I2S UN BATEAU DE BLANCHISSEUSES
de leur camarade est' malade et sans pain, toutes les femmes qui n'en ont pas pour elle, trouveront cependant moyen de porter des secours à celle qui ne peut pas travailler.
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Depuis que l'on a pris, à Paris, l'habitude de fumer, il a du nécessairement s'établir dans cette ville un plus grand nombre d'estaminets; cependant les cafés où l'on ne fume pas sont encore en majorité. Ceux qui ont fait de grands frais pour s'embellir, ne permettent pas que la pipe ou le cigare enfument et noircissent, en peu de temps, leurs tentures, leurs peintures et leurs dorures.
SI est heureux que le goût de l'élégance, du faste, le désir de briller et de séduire les yeux par un grand luxe ne soient pas encore perdus chez les Français; sans cela il n'y aurait plus, à Paris, que des estaminets au lieu de cafés, et l'on pourrait, s'y croire en Allemagne, en Flandre ou en Hollande, il est à remarquer, lorsque l'on visite, à Paris, les lieux où Ion fume, que ce sont toujours les hommes qui parlent le pins de leur amour pour
leur patrie, qui s'attachent à prendre les modes et les habitudes i. 17
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des étrangers! Pauvres Parisiens! vous étiez bien plus Français quand vous ne fumiez pas !
Entrons dans un estaminet. Une atmosphère chaude, épaisse, v règne constamment; mais, si vous êtes habitués de l'endroit, loin de vous être désagréable, l'odeur de la fumée de tabac vous fait plaisir et vous l'aspirez avec délices.
Presque toutes les tables sont occupées : ici l'on boit de la bière, là-bas on boit du vin, plus loin du café, des liqueurs. On ne prend pas de glaces dans un estaminet, on y consomme fort peu de limonades et de bavaroises. En revanche, à chaque instant, vous entendez ce cri :
— Du feu, garçon!... Garçon, du feu!
On- lit les journaux, on cause, on a quelquefois sa pipe qui reste à l'estaminet; mais chaque pipe est numérotée, ou bien les fumeurs
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y font une remarque; il serait d'ailleurs difficile de les tromper : un bon fumeur connaît sa pipe aussi bien et quelquefois mieux que sa maîtresse, et il ne ferait jamais à celle-ci le sacrifice de l'autre.
( )n joue au billard , on fait la poule ; on joue aux cartes : le piquet et l'écarté ne sont point bannis de l'estaminet. Lorsqu'on veut s'y livrer, le garçon met sur votre table un grand carré de 'bois recouvert d'un tapis vert , et vous avez sur-le-champ une table de jeu.
On pratique aussi beaucoup le domino dans les estaminets; là, c'est une partie à quatre, à laquelle se livrent des amateurs intrépides, qui se renvoient avec une égale satisfaction le dez demandé par leur associé et une bouffée de tabac. Plus loin c'est une grave partie à deux. Les adversaires ont déjà plusieurs bouteilles vides, rangées symétriquement contre leurs dominos, et qui prouvent que les combattants ont eu fréquemment besoin de s'humecter.
Les habitués d'estaminets apportent rarement un grand soin à leur toilette.
Le véritable fumeur est philosophe comme Diogène et insouciant comme Bias; pourvu qu'il porte avec lui sa pipe et du tabac , il saura se passer de tout le reste. U n'a pas besoin d'argent, et il est certain que cela ne l'empêchera pas de boire autant qu'il aura soif , parce qu'il y a entre les fumeurs une confraternité, un échange de bons procédés que l'on trouve trop rarement chez les hommes , et qui peut-être plaide éloquemment en faveur de la pipe.
A la rigueur, le fumeur pourrait même se passer d'avoir sur lui du tabac; le principal c'est qu'il ait sa pipe, sa bonne pipe si bien culottée!... et qui est pour lui ce qu'est pour l'Espagnol sa bonne dague de Tolède ; tout le reste, il h; trouvera à l'estaminet.
Voyez ce grand homme, bien bâti, quoique un peu trop musculeux ; à sa mine, à sa tournure, vous devez reconnaître