‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 11 sur 214 · IM SOIRÉE DANS LA PETITE PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

IM SOIRÉE DANS LA PETITE PROPRIÉTÉ

• ne vérité qui blessera sans doute beaucoup de personnes, car il ) en a peu qui aiment la vérité, c'est qu'ici-has nous sommes tous des singes... oui, des singes.... cela vous fait faire la grimace, ce h 'est pas cela qui réfutera ce que j'avance.

Ce que l'on fait à la cour donne le ton parmi les grands personnes, la noblesse, les hauts emplois. Ceux-ci sont imités ou sin- ;£rs [ c'est absolument la même chose ) par les banquiers., les notaires, les capitalistes , ce que Ton appelle la grande propriété. Puis vient la bourgeoisie, la petite propriété qui veut singer la grande. ?t qui à son tour est singée par les artisans aisés, qui sont singés par les ouvriers, lesquels le sont encore par le bas peuple : vous voyez l»ien que c'est à n'en plus finir, et comme a dit l,a Fontaine :

Tout petit prince a des ambassadeurs.

Tout marquis vont avoir des pattes.

On donne des soirées dans le grand monde, dans la haute pro-

iUi 1>K SHlHIK DANS I.A H K l>ltOI*ltli I T, .

priélé; la petite en lionne a son tour; c'est très naturel : les artisans «•il donnent aussi; il y a des |>orlièrcs qui oui aussi des mont dans leur loge. Toul se perfectionne.

Dans la grande ville, on est plus libre que partout ailleurs de faire ce qui plait , de satisfaire ses penchants, sa vanité; au milieu de tant de monde, on chacun ne songe qu'à soi, on redoute hien moins les cancans que dans une petite ville.

Assistons à une soirée de la petite propriété. Klle se donne rue Quincampoix, chez un ancien employé des postes, qui a sa retraite, embellie par une femme qui n'a jamais été jolie , mais qui en vieillissant est devenue grognon, maussade et malade imaginaire. Ajoutons à cela une jeune fille de seize ans, que l'on vient rie retirer de sa pension où elle obtenait tous les premiers prix, et qui n'est pas capable «le raccommoder un accroc à sa robe; puis une autre petite fille de huit ans, qui promet de marcher sur les'traces de sa sœur, et que l'on trouve pleine d'esprit, parce qu'elle dit tout ce qui lui passe par la tête : voici pour la famille.

I n revenu de trois mille francs, sur lequel il est difficile de faire des économies; un logement au troisième étage, composé de quatre pièces; des meubles qui datent de 1812; une vieille bonne raisonneuse, mais à laquelle on lient, peut-être parce qu'elle boit le vin en cachette et remet de l'eau dans les l>outeilles : voilà pour l'intérieur.

M. Ducroquel, c'est le nom du chef de cette famille, chérit ses enfants, c'est le devoir d'un bon père; mais il a un faible pour sa fille aînée Ophélia, et depuis qu'on l'a retirée de son pensionnat où elle était élevée avec des filles de marquis, «le duc et pair et d'agents de change, mademoiselle Ophélia baille truite la journée au nez de ses parents en disant qu'elle s'ennuie et qu'elle regrette sa pension.

Touchante naïveté! et bien faite pour charmer le cœur de ces bons parents, qui se saignent pour donner ce qu'ils appellent une brillante éducation à leurs enfants.

lùi voyant bailler sa fille aînée, M. Ihieroquet s'est dit : « Il est

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certain que noire intérieur est assez maussade.... ma femme se plaint >ans cesse, elle se croit eontinuellement malade... je m'ennuie beaucoup aussi, moi. Ophélia a parfaitement raison de bailler. I ne tille qui a remporté tous les premiers prix à sou pensionnat . . . et qui revient chargée de couronnes... aurait besoin de voir du inonde jxiur v faire briller ses talents. Cest très juste; car à quoi sert d'avoir «les talents, si vous vivez comme un ours... les ours n'apprennent ni le dessin ni la musique , parée qu'ils ne vont pas en soirée.

|je résultat de ces réflexions fut la résolution bien arrêtée de don- ■irr pendant l'hiver plusieurs soirées. Mademoiselle Ophélia applaudit au projet de monsieur son père. I,a petite sœur sauta de joie en disant que ce serait bien fitrcr ; la maman soupira en assurant que celsi lui donnerait mal à la tête; la bonne bougonna en prétendant que l'on salirait l'appartement et que le lendemain elle en aurait pour la journée à nettoyer. Mais M. Ducroquet avait rapporté de son administration des poates une grande exactitude dans ses projets et ses actions. < Mi donna des soirées.

