LES G RISETTES AU SPECTACLE
Ibis pour regarder l'artiste, et Lui faire comprendre qu'elle l'a reconnu; si elle est avec une amie, elle lui donnera un grand coup de coude dans les côtes, en disant de manière à être entendue de l'acteur :
— Tiens! voilà ce monsieur qui joue si bien — dans le dernier drame que nous avons vu au théâtre de la G allé. . . où nous avons
tant pleuré il faisait le comique — il était en vieux — et il est
tout jeune... oh! que c'est drôle... comme il se grime bien.
— Mais ce n'est peut-être pas lui, ma chère, répond l'amie en tachant de donner du velouté à sa voix.
— Oh! que si... oh! j'en suis sûre... je le reconnais bien... il a un pied de femme, ça m'a sauté aux yeux.
L'acteur auquel tout cela s'adresse ne peut s'empêcher de sourire : si les grisettes sont jolies, il leur adresse quelquefois la parole; celles-ci sont enchantées et fières de causer avec un acteur; la connaissance sera bientôt faite.
En général les grisettes affectionnent le drame, les pièces où il y a de fortes émotions à éprouver. Et puis à l'Ambigu, à la Gaîtc, aux Folies-Dramatiques, au Circfue, les femmes sont admises au parterre, et la grisette voltige du parterre à la seconde galerie ; il en est quelques unes qui montent à la troisième galerie, mais ce sont les grisettes du dernier ordre, ou plutôt ce sont de fausses grisettes, de malheureuses ouvrières coiffées d'un fichu, qui ne comprennent pas toute la portée d'un mélodrame, et qui se mettent à casser des noix au moment le plus épineux de la pièce. Quant à l'amphithéâtre ou paradis, les grisettes qui se respectent n'y vont jamais ; elles abandonnent cette place aux gamins,, aux marchandes de marrons, aux vendeurs de contremarques, aux parents des figurantes, aux gardes municipaux et aux employés aux trognons de pommes ; ceux-ci sont bien obligés par leurs fonctions de se tenir au dernier amphithéâtre pour surveiller le public de l'endroit, dont un des principaux amusements est de lancer sur le parterre ou dans