‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 82 sur 135 · LES ARTISTES. 'A · texte numérisé non relu

LES ARTISTES. 'A

vous recevoir, qui sera tout occupé d'un pas chicard qu'il veut danser dans une soirée de Lorettes. Celui-ci affecte les manières et le ton d'un grand seigneur, comme si l'on ne connaissait pas son origine; celui-là se pose en réformateur, en puritain, qui dans la rue ne saluera pas un pauvre diable dont les débuts n'ont pas été heureux.

À Paris les artistes peintres qui ont de grands ateliers y reçoivent une foule d'autres artistes de tous les genres, de tous les pays.

Rien n'est vraiment plus artiste que la réunion de l'atelier : vous y voyez le compositeur écoutant une charge que raconte un peintre; le poète écrivant quelques vers que lui inspire une belle étude ou un grand ta'bleau ; le statuaire jouant à l'impériale avec un rapin ; un jeune élève cherchant à faire une niche à un modèle, et pour cela allant coudre les manches de l'habit que celui-ci vient d'ôter, de façon qu'au moment où il voudra se rhabiller on lui fera croire qu'il est prodigieusement enflé, et que c'est pour cela qu'il ne peut plus entrer dans son habit.

De ce côté un jeune élève de l'école moderne se drape dans un grand châle, et roulant une serviette autour de sa tête, se fait Turc; puis, s'asseyant les jambes croisées, se met à fumer dans une grande pipe, en essayant de faire ressortir la fumée par ses narines.

Plus loin un acteur de nos premiers théâtres danse le cancan avec un violoniste célèbre, tandis qu'un jeune comique d'un théâtre des boule varts fait semblant de les accompagner, et mettant le bout d'un rotin dans sa bouche, fait courir ses doigts sur sa canne comme s'il jouait de la clarinette.

Un sculpteur chante une complainte nouvelle- sur l'air consacré de Fualdès. Un graveur prend un cor de chasse et sonne un hallali ; un auteur de vaudeville se barbouille la figure de rouge et de noir en braillant un grand air d'opéra; tandis que deux élèves duConservatoir s'exercent à chanter en duo : Femme sensible hveeJ'ai du bon

U:s ARTISTES.

tabac, loi on déclame, là on dessine, plus loin on danse, on l'ail des armes, on tire le bâton ou la savate, on raconte des charges , on en trouve de nouvelles ; partout entin de la folie, de la joie, des calembourgs, des pointes, des bêtises, de l'esprit, et toujours la plus tranche liberté.

Voilà l'intérieur du véritable artiste à Paris, car il est ordinairement chez lui comme dans son atelier.

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