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Or, quand ce grand jour, ou plutôt ce grand soir arrive, des le malin, M. Dueroquet l'ait le budget de la dépense. On donnera de l'eau sucrée, ou de l'eau pure à la volonté des personnes qui auront soif, et puis on fera circuler une grosse brioche que Ton aura soin de couper en petits morceaux. On allumera les deux lampes i la petite propriété ne peut pas encore alMjrder la Careel >; enfin il \ aura des flambeaux avec de la bougie de l'Étoile pour les tables à jeux et le piano, mais on aura grand soin de ne les allumer que lors qu'ils seront indispensables, et on ne manquera pas de les souffler aussitôt qu'ils ne seront plus en activité de service.

La vieille bonne secoue la tète en murmurant, ce qui signifie qu'elle a entendu et quelle obéira si cela lui convient ; madame Dueroquet ne s'occupe de rien, elle se fait de la tisane; elle boit de la mauve, parce qu'elle croit qu'elle va- avoir une affection de poitrine, ou une affection nerveuse. M. Dueroquet s'en alarme fort peu: il assure que son épouse n'a jamais eu que ces affeet ions-là.

Mademoiselle Ophélia s'occupe dès le matin du genre de coiffure qu'elle adoptera ; après le diner, elle ne s'est pas encore décidée : elle est de fort mauvaise humeur, parce qu'on n'a pas voulu qu'elle fit venir un coiffeur; le revenu de .M. Dueroquet ne lui permet pas de donner un coiffeur à sa fille; c'est ee qu'il lui fait entendre, en ajoutant :

— Mais lorsqu'on a autant de talent que toi., lorsqu on a reni|>orlé ions les prix... enfin quand ou a reçu une si belle éducation, on doit savoir se coiffer soi-même.

— Par exemple!... cette bêtise!... reprend mademoiselle Ophélia en haussant les épaules, est-ce que nous avons des |>erruquiers pour professeurs?

Le papa pourrait trouver la réponse impertinente, il préfère la trouver fort spirituelle; c'est d'un bien bon père.

L'heure de la réunion est arrivée, et mademoiselle Ophélia n'a pis encore achevé sa toilette. Cependant tout est disposé dans le

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>alon. Mademoiselle liéloïse «c'est la |>etite lille) court d'une chainbre à l'autre, en s'écriant :

— Oh! que c'est joli chez nous... on ne dirait plus que c'est chez nous!...

l.es lampes sont allumées, le piano ouvert, car il y a un piano: «•'est maintenant un meuble indispensable, même chez les personnes qui n'en touchent ]>as et qui n'aiment point la musique.

tm a préparé deux tables de jeu. L'une pour la bouillotte, qui esi revenue à la mode, mais que maintenant on joue à quatre au lieu de la jouer à cinq comme autrefois, l ue autre table sera pour le boston. <»u l'impériale, ou le piquet, selon qu'il y aura des amateurs; quant a l'écarté, il est à peu près banni de toutes les soirées; on a trouve «aie cela allait trop vite, et que, dans les réunions les plus honnêtes, «ni pouvait y tricher.

M. Ducroquet examine ses jeux de cartes, il y en a qui n'ont servi que quatre fois, ceux-là lui paraissent encore très propres; il les laisse sur la table, en les enveloppant dans du papier sur lequel il replace quelquefois une bande, afin que l'on soit libre de supposer */ue ce sont des jeux neufs. Personne ne se fera illusion.

