‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 42 sur 135 · LES GARNIS · texte numérisé non relu

LES GARNIS

ces garnis ne sont pas difficiles : ce sont, pour la plupart, des ouvriers qui depuis long-temps ne travaillent plus ; des fainéants qui voudraient toujours flâner et ne rien faire; des maraudeurs, des gouapeurs, quelquefois des malheureux qui n'ont plus d'asile, mais trop souvent aussi des repris de justice et des voleurs , qui ne veulent pas rester dans la rue où ils pourraient être arrêtés, et qui vont dans les maisons chercher encore des dupes ou tacher de se faire des collègues.

Pour quatre sous , quelquefois moins , vous avez le droit de passer la nuit dans un garni. Mais vous n'avez pas une chambre pour vous seul. On vous ouvre une chambrée déjà habitée quelquefois par une dizaine d'individus, élevés, comme les Tartares, dans le mépris des chemises, et qui ne savent pas ce que c'est que de se débarbouiller.

Figurez-vous une pièce de quinze pieds carrés à peu près ; point de papier sur la muraille , ce serait un luxe inutile , et d'ailleurs cela contrarierait les locataires qui ont l'habitude de faire, avec du charbon ou un bouchon brûlé , des dessins extrêmement variés sur les murs. Pour couchette une mince paillasse placée à terre dans un coin de la chambre, et sur laquelle est une grosse couverture de laine qui sert à garantir les dormeurs du froid et de l'humidité; point d'oreiller, de traversin, de drap, tout cela est inconnu dans ces chambres communes ; quelques tabourets de paille , un vieux poêle qui fume, une lampe qui éclaire à peine ; voilà ce qui; dans la grande ville, sert souvent d'abri pendant une nuit à une quinzaine de ses habitants.

Vous trouvez de ces garnis dans les faubourgs, dans les quartiers populeux, et surtout du côté des halles. Autrefois le logeur ne devait recevoir aucun individu pendant une nuit sans que celui-ci ne lui eût montré son livret, ou du moins quelques papiers constatant son nom et son état. Mais les logeurs dont la morale est rarement sévère, et qui, avant tout, veulent tirer parti de leur garni, admet-

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