‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 133 sur 214 · MI'LOHATKS KT AMBASSADES · texte numérisé non relu

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dans lu grande salle des maréchaux. 11 arrive quelquefois que l'une des princesses fait inviter à danser, par l'entremise de son chevalier d'honneur, quelque vieille momie diplomatique. Cette haute distinction deviendrait une sorte de scandale si elle tombait sur un premier secrétaire de tournure moins déjetée.

Ces fêtes sont toujours pour le roi une occasion de s'excuser, auprès des ambassadeurs, de la société mêlée qui se presse dans ses salons. Comme le roi est très beau gentilhomme dans ses manières, ces petites lamentations acquièrent dans sa bouche toute la valeur d'une épigramme contre l'événement de juillet. 11 faut avouer, à la vérité, que ces bals offrent d'habitude un spectacle passablement excentrique. Outre les noms fabuleux de ces messieurs et de ces dames, il s'y voit des choses que le dernier des droguistes ne permettrait pas chez lui. On fait le coup de poing pour arriver, aux buffets. Les Anglais se distinguent surtout par un appétit poussé jusqu'aux dernières limites de la férocité. Au reste, l'ouragan de juillet ayant mis en déroute toutes les traditions de la Cour, le roi a dû se résigner à n'avoir ni grand-maître des cérémonies, ni pages, ni chambellans, ni rien de ce qui aurait pu taire murmurer messieurs les capitaines de la garde nationale. En sorte qu'il a pris M. Athalin poitr tout faire. M. Athalin est une manière de maître Jacques qui a une ferveur de bon vouloir très recommandable sans doute, mais qui rappelle un peu le canard, lequel a le triple talent de nager, de marcher et de voler, et de faire tout cela le plus gauchement du monde.

Passons maintenant à un examen rapide des légations étrangères telles que nous les* avons aujourd'hui.

L'ambassade d'Autriche est toujours occupée par M. le comte Antoine Appony, ayant titre d'excellence. Les Appony sont originaires de la Hongrie, et touchent à la première noblesse, sans toutefois partager cette Hère indépendance des magnats qui aujourd'hui encore ne veulent pas consentir à être un instrument passif dans la main du prince de Metternich. M. le comte Appony a jugé à propos de rester ambassadeur à Paris sous la royauté de juillet comme sous la royauté de par Dieu, ayant trouvé dans les vues de l' Autriche plus d'appui que M. Pozzo di tiorgo n'en avait trouvé pour les siennes dans les répugnances obstinées du czar. C'est lout-à-fait l'homme de M. de Metternich, en ce sens qu'il se borne à une politique exportante, convaincu, comme tous les di-

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plomates de cette école, qu'il faut laisser les systèmes représentatifs s'user d'eux-mêmes dans le propre exercice de leurs forces. Sa seule occupation depuis 1830 est d'envenimer la lutte entre le gouverne^ ment parlementaire et le gouvernement personnel. Il dit, comme son illustre patron : chaque perle brisée dans la couronne constitutionnelle est un fleuron gagné pour le diadème absolu.

Madame la comtesse Appony est issue d'une des plus anciennes familles de Vérone. Son petit salon demeura légitimiste plusieurs années après 1830, mais il fallut bien qu'elle se rendit à la longue aux exhortations du comte; aujourd'hui la société y est plus mêlée, mais les purs royalistes s'en sont tout-à-fait retirés. ta comtesse a ses grands et ses petits jours; ceux-ci pour l'élite et les intimes. Les grands bals et les soirées musicales sont pour le monde obligé. Cependant malgré les concessions de la noble ambassadrice, son salon est demeuré moins raout que ceux, par exemple, de lady Granville, aux fêtes de laquelle brillait un assortiment de figures passablement primordiales. Chez la comtesse Appony on n'est reçu qu'après information exacte, présentation préalable, et recommandation spéciale. 11 ne nous reste aujourd'hui que le souvenir des matinées dansantes, et des fêtes champêtres de la villa d'Auteuil. ta train de la maison d' Appony s'est considérablement réduit dans ces derniers temps. Le noble comte a fait un voyage en Hongrie où il possède de nombreuses plantations de tabac. C'est de ce même tabac qu'il a été fait une fourniture à la régie, fourniture libellée par acte enregistré dans lequel figure un certain M. Wiadana, représentant connu de la famille Appony. Tels sont les heureux avantages de la politique expectante.