U société n'arrive que vers les huit heures et demie; c'est trop lard pour des personnes qui veulent se retirer à onze heures. Mais on -e figure que c'est bon genre; et c'est à qui n'arrivera pas le premier. Celui qui se présente dans un salon où il n'y a encore personne que les maîtres de la maison, est désolé d'être venu si tôt et jure tout bas que cela ne lui arrivera plus. Cependant , si tout le tnunde en disait autant , la réunion ne se réunirait jamais. Un ancien • ouimercant et sa femme inaugurent la soirée. M. Ducroquet va audevant d'eux, en s'écriant :

Ah! que vous êtes aimables de venir de bonne heure!... quand

j.« dis de bonne heure, il est déjà tard C'est égal, vous arri-

u*z, au moins.... el votre santé, madame Itoulignnt.... Toujours Intime?...

l'MB SOIHKt. DANS LA PETITE WIOI'KIM I L .

— bxcelleule, monsieur, je vous remercie.

— Oh! ma femme se porte comme lu porte Saint-Denis! s'écrie M. Boulignot, eu se frottant les mains et regardant autour de lui • l'un air malin.

— Je n'en dirai pas autant de ma santé, murmure madame l)ur roquet...

— Vous Souffrez, madame?

— Eh mon Dieu oui! J'ai une douleur sourde... dans l'estomac... et puis parfois ça me tient dans le dos... Avez-vous éprouvé eela?

.Ha femme n'a jamais de douleurs sourdes, dit M. Boulignot : quand par hasard elle se fait la plus légère égratiguure, elle vrucomme un aveugle qui a perdu son rotin.

Madame Roulignot donne uni1 petite tape sur le bras dr sou mari.

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m disant : « Taisez-vous donc* mauvais nrur! » il 'un air qui signifie: • Ah cher ami! que lu os aimable! »

—Mais où donc est mademoiselle ( >phélia?... je ne l'aj>en;ois fias, reprend Boulignot en examinant tous les petits coins du salon, ■ omme s'il cherchait la demoiselle de la maison sous les meubles.

— Elle va venir.... je crois que sa toilette... n'est pas encore achevée, dit la maman.

En ce moment, la petite Héloïse entre dans le salon en cabriolant. H s'écrie :

— Ma sœur n'a |ws assez d'épingles noires; elle dit que noire maison est une baraque auprès de son pensionnat!... •

M. I M ir roquet fait taire sa petite fille et lui glisse une pièce de dix sous dans la main, afin qu'elle envoie sa bonne acheter des épingle noires pour Ophélia. Héloïse va trouver sa bonne et lui transmet

la commission; la bonne entre en fureur, parce qu'on l'envoie acheter des épingles noires, lorsqu'elle a déjà tant à faire, lorsqu'il faut «ni elle prépare des verres et coupe la brioche; elle sort en envoyant tout le monde au diable.

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Ui petite lleloise laisse crier sa bonne, mais lorsqu'elle est partie. • 'Me coii|>c elle-même de la brioche, et eu met une grosse j>ai t dans sa poche.

Cc|icndant la société arrive; «'est un employé aux Messageries, avec son épouse, et son chien, une levrette qui monte sur tous les meubles et met ses pattes sur tous les pantalons. C'est un vieux garçon qui affecte de parler très haut et de tousser très fort, pour l'aire voir qu'il a une excellente poitrine, i l'est un monsieur qui a un gilet piqué, du linge assez sale, un habit qui n'est pas brossé et une ligure qui a l'air de n'être jamais débarbouillée. Celui-là est soidisant un artiste ; il salue d'un air à moitié endormi, puis il va s'asseoir sur un fauteuil, où bientôt il a l'air de dormir tout-à-fait.

C'est une petite grosse femme qui a passé la quarantaine et que l'on ap|>elle mademoiselle, et qui fait la folichonne, l'enfant, la mignarde en parlant. Elle se eroit toujours une jeune personne, parce qu'elle est toujours demoiselle ; c'est un moyen d'être jeune toute sa vie.

