‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 12 sur 214 · I M SOIREE I»V>* LA PKTITK PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

I M SOIREE I»V>* LA PKTITK PROPRIÉTÉ

lut romance de llhat t»sl exécutée. Alors cette dame se souvient «l'une chansonnette ravissante de lj)ïsa Pugct, qui n'a pas moins de quatre couplets; elle n'en oublie |>as un. Ensuite vient une autre romance; il n'y a plus de raison pour que cette dame s'arrête depuis (|u*on ne la prie plus de chanter.

Kl M. Bodlignot, qui est le loustic de la société, dit en souriant il un jeune homme :

— Comme ces! heureux «pie cette dame ait oublié qu'elle a mal .1 la gorge.

I ne altercation à la bouillotte met lin à la musique. Le vieux garçon réclame à la grande dame mince une fiche pour un brelan jBf celle-ci dit lui avoir payé. Chacun prétend être sur de son fait. Le vieux garçon cède, tout en murmurant :

— Je cède parce que je suis un homme... d'ailleurs ce n'est pas

|nhu le sou... assurément... mais je suis sur que madame ne m'a pas payé mon brelan.

Sur les onze heures le jeu se termine. Déjà plusieurs personne*

son! pal lies, et depuis long-temps la petite lléloisc PSI endormie sur

7 H l'NK.tKMRÉK dans la petite propriété.

une chaise. On se souhaite le bonsoir, on prend ses chapeaux, pelisses, manteaux, paletots, et on laisse la famille Ducroquet s*.» livrer au rej>os qu'elle a si bien gagné, après s'être donné tant de mal pour recevoir dignement la société.

Mais tout le long de l'escalier on entend le vieux garçon dire à la grande dame mince avec laquelle il a joué à la bouillotte :

— J»' vous assure que vous ne m'avez pas payé mon brelan ; ce n'est pas pour un sou... tout le monde sait bien que je ne suis pas a cela près d'un sou... mais c'est une fiche que j'ai reçue de moins.

LES BORNKS IM'-KNTKS.

On a élevé sur les boulevarts, à des distances peu éloignées, des espèces de colonnes de dix à douze pieds de hauteur , qui se terminent par une boule et une pointe menaçant le ciel : ce genre d'architecture rappelle les minarets de l'Orient, et je ne vois pas en quoi nos nouvelles colonnes peuvent avoir l'intention de nous rappeler des Turcs.

Ces bornes, puisqu'on nomme ainsi ces petites colonnes, sont creuses par le bas jusqu'à hauteur d'homme; elles ont une ouverture assez grande pour qu'une personne puisse pénétrer dedans. Ik loin, elles pourraient passer pour des guérites, mais en approchant on s'aperçoit qu'elles sont destinées à l'usage du civil comme du militaire, et que les hommes peuvent s'y introduire pour y satisfaire une de ces infirmités naturelles dont ils sont trop souvent atteints à la promenade ou dans les rues.

Nous ne pouvons qu'applaudir à cette nouvelle invention: tout

MO I I S lUlHNK.S |»Kt r>TKS.

ee qui lient à l'ail»' respecter la décence, (oui ir «|iiî peut empêcher que l'on ne fasse rougir le front de nos femmes et de nos lilles, mérita noire approbation, et, dans la grande ville, les hommes oublient beaucoup trop souvent celte décence d'action qui devrait être la première règle de leur conduite. Voyez ces beaux messieurs qui, par leur toilette et leurs manières, veulent affecter le ton de la lionne société ; dans leur langage ils se servent des termes les plus recherchés, les plus pudiques, et bondissent de colère lorsqu'un écrivain a l'audace d'employer certains mots, certains termes dont se servait Molière. Os messieurs là, si sévères en paroles, montrent parfois dans les rues, dans les promenades, un oubli de toute bienséance que l'on concevrait à peine chez un homme de la plus basse extraction.

Les Inirnes-décentes doivent «loue être louées; mais ]K>urquoi n'en a-t-on placé que sur les boulevarts? Pourquoi n'en pas mettre aussi dans les rues, dans les carrefours. A quoi me servira-t-il de pouvoir me promener tranquillement avec ma femme ou ma fille dans une promenade de Paris, si en détournant une rue nos yeux rencontrent ce que jusque là les colonnes nous ont caché?

LES FLOIEI RS.

C'est encore un nouveau mol , mais il est adopté : maintenant les jeunes gens de la haute société, les petits-maîtres, les lions, disent :

Je suis floué ! comme ils auraient dit autrefois : Je suis pris pour dupe! et dans le style plus familier : Je suis enfoncé!

Le (loueur d'aujourd'hui est l'aigrefin d'autrefois ; ce n'est pas tout-à-fait l'escroc, mais cela y ressemble beaucoup.

Le danger qu'il y a surtout dans la société des (loueurs, c'est que ires souvent ces messieurs sont amusants, ils procèdent à leur petite entreprise d'une manière tout aimable: ils sont forts gais en compagnie; ils plaisantent fort drôlement la personne qu'ils veulent duper, et quelquefois ils la plaisantent encore lorsqu'elle s'est aperçue qu'elle était leur victime ; il n'y a pas moyen de se fâcher avec ces messieurs ; aussi n'est-il pas rare que vous vous laissiez (louer plusieurs fois par le même individu.

Quelquefois vous voyez arriver rln«z vous un monsieur que vous t. H

N2 I.KS H.Ol Kl HS.

ne connaissez pas, que vous n'avez jamais aperçu : mais il se présente aver un ton d'assuranre. d'aisance qui vous impose; il e>i bien vêtu, il vous aborde on souriant : il vous salue comme on fp-

rail à un intime ami , il désire avoir avec vous un entretien particulier. Vous êtes en train de déjeuner ou de travailler, mais ee monsieur est si pressant, si persistant que vous n'osez refuser: à la manière dont ce monsieur s'annonce, vous pensez que ce doit être un grand personnage, qui vient dans votre intérêt vous donner un avis important; enfin, comme tout eu vous saluant l'inconnu vous pousse presque dans votre cabinet, vous y entrez avec lui, vous lui présentez une chaise sur laquelle il s'étend avec abandon, f»l vous attendez aver impatienee qu'il s'explique.

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