L'ancien hôtel de l'ambassade autrichienne, rue Saint-Dominique, a été acheté par M. Hope, le turcaret hollandais, qui a fait élever sur ce terrain pour trois millions de constructions fort.... riches. Aujourd'hui la légation de Vienne se trouve au n° 1 2 1 de la rue Grenelle Saint-Germain. Ce vaste édifice appartient au gouvernement, qui le lui a loué à fort bas prix , toujours en considération de la politique expectante. Les appartements ont été meublés depuis peu avec beaucoup de goût. ta salle du trône est splendide, peut-être un peu surchargée. La livrée, terme sur un pied fort convenable, est bleu foncé, avec aigrette sur l'épaule, et bordures armoriées: la cocarde jaune et noire.

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M. de Thorn est conseiller de l'ambassade. C'est l'homme fort de la mission. Travailleur réservé comme toute la diplomatie autrichienne, raide de maintien , fort haut de manières, c'est la cheville ouvrière. M. Appony écrit néanmoins toutes ses dépêches lui-même et en langue française; M. de Metternich répond dans la même langue. C'est un fait singulier que les employés de la chancellerie, chargés d'expédier les passeports, parlent également français, ce qui met les pauvres ouvriers allemands dans un cruel embarras. Le premier secrétaire de l'ambassade est M. le comte Valentin Esterhazy. C'est un beau nom et une belle famille. Le prince, chef de la maison , est le plus riche magnat hongrois, mais le plus richement criblé de dettes; on les dit s'élever a près de 10 millions. Le comte Valentin est un jeune cavalier de tenue correcte , et d'une élégance irréprochable. Les autres secrétaires sont M. le comte Rodolphe Appony, neveu de l'ambassadeur, et M. le baron de Brenner. M. le comte de Hartig ligure comme attaché. L'ambassadeur autrichien a un traitement de trois cents mille francs, outre les allocations extraordinaires, ce qui va toujours sans dire.

L'ambassade russe, située place Vendôme, mène une vie beaucoup plus retirée que le personnel autrichien. Le comte Pahlen, ambassadeur de S. M. l'empereur Nicolaï Pawlowitsch (fils de Paul) est retourné en Russie. M. de Kisselef, fds du général russe, gère en ce moment l'intérim comme chargé d'affaires, et suit toutes les traditions du général comte Pahlen. Celui-ci était un homme froid, peu causeur, ne voyant qu'un très petit cercle de personnes, menant la vie de garçon, donnant tout au plus quelques galas annuels, et n'allant aux Tuileries que quand il avait épuisé, pour s'en dispenser, tous les prétextes bons ou mauvais. Aucune ambassade, cependant, n'est mieux informée que celle de S. M. le Czar : aucune aussi ne montre plus d'empressement aux artistes, littérateurs et négociants français. Elle expédie de Paris à la cour de Russie beaucoup d'objets d'art, de curiosité, de modes et de librairie. M. de Spiess, consul général de Russie, dirige avec beaucoup d'intelligence la partie des informations industrielles et commerciales. Elle appartenait autrefois à M. le baron de Meyendorf qui , assure-t-on, occupera bientôt une haute position au département des linances à Saint-Pétersbourg. M. de Meyendorf est marié à une des plus belles personnes du corps diplomatique : feu M. le duc d'Orléans avait daigné la distinguer. Le

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|>ersonue| <l«* l'ambassade fréquente assidûment le cercle de la rue de Crammont. Au temps de lord Granville, on y faisait très gros jeu, el M. Hothschild n'y était pas toujours aussi heureux que dans les coulisses de la bourse. A propos, M. James de Hothschild, en sa qualité de consul général d'Autriche, faisant partie du corps diplomatique, nous sommes rigoureusement forcés «l'en toucher quelques mots. On sait que la fortune de ces Lombards date d'un dépôt fait enlre les mains du Rothschild défunt par l'électeur de Hesse-Cassel. Ils ont aujourd'hui cinq comptoirs, à Vienne, à Francfort, à Ixmdres, à Paris el a Naples. Ces maisons roulent sur un fond de trois cents millions de francs. Le baron James porte son uniforme de consul avec une décoration d'Autriche, une grande croix belge, celle de commandeur de la Légion-d'llonneur et quelques autres babioles.