Puis c'est une grande dame, mince, longue, jaunie, avec ses deux filles, qui n'ont que quinze et seize ans, et sont à peu près de sa taille; et son fils , qui n'a que treize ans, et dépasse déjà ses deux sœurs. Cette famille réunie donne l'idée d'une botte d'asperges.

Puis ce sont des jeunes gens à moustaches et sans moustaches, des fashionables du quartier; quelques dames gentilles; enfin, quelques hommes entre deux âges ; de ces personnages sans conséquence, qui . dans une réunion, servent à remplir les vides, à l>oucher les trous.

Mademoiselle Ophélia est venue au salon, mais d'un air de mauvaise humeur, parce qu'elle n'est pas jmrvenuc à se coiffer à son goût. Sa mère lui reproche d'avoir été si long-temps à s'habiller, et elle lui répond avec aigreur :

— Ah! c'est commode avec cela! On manque de tout ici.

Les dames s'asseyent en demi-cercle devant la cheminée, vieille habitude, qui jette sur-le-champ (lu froid et de l'ennui dans un sa-

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Ion, et que l'on a avec juste raison bannie de ceux où l'on sail vraiment amuser sa société.

Pendant un assez long espace de temps les dames nuisent entre elles à demi voix ; les hommes eausent entre eux tout bas. ( m n'entend qu'un léger murmure sourd : on se croirait dans le salon d'un malade. (Test extrêmement gai.-

Madame Ducroquet s'est assise près d'une vieille dame, à laquelle elle conte tous les maux qu'elle ressent, toutes les douleurs qu'elle a éprouvées, et tous les remèdes qu'elle a faits et qu'elle compte faire. \jh vieille dame, que cette conversation ne" doit pas amuser du tout, écoule cela en rêvant à ce qu'elle mangera le lendemain pour son dîner.

M. Ducroquet fait le tour du cercle en dehors, faisant de son mieux pour dire un petit mot aimable à chaque dame.Ola se borne souvent à des phrases comme :

— Et... vous allez toujours bien? — Il a fait très froid ce matin ; mais le temps s'adoucit. — Et tout le monde se porte comme vous voulez dans votre famille? — Vous êtes bien aimable d'être venue. — Et... qu'est-ce que vous nous direz de neuf? — Vous avez un bonnet qui vous va comme un ange. . . Je ne vous reconnaissais pas quand vous êtes entrée.

Quand il a épuisé ce catalogue de jolies choses, le maître de la maison regarde son monde d'un air qui veut dire :

— Il faut pourtant que j'amuse tous ces gens-là... C'est très fatiguant... On ne peut pas toujours avoir de l'esprit. Occupons-les.

Il propose de faire un peu de musique. Tout le monde applaudit, chacun parait enchanté: mais quand il s'agit d'aller au piano, |»crsonne ne veut en approcher.

M. Ducroquet s'adresse à chaque jwrsonne qu'il sait être musirienne.

— Madame, vous allez nous chanter quelque chose. - Non pas ce soir, cela me serait impossible.

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— Vous, mademoiselle y

— (Mi! monsieur, vous n'entendez donc pas comme je suis enrhumée.

— Alors madame voire sœur.

— Moi, je chanterais volontiers; mais je ne sais rien du tout...

— Mais, mademoiselle Ophélia, disent quelques jeunes gens, est-ee que nous ne l'entendrons pas ?

— Moi! je ne chante jamais! répond Ophélia.

— Mais vous touchez du piano, mademoiselle; si vous vouliez nous jouer un morceau?

— Ah! oui, dit madame Ducroquet. Ophélia, joue-nous donc ce grand morceau... que tu étudies depuis long-temps... et qui t'oblige à casser des cordes de ton piano... dans certains passages...

— Pour le jouer, il faudrait que je l'eusse parfaitement dans les doigts... Mais certainement je ne le jouerai pas.

Le petit air insolent avec lequel la jeune personne vient de répondre à sa mère frappe désagréablement la plupart des personnes qui composent la société, et un monsieur fait observer à un de ses voisins que, dans la plupart de ces pensionnats où l'on donne aux demoiselles une brillante éducation, on oublie toujours de leur enseigner le plus nécessaire, c'est-à-dire la jMïlitesse et le respect envers leurs parents. Quant à la tendresse, à l'amour filial, cela ne s'enseigne pas, et cela devrait toujours se trouver dans le cœur des enfants : malheureusement il n'en est pas ainsi.

