‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 125 sur 214 · I.KS BATKLKl'RS · texte numérisé non relu

I.KS BATKLKl'RS

— Comment faut-il faire, que je dis, pour la saluer.

— Tu lui tireras le pied et tu lui donneras un grand coup de , chapeau. Sa femme arrive. Je lui donne un grand coup de chapeau sur la figure, et je lui tire le pied ; elle tombe le dos dans un chaudron d'eau bouillante; elle se met à crier. Madame, que j' dis, j'ai bien l'honneur de vous saluer ; le pâtissier, dit. — C n'est pas comme ça qu'il faut s'y prendre. Viens par ici, j'te vas montrer ce que tu auras à faire. Tu prendras douze douzaines de brioches, et tu iras dans les rues en criant : Ils sont tout chauds, tout bouillants, brisez-vous la gueule et cassez- vous les dents.

— C n'est que ça, que j'dis.

— C'nest que ça, qu'il m' dit, et tu m' rapporteras la monnaie, et tu donneras le treizième.

— Bon, que j'dis. Je mets la manne sur ma téte, et je vais dans les rues en criant de toutes mes forces : Ils sont tout chauds, tout bouillants, brisez-vous la gueule et cassez-vous les dents. Il y a un homme qui m'dit : Combien la douzaine?

. — À un sou la pièce, c'est douze sous. — Donnes -tu le treizième?

— Oui, que j'dis. Il prend une brioche et il s'en va. J'avais une faim d'enragé. Tiens, que j' me dis, puisque cet étranger a pris un treizième, j' puis bien en manger un autre. 11 y avait une brioche qui avait l'air de m'agacer, j' l'avale. Je marche toujours, mais v'Ià que c'tte brioche s'ennuyait toute seule dans mon ventre; j'en avale une autre pour lui tenir compagnie; v'Ià-t-il pas qu'elles se battent; j'en envoie une troisième pour les séparer. Oh! jarni! elles se mettent deux contre une. J'en envoie une quatrième, bon, trois contre une! De fd en aiguille je mange toutes les brioches, ça faisait un beau tapage. J' retourne chez l' bourgeois, il regarde dans la manne. Bon, qui dit, tu as tout vendu. Il ouvre un tiroir à cases.

— Tu vas mettre là les pièces de vingt sous; là, les pièces de dix; là, les sous; là, les pièces de six liards.

— J' mettrai rien du tout, que j'dis. J' lui conte la chose; il prend son rouleau, je me mets à courir autour de la table, il court après moi, mais il n'a jamais pu m'attrapper... il n'y avait que son rouleau qui m'attrapait de temps en temps...

A ces mots, entre brusquement dans le cercle un homme en redingote bien boutonnée, un chapeau graisseux sur le coin de [(*-

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reille, qui donne trois grands soufflets ;m pitre, autant de coups de pied, en s'écriant :

— Que fais-tu là, paresseux ;. il y a deux heures que j' te cherche, tu te }km mets d'abuser de la patience de ces messieurs et de ces dames...

Le pitre lui fait force grimaces par derrière, et affecte un air soumis quand il se retourne.

— Voyons, imbécile, tu n'as pas fait à ces messieurs, je parie, l'annonce de ce que tu a-t-à leur communiquer.

Et s'adressant au cercle, tandis que le pitre imite sa voix et son geste. Le maître. — Messieurs et dames!...

Le pitre. — Mulets et ânes! ..

/je maître, avec un coup de pied. — Veux-tu te taire, imbécile?... Messieurs et dames, c'est pour avoir l'honneur de vous annoncer... Le pitre. — De vous enfoncer...

Le maître. — Que je suis de retour d'un voyage dans les principales capitales...

Le pitre. — Général et caporal...

Le maître. — Je suis connu sur la place...

U pitre.— De Grève.

Ia maître. — Je m'appelle Auguste, dit l'Américain. Le pitre. — Vilain arlequin.

Le maître. — Je suis élève du fameux Morcau. /a pitre. — Fameux moricaud.

Le maître. — Savant dans la chimie, la chiromancie, et l'art de prédire l'avenir.

Le pitre. — Sauvez-vous, il va venir...

Grand coup de pied du maître appliqué de coté.

Le pitre se retourne, et en demande raison à M. Pinchonnelle qu'il menace de grands coups de poing. Tout le cercle rit, et M. Pinchonnelle juge qu'il est de bon goût d'en faire autant.

Le maître. — Qu as-tu donc? Viens ici, imbécile! Voyons, Frise- Poulet, mon ami, puisque tu veux te mêler de mon art, montrenous comment tu sais travailler. Fais tirer une carte à l'un de ces messieurs, et lu lui expliqueras son horoscope.

Ia pitre. — Son télescope.

Le maître. — Sur le passé, le présent et l'avenir.

Ia pitre. — Bon.

H \ LES BATtLKL'KS.

Il fait le tour du cercle, et présente le jeu de cartes à M. l'in- < Imnnellc qui refuse. I.e pitre insiste, et lui dit de sa voix naturelle qu'il n'en coûte rien. M. Pinehonnejle prend une carte.

Le pitre ajoute quelques lazzis qui le font rougir, et qui font beaucoup rire rassemblée. Le pitre se retire à distance, et élevant la voix d'un ton burlesque.

— Monsieur, votre carte annonce que vous êtes venu au inonde le joui" de votre naissance, tout DU, sans chemise, les mains dans vos poches*

Grands éclats du cercle. M. Pinchonnelle se pique, sa femme se couvre le visage.

— Sous peu, il s'opérera en vous un changement de position, à moins que vous ne couchiez sur la place. Si l'on ne vous écrit pas, faut pas faire de réponse, ce serait de l'encre et du papier de |)erdu.

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