‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 71 sur 135 · U S DÉBITS DK CONSOLA I IONS · texte numérisé non relu

U S DÉBITS DK CONSOLA I IONS

lient d'un <eil farouche les personnes qui entrent dans la boutique, el ils disparaissent quand ils aperçoivent une patrouille ou un sergent de ville.

C'est aussi la nuit que se montrent les chiffonniers; ces industriels au petit croc entrent au débit de consolations se reposer des fatigues de la journée et se préparer à celles de la nuit.

Ensuite ce sont les conducteurs de ces voitures qui ne travaillent pas dans le jour ; gens fort utiles, sans doute, dont pourtant on redoute toujours la rencontre, ainsi que celle de leur équipage. Mais les habitués de nuit des débits de consolations se montrent beaucoup moins délicats : ils boivent l'eau-de-vie et trinquent avec messieurs les employés aux inodores.

Le petit vieux marchand de bric-à-brac est encore revenu le soir avec son balai chez le débitant de liqueurs, et son ami en veste de toile, qui s'est si bien battu dans la journée avec un particulier en blouse, y arrive aussi dans la soirée avec son œil poché et ayant de plus le nez tout meurtri.

— Tev'là! vieux! dit le petit homme. Kli ben! as-tu été vainqueur à ce malin... Tu te battais ferme avec cet animal qui l'a insulté!... Ça allait joliment. C'était un plaisir de vous regarder... Pif! paf! une taloche n'attendait pas l'autre!

— Oui, nous nous sommes caressés un brin!... Je lui ai cassé six dents d'un coup... alors il en a eu assez. Holà!.., chose!... deux petits verres... j'ai bien besoin de consolations!... J'ai voulu recorriger mon épouse... elle m'a déchiré un peu le nez .. Mais, patience; je la retrouverai ce soir... A ta santé... Deux autres petits verres !

— Vous ferez la paix ce soir.

— Fi donc, la paix! jamais la paix!... Je veux mettre mon ménage sur un bon pied... est-ce que tu me désapprouves?...

— Je ne dis pas ça...

— ("eux qui me désapprouvent ne sont pas des amis!... Et je les

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rosserai ceux-là.. î comme le criquet de tantôt... Veux-tu que je te rosse, toi... Veux-tu nous battre... hein ?

En achevant ces mots, le particulier, dont les veux se sont aminés, et auquel le vin a troublé la raison, se précipite sur son intime ami, le saisit par le cou, et le secouant comme un prunier chargé de fruits, s'apprête déjà à lui donner des coups; ce n'est pas sans peine que l'homme au balai parvient à se débarrasser des mains qui l'étreignent, en criant d'une voix chevrotante :

— A propos de quoi, que tu me secoues comme ça, puisque je te dis que tu as raison de battre ta femme?

— A la bonne heure... tu es un ami alors... Embrasse-moi. Les amis sont les amis. . . je ne sors pas de là... Oh! l'amitié... liens... embrassons-nous encore !

Et l'ivrogne se jette de nouveau sur le petit vieux; cette lois il le saisit par le collet de sa redingote; il l'embrasse à plusieurs reprises, en le secouant de nouveau de toute sa force; l'ami, qui se lasse d'être traité comme un battant de cloche , et veut mettre lin à ces témoignages d'amitié, se recule au moment où son Pyiadc va de nouveau lui donner l'accolade, mais, dans ce mouvement, les deux coins du collet de sa redingote se déchirent, et restent dans les mains de son ami , qui les regarde avec attendrissement , <m balbutiant :

— Je te ferai faire demain deux reprises perdues par le carreleur de souliers... ça ne se verra pas du tout.

Après avoir consommé plusieurs petits verres, les deux amis sortent en chancelant vers minuit du débit de consolations. Le petit vieux rentre chez lui avec son balai. L'autre retourne à son logis, où il est beaucoup moins méchant qu'il ne cherche à le paraître, et lorsqu'il veut s'approcher de sa femme en la menaçant, celle-ci d'un coup de pied l'envoie dans un coin de la chambre, où il passe le reste de la nuit sans bouger.

Le débit de consolations reste ouvert une grande partie de la

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