Toutes ces jeunes personnes qui ont remporté des prix , qui savent soi-disant plusieurs langues étrangères, qui savent la musique, le dessin, l'histoire, qui savent une foule de choses enfin, ne se doutent pas combien un ton maussade, impertinent avec leur |>ère ou leur mère fane vite les couronnes qu'elles ont reçues; elles croient montrer de l'esprit, elles font preuve du contraire; elles se figurent en faisant les raisonneuses avoir l'air de petites femmes... et elles ont l'air de petites sottes. Elles ne savent pas combien on

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repose avec plaisir ses veux sur les jeunes filles qui se font gloire de chérir et de respecter leur mère!

Mademoiselle Ophélia persistant à ne |K)int jouer du piano, M. Boulignot dit tout bas que probablement elle n'a pas encore cassé assez de cordes pour savoir jouer son morceau.

Et M. Ducroquet voyant que personne n'est disposé pour faire de la musique, se décide à faire commencer le jeu. 11 forme une bouillotte; la fiche est à un sou et la cave de dix. \jc vieux garçon, auquel ou a fait prendre une carte, trouve que c'est jouer un peu chep, mais enfin il consent à risquer une cave.

M. Ducroquet essaie ensuite de former une autre table; mais l'un est pour le wisk, l'autre pour le lw>ston; on se décide à ne rien faire. La demoiselle de quarante ans à qui le maître de la maison offre «le jouer, répond qu'elle aime mieux causer. Kn effet, «•lie ne cesse point de bavarder dans l'oreille d'une dame assise à «oté d'elle; puis elle se lève, emmène une autre |>er$onnc chuchoter dans un coin, et bientôt on entend des éclats de rire qui ne semblent poussés que pour faire de l'effet.

\ja. demoiselle surannée ignore apparemment que dans une réunion il nVst pas honnête d'aller chuchoter dans les petits coins, et d'affecter près d'une personne d'avoir à dire à quelqu'un des choses qu'on ne veut pas qu'elle entende. Mais quand on n'a pas pu parvenir à se marier, il y a tant de choses que l'on ignore.

Sur les dix heures du soir, la bonne entre dans le salon avec un plateau et des verres d'eau... qui ne sont pas sucrés du tout.

I n moment après elle paraît avec une assiette sur laquelle la brioche est coupée en morceaux tellement petits qu'il en faudrait deux pour faire une bouchée raisonnable. Klle passe très vite avec son assiette et sans s'arrêter devant personne, de façon que pour saisir au passage un échantillon de brioche, il faut le viser d'avance, absolument comme ou vise l'anneau lorsque l'on joue une partie de bagues.

>(i r*K SOIRKK |»\>s LA l'RTITC PROPRIÉTÉ.

M. Ducroquef est obligé de rappeler sa bonne, qui va s'en retourner avec son assiette presque intacte, et de lui dire :

— Kli bien!... qu'est-ce qur vous faites donc, Marianne; attendez dune... venez donc ici... ees dames veulent de la brioche...

Daine, murmure la bonne, vous m'avez dit de faire circuler... r'est ce que je lais...

— Kt puis, dit tout bas M. Boulignot, c'est un procédé assez ingénieux pour présenter plusieurs fois de la brioche dans la soirée.

Sur les dix heures du soir, une dame que l'on avait priée de « hanter, et qui avait refusé sous prétexte d'un grand mal de gorge, va nonehalemment se placer devant le piano, joue quelques préludes, fredonne quelques passages, H commence enfin un. air en disant à mademoiselle Ophélia :

— Savez-vous celte romance CCAmhffo </<■ Brauplan

Kt sans attendre qu'oïl lui réponde, elle ( hante la romance l< Mit entière; à peine a-l-elle fini qu'elle s'écrie :

Kl celle-ci de livrai... vous allez voir comme r'esl joli.

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