‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 77 sur 135 · PLUIE D'ORAGE · texte numérisé non relu

PLUIE D'ORAGE

(Test un coup d'œil curieux à Par is, lorsque par une belle journée d'été les habitants de la grande ville ont voulu se donner le plaisir de la promenade, de voir le ('[lancement , le bouleversement , la révolution causée par une pluie d'orage qui fond tout à coup sur les promeneurs, les flâneurs et les marcheurs.

Les dames songent à leur chapeau qui sera perdu; elles cherchent des yeux un abri, un auvent, une porte cochère ou une voiture... Ulles se mettent à courir... Il faut voir comme les moins lestes se retroussent et sautent les ruisseaux.

Dans un pareil moment, on s'inquiète peu si on montrera le bas de son jupon, le haut de son molet, et même la couleur de sa jarretière... Pour les amateurs de jambes, une pluie d'orage est l'incident le plus heureux qui puisse arriver; il y a des études délicieuses à faire.

Les hommes dont la toilette <ist fraîche,' dont le chapeau est neuf i. 42

330 pluie d'orage.

ne se soucient point non plus de recevoir l'averse; ils courent d'un côté, les dames d'un autre; les enfants en font autant, mais cela les amuse; les marchands ambulants tachent de courir avec leur boutique. Les habitants de la grande ville ont l'air alors de se disputer le prix de la course.

Les portes-cochères ouvertes sont bientôt tellement encombrées que les premiers arrivés sont forcés de reculer et de recevoir la pluie qui tombe dans la cour. Les derniers venus reçoivent encore la pluie de la rue, et tous ces gens-là ont l'agrément d'être dans un courant d'air fort dangereux pour des personnes qui viennent de courir.

pluie d'oragk. 33 I

Le désagrément de cette situation n'empêche pas toutes les personnes qui ont trouvé cette espèce d'abri de rire et de se moquer de ceux (jni passent trempés par la pluie, et qui, pour arriver jusqu'à eux, ne peuvent plus traverser le ruisseau , qui en peu de minutes esl devenu un torrent .

Vous voyez un bon bourgeois qui a tiré son mouchoir de sa poche et l'a mis par dessus son chapeau, en ayant soin de bien tenir les deux bouts pour qu'il ne s'envole pas. En moins d'une minute le mouchoir est parfaitement trempé; c'est égal, ce monsieur se figure que cela lui sert de parapluie.

Voilà quelques dames qui, pour garantir leur tête, ne craignent pas de dégarnir et d'enrhumer une autre partie de leur personne. Elles courent cachées sous leur robe, qu'elles ont retroussées sur leur tête. C'est le tableau de Paul et Virginie mis en action; mais les Virginie sont seules.

En ce moment l'observateur peut encore faire d'utiles réflexions sur le danger de se fier aux apparences.

Cette dame qui avait une robe de soie très élégante vient de montrer un jupon sale.

Celle-ci, qui porte des fleurs et des dentelles sur sa tête, a une jupe toute rapiécée et des trous à ses bas...

< V anitas vanitum, et omniâ vanitas ! »

C'est en ce moment que les omnibus sont courus, recherchés. Du plus loin qu'on les aperçoit, on leur fait des signes , on les appelle... Mais l'omnibus dédaigné il n'y a qu'un instant , parce que le temps était superbe, est déjà encombré de voyageurs... la plaque fatale est levée... Vous pouvez lire le mot : Complet! et malgré cela vous vous obstinez à faire des signes au conducteur et à courir après la voiture.

Ah ! qu'il est heureux alors celui qui, par une prévoyance bien méticuleuse, s'est muni d'un parapluie; celui qui s'est dit : 11 fait trop chaud aujourd'hui, nous aurons de l'orage!

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