LES GR1SETTES AU SPECTACLE
— Ali! oui, je le reconnais... il cause avec un grand brun que je vois souvent ici... Qu'est-ce que c'est donc que ce grand-là?
— Un journaliste ou un auteur... il a toujours un lorgnon à la main... c'est un genre...
— Ah! ma chère, on peut être un myope, ça n'est pas défendu. Moi j'ai eu un amant qui l'était tellement, que le soir, dans la rue, il prenait les hommes pour des chevaux , et les femmes pour des bornes; je me suis fâchée avec lui parce qu'un soir il a renversé deux vieilles femmes en croyant sauter par dessus un banc de pierre ; je me suis dit : Certainement un soir il voudra m'escalader aussi.
— Ah! voilà X qui regarde de notre côté...
— - 11 sourit. . .
— Tu crois ?
- Oui. . . il m'a souri.
— A toi!... par exemple!... c'est à moi.
— Pourquoi serait-ce plutôt à toi qu'à moi Elle est étonnante cette Alphonsine! Elle croit que les hommes ne peuvent reluquer qu'elle; chacune a son petit mérite, vois-tu.
— Mon Dieu! je ne prétends pas rabaisser le tien, ma chère!
seulement je dis que ce ne serait pas la première fois que X
m'aurait regardée : il me connaît bien... une fois à la queue il m'a protégée, et fait passer par l'entrée des loges louées.
— Oh! c'est différent !. .. Tu m'en diras tant... mais il paraît qu'il t'a assez vue, car il est parti.
La conversation cesse, et ces demoiselles écoutent la pièce ; dans l'entr'acte un garçon de théâtre se glisse par derrière le rideau, et vient accrocher un tapis sur les planches de la scène.
— Oh! il va y avoir une décoration avec un tapis, dit une grisette... Moi, j'adore les pièces où il y a des tapis, c'est bien bon genre... C'est pour cela que j'aime beaucoup le Gymnase.
— Moi, j'aime mieux les décors champêtres... et les pièces es-