LES GR1SETTES AU SPECTACLE
Les grisèttes de Paris adorent le spectacle et les acteurs : elles ont aussi un doux penchant pour les auteurs, parce qu'ils font des pièces, qu'ils vont sur les théâtres, et enfin qu'ils sont ce qu'elles appellent de la boutique (la boutique pour ces demoiselles signifie le théâtre), et elles aiment tellement la boutique, que tout ce qui en approche, y tient, y touche, a des droits à leur affection.
Pour ces demoiselles un acteur est un dieu, un auteur un demidieu , un danseur un quart de dieu; ensuite les décorateurs, musiciens, machinistes, contrôleurs, lampistes, habilleurs, allumeurs, souffleurs et pompiers attachés au théâtre ont aussi leur petite portion de divinité.
Avec un billet de spectacle, à Paris, on est vite dans les bonnes grâces d'une grisette, surtout si c'est un billet qui ne paie point de droit ; mais les acteurs n'ont pas besoin de donner des billets pour faire la conquête de ces demoiselles : du moment que l'on
\ \ LES GRISETTES Al SPECTACLE.
monte sur les planches, que l'on joue des rôles, que l'on se costume, que l'on fait les amoureux, les traîtres, les seigneurs, les bergers ou les comiques, le cœur d'une grisette vole au devant de l'heureux mortel qu'elle a vu un jour en Espagnol, une autre fois en Turc, en chevalier ou en Polonais; car en prenant un acteur pour amant, elle se tigure être aussi la maîtresse d'un Polonais, d'un Turc ou d'un Espagnol... Et c'est si gentil d'aimer une personne qui n'est pas toujours la même!... De ce côté-là nous pensons un peu comme les grisettes : In vàrieiate voluptas.
À la promenade, dans la rue, sur les boulevarts, en quelque endroit enfin que se trouve une grisette, si un acteur passe près d'elle, sa ligure s'anime, ses yeux brillent et deviennent très agaçants ; si elle est seule, elle ralentira sa marche et se retournera plusieurs