‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 48 sur 135 · LES BOUGES ET LES SOURICIÈRES. INI · texte numérisé non relu

LES BOUGES ET LES SOURICIÈRES. INI

torchons qui ne lui descend qu'à mi-jambe. Le sourire de cet homme, qui laisse voir deux énormes dents placées comme des défenses de sanglier, a quelque chose d'effrayant et d'infernal.

L'autre individu est grand, maigre comme un squelette, jaune de visage, excepté le nez qui est d'un rouge violet; il a l'air morne et le regard fauve. Celui-là porte quelque chose qui doit avoir été un paletot, mais qui, faute de boutons, s'attache avec des ficelles; il a sur la tête la forme d'un vieux chapeau rond qui n'a plus de bord; un échantillon de toile à matelas, roulé comme une corde, lui sert de cravate. 11 tient ses deux mains dans ses poches qui semblent bourrées d'une foule d'objets.

— Eh bien, môme, est-ce (pie tu vas passer comme ça? dit le plus petit des deux hommes en tapant sur l'épaule de l'adolescent. Est-ce que tu vas courir dans la vergue, au lieu d'entrer jaspiner avec les vieux.

— Ah! c'est toi, Coquardet! répond l'adolescent. Tiens, v'ià aussi le grand Léflanqué... C'est que j'allais travailler, voyez-vous... quoique j'aie plutôt envie de pioncer!

— Oh! c'te sor bonne! viens donc plutôt louper avec nous! voilà deux crosses et une mèche qui flambent... Est-ce qu'on travaille tant qu'on a de la douille! Allons, Léflanqué, débride la lourde, que nous entrions avec le moutard!

Le grand misérable que l'on nomme Léflanqué a ouvert la porte du bouge; l'adolescent se laisse entraîner, et le voilà au milieu d'une foule d'hommes de l'espèce de ses deux amis , qui le regardent en se lançant entre eux des regards d'intelligence. On le fait boire, on le fait jouer ; il sort deux pièces de cinq francs de sa poche, et l'individu qu'on appelle Coquardet s'écrie :

— Bigre!... pus qu' ça de balles! Est-ce que tu as une cambrousse qui te donne de la blanquette ?

— Non... non !... c'te farce! au contraire, car hier on a volé, dévalisé chez nous pendant que j'étais à louner et que ma mère était

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