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sable de dire, au moins une fois la semaine : « Je viens de choisir îles vases et de la rocaille chez Monhro. •
Qu'on ne croie pas pourtant que Monbro soit de ces favoris de la vogue qui ne daignent sourire qu'aux plus grands noms et aux plus grosses fortunes. .Monhro est bien trop artiste |>our ne pas aimer et protéger tous ceux que l'art l'ait vivre. L'amateur modeste, mais qui a plus de goût que de richesses, a chez lui ses grandes entrées, et trouve là toutes les facilités imaginables pour concilier ses désirs avec son budget.
Mais il nous faut songer à clore cette revue qui dépasserait toutes limites si nous la voulions complète. Bornons-nous donc à un dernier croquis.
Voyez-vous ce Monsieur qui descend d'une citadine à l'angle d'une rue déserte? Après les contestations d'usage avec le cocher, ce .Monsieur s'achemine en longeant les murailles et en partageant
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sa sollicitude entre les soins qu'il prend pour dissimuler sa démarche cl les précautions nécessaires à la propreté de sa chaussure. Enfin , vous le voyez entrer brusquement dans une maison de singulière apparence. 11 glisse un nom presque à l'oreille du concierge, el monte au premier étage aussi rapidement que le lui permettent ses petites jambes et ses cinquante printemps. Il sonne, on lui ouvre, et après quelques paroles échangées à voix basse, on le fait entrer dans un boudoir dont le luxe fatigué nage dans un jour douteux. Ce Monsieur, comme nous venons de le dire, touche à la cinquantaine, il porte des cheveux blonds artistement l>ouclés, un gilet blanc à semé de fleurs bleues , un vieil habit neuf et des pantalons un peu courts à dessous de pied.
Après un quart «l'heure d'attente , que le Monsieur a employé à se regarder dans la glace et à passer la main dans ses cheveux avec une précaution suspecte, la |>orte du salon s'ouvre discrètement, et une femme parait. Le Monsieur exécute aussitôt une foule de salutations toutes plus galantes les unes que les autres, à quoi la Dame répond en prenant place sur une causeuse. Le Monsieur, qui se décide à en finir avec ses politesses, imite la Dame dont il se rapproche par quelques mouvements préparatoires, afin de pouvoir parler avec tout le mystère désirable. Le Monsieur commence alors par une petite toux d'émotion...
\ai conversation qui s'engage n'est pas précisément du ressort d'une plume qui fait , comme la nôtre, profession de pruderie. Disons vite, cependant, pour ne pas laisser galoper trop loin l'imagition du lecteur, qu'entre le Monsieur et la Dame, il ne s'agit que du bon motif. La maison où nous sommes est le siège d'une entreprise de mariages... au plus juste prix, dont la Dame est directrice-gérante. On y fait |>our Paris et la province, et même pour l'étranger. C'est une maison montée en ce qu'il y a de mieux, et où l'on trouve à toute heure un assortiment de sujets très bien confectionnés.
Les épouses qui sortent de l'établissement sont garanties bon teint pour un an, et même davantage, si l'on consent à y mettre le prix.
On en a de tout Age, depuis trente à cinquante ans; on en a de blondes, de brunes, de rousses et de jaunes ; on en a de passionnées, de sentimentales , de froides , de pétulantes, de douces, d'ingénues et de romanesques. Si même on désire une Musc, on peut la fournir à des conditions très raisonnables. Enfin il y a les articles de choix
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H les articles courants, les épouses (Je belle venue et les épouses de camelote ; mais les unes et les autres sont comme les gants à vingt-neuf sous : on est tenu de les acheter sans les essayer.
Ces maisons de confiance, pour rétablissement des femmes un peu pressées par l'Age ou par les circonstances , marient dans tout Paris, comme nous avons eu l'honneur de vous le dire, et à tous les arrondissements de la capitale indistinctement. Les prix se modifient selon l'arrondissement. On fait à des conditions douces et faciles pour les quartiers pauvres et nécessiteux. On accepte des règlements à trois mois ou fm-courant pour les quartiers de négoce, et l'on s'en remet à la générosité de l'amateur dès qu'il s'agit de la rue Notre-I)ame-de-Lorette ou de la rue Saint-Lazare.
Nos lecteurs de la province prendront peut-être ce qui précède pour une plaisanterie d'un goût fort discutable. Nous leur abandonnons volontiers la question de goût, mais le fait est vrai, le fait existe, et la quatrième page des journaux, cette quatrième page toujours si chaste et si modeste, est à même d'en fournir la preuve. Feuilletez le Siècle et le Journal des Débats, et vous trouverez concurremment avec les annonces du docteur Charles Albert et de l'abbé Châtel, l'annonce des maisons de mariages. Ces trois dernières spécialités donnent assez la mesure de ce que Paris est en état d'offrir comme civilisation progressive et comme affranchissement des idées.
Marc Foc r nier.