I VI ESTAMINETS. DIVANS
un habitué d'estaminet, il est bien couvert, niais son habit bleu et son pantalon brun n'ont jamais eu aucun rapport avec la brosse. Il a une cravate noire, et ne laisse voir aucun vestige de
col. Son habit, boutonné hermétiquement depuis le bas jusqu'au haut , ne laisse pas non plus apercevoir son gilet. Ses bottes sonl fort ternes, mais son chapeau est très luisant et presque neuf; il le porte sur le côté avec une certaine çrânèrie : sa figure fraîche et joviale est encadrée dans des favoris bien épais qui font tout le tour de son cou. Ses yeux sont vifs, sont teint est animé ; il porte la tète haute , et il y a dans sa démarche un léger mouvement de tambour qui donne dans l'œil à bien des femmes.
Ce monsieur entre dans l'estaminet. Aussitôt des cris partent de tous les côtés :
— Ah! voila l> !... Ah! arrive donc!... flâneur!... lu es eu
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retard,.. — On a déjà joué trois poules! — Il y a eu une belle partie à quatre. — Tiens, en as-tu de culottée comme ça, toi? - Tu viens d'aller promener ta belle... — 51 a traîné le boulet, comme dit l'autre! — As-tu fumé des cigares manilles — et que dis-tu de ceux-ci? en voilà un cigare monstre... Six sous!... Mais c'est presqu'une carotte entière... On se sent quelque chose dans la bouche au moins.
A tout cela, notre fumeur se contente de répondre par quelques poignées de main et des inclinations de tète; puis se promenant avec gravité dans l'estaminet , il dit d'un ton imposant :
— Qui est-ce qui me prête du tabac ?
— Moi... — Moi... — Tiens en voilà... — Tiens prends dans ma blague.
A toutes ces offres qui lui sont faites avec empresseraient , notre fumeur répond avec beaucoup de calme :
— Voyons... Oh ! je ne prendrai pas du tien , à toi , tu as toujours de trop mauvais tabac... et puis tu en demandes dix fois quand tu en as prêté une.. .
— Qu'est-ce (pie ça te fait, puisque tu n'en rends jamais.
— Allons, va donc... passe donc ton double-six, et laisse-nous tranquille... Ah! à la bonne heure, voilà mon affaire.
Ce monsieur a parfaitement bourré sa pipe ; il appelle le garçon, se fait donner du feu, s'allume, envoie quelques bouffées pour s'assurer qu'il est bien pris , va se couchera demi sur une banquette, près de la table de deux joueurs d'écarté, qui ont déjà bu cinq bouteilles de bière à deux ; là il fume quelques instants avec délices, et presque avec recueillement ; puis tout à coup il s'écrie :
— J'ai soif, qui est-ce qui me donne à boire?
— Moi...
-Moi.
— Tiens , veux-tu du vin ?
Veux-tu de la bière?