I.KS ItATKLF.l'IlS
trois sous — lu petite Lili va commencer son exercice!... Yovez,
Messieurs, il y a déjà vingt-deux sous sur le tapis Ce n'est pus
de trop de quarante-cinq sous pour un exercice si intéressant. M. Pinchonnelle, piqué de curiosité, jette un sou.
— Vingt-deux I.... il ne faut plus que vingt-deux sous... Encouragez la petite famille.
Les encouragements se ralentissent, et la somme en reste quelques minutes à vingt-deux sous. I n inconnu se hasarde.
— Vingt et un! s'écrie l'homme.
— Et allons donc, fait M. Pinchonnelle, et il jette cette fois une pièce de deux sous.
— Dix-neuf! dit l'homme, encore dix-neuf sous, et la petite Lili va commencer....
Mais la petite Lili ne commence point, les sous sont définitivement arrêtés, le cercle se dégarnit.
— Messieurs, dit l'homme en faisant la mine, on n'encourage * pas les artistes.... je ne puis pourtant pas rester inutilement sur la
place Tne fois, deux fois..., c'est bien vu, bien entendu....
adjugé !
11 reploie son tapis, et ajoute avec amertume en se tournant du côté de M. Pinchonnelle:
— Nous avons des personnes qui voudraient tout voir et ne rien payer.... C'est pas cher.... Cancres, va!
Il emballe le tapis, les chaises, le tambour, et disparait.
— Tiens, cet animal, dit M. Pinchonnelle, moi qui ai payé et qui n'ai rien vu !
il se retourne à de grands cris.
— Holà! ho! eh! ho! eh! l'ami! vous revenez de Dijon chercher de la moutarde! j'en suis vraiment charmé! Eh! ho! vous vous portez bien? pas mal; et vous? à la bonne heure!
C'est un homme seul devant une table à tréteaux, vêtu d'une veste rouge et coiffé d'une perruque à grands crins. On ne sait ce qu'il veut et ni à qui il parle.
— Holà! ho!... mon père avait bien raison quand il me disait — Veux-tu te cacher galopin?
L'homme change de ton en courant sur un enfant qui s'est approché.
— Je t'vas frotter, toi!... reviens-y.... vermine!
I FS HATKIH KS.
Il a perdu le til du discours et chante sur l'air du Point du jour :
l.e point «lu jour dans un navet Avec «les pommes «le terre Dans lu eastrole se disputaient [bit).
Ave /.-vous jamais vu la guerre Aux nommes de terre ?
Il prolonge le dernier vers par une roulade bouffonne.
Quelques personnes se sont approchées comme M. et madame Pinrhonnelle, le cercle se forme et se grossit. L'homme entame le récit suivant :
— Pour lors, voilà que mon père me dit un jour : Frise-Poulet, mon ami, faut que tu ailles faire fortune à Paris. Il me fait mon
paquet dans un chausson ; le talon n'était pas plein et ma mère
me donne six belles chemises toutes neuves, qui n'avaient ni col, ni pans, ni devant, ni derrière.... il fallait aller chez le marchand pour avoir les manches. Me v'ià parti, je marche tout droit devant moi, et je demande à une bonne femme ous qu'était Paris? 11 est derrière vous, qu'elle me répond; je l'avais traversé tout droit sans faire attention. Y'ià que j'avais faim. J'vois sur une enseigne : Ici L'on donne à boire et à manger. Bon! que je dis. Monsieur, dit la servante, quel potage faut-il vous servir? Nous avons potage au pain, potage au riz, potage au vermicelle, potage à la julienne.
— Apportez-les-moi tous les quatre.
Vlà qu'elle revient. — Monsieur, faut-il vous servir un bttnf?
— l'n bœuf? que je dis, servez toujours, nous verrons bien. Elle apporte un bœuf qu'était grand comme la main, ils sont
comme ça dans ce pays-là. C'est égal, que je dis, ces gens sont bien honnêtes, ils font ce qu'ils peuvent. Quand j'ai bien mangé, je prends mon chapeau et j' m'en vas. Le garçon court après moi.
— Monsieur! monsieur! la bourgeoise veut vous parler.
C'est sûrement, je pense, qu'elle a oublié de m'offrir le petit verre, c'est une dame bien aimable. J'arrive au comptoir.
— Monsieur, qu'elle dit, nous avons huit livres dix sous.
— Tant mieux, que je dis, Madame, gardez-les.
— Pas du tout, c'est huit livres dix sous que vous me devez pour votre dîner.
LIES BATELKl'ftg.
SI
— Comment, que je «lis, on me l'a donné, ici l'on donne à boire et à manper. Je mfi mots à courir, le garçon se met à courir; il crie nu voleur sur moi, je crie au voleur sur lui ; la garde ne savait plus lequel arrêter...
Ici l'assemblée fait entendre un gros rire; M. Pinclionnelle rit comme l'assemblée, madame PinchonncUe elle-m'nie ('(imprime sa belle bumeur avec son moueboir.
— En v'ià un qu'a une plaline, dit un soldat.
— Je ne sais pas où il va pren Ire tout ce qu'il dit, ajoute un antre.
— Il faut encore qne ces gaillards-là ne manquent pas d'esprit, reprend gravement M. Pinchonnelle, pour inventer ces hisloircs-Ià.
Il ce sait pas que cette histoire et d'autres semblables sont stéréotypées mot à mot dans la mémoire de tous les pitres ou paillasses chargés d'assembler et d'amuser la foule pour la préparer au débit de la bonne aventure OU autre curiosité.
l„o pitre reprend son récit.
— Après va j'entrai chez on pâtissier pour avoir un état; i! nie dit : Viens ebez moi, je t'enseignerai ce qu'il faut faire, et je te présenterai a nui fournie; n'oublie ne* de la saluer.
* il
^Digil