas encore la boxe-savate et qu'ils s'en tiennent à l'art primitif, c'est-à-dire qu'ils ne se servent
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que des pieds, ils essaient de se passer la jambe. Enfin, si habile qu'ils soient tous deux, l'un d'eux finit toujours par tomber; alors, et le plus souvent , une fois à terre il s'avoue vaincu, non pas en demandant franchement grâce et merci, comme faisaient nos anciens chevaliers, — peste, le Français moderne est trop fier pour cela, — mais en disant, — J'en ai assez, — distinction subtile qui tend à faire croire que le vaincu se retire, non pas parce qu'il reconnaît un vainqueur, mais parce que le jeu qu'il joue commence à l'ennuyer.
Si le nous cherchons un mot pour ne pas dire vaincu, si le....
terrassé prononce la phrase sacramentelle, son adversaire cesse de frapper à l'instant même, quelle que soit la haine qui l'enflamme, quel que soit le nombre de coups de pied qu'il ait reçu, quel que soit enfin son désir de les rendre. — Le J'en ai assez, — est un talisman suprême, un appel toujours entendu. Un savatier, qui, après ce mot prononcé, toucherait un autre savatier autrement que pour l'aider à se relever, serait un homme aussi profondément déshonoré qu'un duelliste qui, après avoir désarmé son adversaire, lui passerait son épée au travers du corps.
Mais si, en tombant, le champion ne dit rien, si, malgré la position fâcheuse où il se trouve, il continue à se défendre, alors c'est autre chose, et il n'y a plus ni grâce ni merci. Celui qui est resté debout tourne autour de celui qui est couché, et essaie de le frapper a la tête; et il frappe jusqu'à ce qu'il soit parvenu à lui laisser sur le visage une de ces empreintes visibles et honteuses, qu'en terme d'art on appelle expressivement le cachet.
Une fois qu'il a passé par une pareille épreuve, fût-il vaincu, ce qui lui arrive presque toujours, l'amant de cœur est reçu dans la corporation.
Mais aussi s'il est vainqueur.
Sa position est faite à l'instant même, les filles se le disputeront ; il peut se mettre au prix qu'il voudra, et si une fille n'est pas assez riche pour l'entretenir, elles se mettront deux, trois, quatre s'il le faut, pour le payer à son prix.
Il y a un de ces messieurs qu'on rencontre le soir sur le boulevart, avec des gants blancs, un habit bleu ou marron à boutons ciselés, un pantalon de couleur tendre qui dessine ses formes, et dont rien ne trahit la position sociale qu'un chapeau légèrement incliné
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sur l'oreille, et le mouchoir de coton que, de temps en temps, il lire fastueusement de sa poche pour faire semblant de se moucher.
Il est entretenu par cinq femmes qui lui donnent chacune dix francs par jour, ce qui lui fait un revenu annuel de dix-huit mille francs.
Aussi, quand il passe sur le même boulevart que ses maîtresses, comme celles-ci en sont fières et comme les autres en sont jalouses?
Et cependant le triomphe de ces pauvres tilles qui se ruinent pour lui est incomplet ; elles ne seront contentes, disent-elles ellesmêmes, que lorsque M. T***+* aura un tilbury.
Vous me direz qu'avec 18,000 fr., c'est-à-dire avec la moitié de ce qu'a de nos jours un fils de France, M. T***** pourrait bien prendre l'élégante locomotive qu'ambitionnent pour lui ses maîtresses.
Oui, sans doute, mais M. T***** est un garçon économe et qui
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songe a. l'avenir: il n'aura pas toujours trente-sept ans, un poignet d'Alcide et un tempérament de fer. 11 lui faut une ressource qui lui ménage une vieillesse honorable et honorée, et M. rr*****, comme la plupart de ses confrères, loue des garnis, au jour.
Un mot de cette industrie, inconnue très certainement à la plupart de nos lecteurs.
La somme que reçoit dans les beaux quartiers de Paris un homme entretenu par une fille, est celle de dix francs par jour, c'est-à-dire les appointements d'un chef de bureau à la préfecture de la Seine, à la liste civile ou au ministère de l'intérieur.
En général, il en dépense cinq avec une autre fille. Nous reviendrons à ce point tout à l'heure, et met les cinq autres de côté.
Puis, quand il a une somme suffisante, il prend des garnis au mois, qu'il sous-loue au jour.
Tous les soirs il va faire sa recette. Si on ne lui paie pas son loyer, il s'en indemnise lui-même en s'adjugeant un fragment de la parure de sa pensionnaire, ou un châle, ou un chapeau, ou un bijou. Le lendemain ou le surlendemain, si on lui paie l'arriéré, il rend l'objet. Le troisième jour, l'objet est vendu, et il n'y a plus rien à réclamer, le produit de la vente eût-il dépassé de beaucoup le total de la dette.
M. T***** a une douzaine de chambres garnies qu'il loue ainsi au jour, et dont il va en personne recevoir le loyer chaque soir.
On conçoit surtout combien, pour cette recette quotidienne, un tilbury lui serait utile.
Au reste, les hommes entretenus ont les mêmes inclinations, les mêmes défauts et les mêmes vices que les femmes auxquelles nous empruntons l'épithète sous laquelle nous les désignons. Ils trompent la femme qui les paient, dépensent avec des maîtresses l'argent qu'elles leur donnent, leur font des scènes de jalousie, et les battent le soir quand elles n'ont pas fait une recette convenable.
Aussi, chaque amant de cœur surveille-t-il sa maîtresse, non pas pour s'assurer qu'elle lui est fidèle, tout au contraire, mais pour ne pas lui laisser de possibilité de le tromper sur le résultat de ses disparitions : il la suit de l'autre côté du boulevart, ou l'épie embusqué au coin d'une borne.
Cela s'appelle filer su mènesse.
Il ne lui passe aucune faiblesse, excepté celles que de temps eu