lx*s hommes de la famille ont en général la passion des croix, ce qui est une assez sotte passion pour des Juifs; mais les femmes portent au dernier degré le fanatisme des diamants. Elles flamboient connue des comètes dans tous les salons de Paris. L'hôtel de M. de Hothschild, rue l^flitte, a été construit , comme l'on sait, sur les dessins de M. Duponchcl, l'ancien directeur de l'Opéra. Le caractère général de l'édifice est très mesquin, mais en revanche passablement lourd et de mauvais goût. On est en train de relever la façade sur un nouveau plan, d'après lequel, par suite de je ne sais quel caprice Israélite, l'entresol se trouvera au troisième étage. C'est dans cet hôtel que le premier baron juif reçoit , à son petit lever, tout ce qu'ir y a de flatteurs, de courtisans et de solliciteurs parmi les gentilshommes chrétiens. La cour n'y a pas toujours ses grandes entrées, et ses envoyés y font antichambre avec assez de longanimité. Méprenons notre nomenclature.

L'ambassade de Prusse occupe, rue de Lille, l'ancien hôtel du viceroi d'Italie, le prince Lugène Beauharnais, de qui le roi de Prusse l'acheta après 1 8 1 5. Le cabinet de Berlin n'a point iXumOasscuhur en ce moment a Paris. M. le comte d'Arnim est ministre plénipotentiaire. C'est plus économique. I„e comte n'est point marié et reçoit fort peu de monde, ce qui l'est encore plus. Il suit les errements du baron de Werther, et procède à de notables épargnes sur un traitement de cent à cent vingt mille francs. Comme homme du monde le comte d'Arnim est de la dernière insignifiance et les diplomates ne le mettent pas à une fort grande hauteur comme talent politique. Nul ne a. 14

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(ail plus de gorges chaudes que M. de llumholt sur le cher comte. A Merlin comme à Paris, et M. de llumholt vient souvent par ici, il est fort plaisant d'entendre l'illustre savant s'amuser à rencontre de M. l'ambassadeur. On ne sait si c'est chez lui conviction ou jalousie. Du reste, M. de llumholt est l'homme le plus ambulatoire de Prusse. Il a la rage des missions secrètes et comme son remarquable ami, M. Arago, il fait de la politique toujours, et de la science à temps perdu. .Malheureusement M. de llumholt, que l'on citait autrefois comme un causeur agréable, commence à devenir une pie grièehe fort monotone. C'est un ami de madame de Liéven.

Les autres personnes de la mission prusienne sont M. Veiskirck, premier secrétaire de légation depuis tantôt trente ans, homme d'ordre et de naturel patient, mais fort reclus; il est le plus vivant éloge du statu quo.

M. le baron de Clerc, oflicier au service de Prusse, chargé de la partie militaire, enlin M. le comte de llatsfelde, iils de celte princesse qui inspira un si grand acte de générosité à l'empereur Napoléon, complètent l'ambassade.

M. le duc de Serra Capriola, ambassadeur de Naples, reçoit beaucoup dans son petit hôtel de la place Beauveau. Les travaux diplomatiques laissant passablement de loisir à S. Excellence, elle est tout à l'accueil des personnes choisies qui forment son cercle,

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réunion très enviée dont sa famille fait 1rs honneurs à ravir. M. le prince de Garini et M. le marquis de Kiario-Sforza contribuent par leur nom et leur élégance à l'éclat de l'ambassade. Tout près de là, avenue de Marigny, se trouve le bel hôtel de M. le baron Delmar, rendez-vous préféré du monde diplomatique. Un autre riche étranger, également prussien de naissance, M. Schickler, reçoit aussi beaucoup de ce monde-là dans ses salons de la place Vendôme. Madame Schickler est une des plus belles femmes de Paris, — au dire même de ses amies intimes.

La légation espagnole, toute décontenancée par les affaires actuelles de la Péninsule et par l'absence de M. Olozaga, habite, sous la gestion du chevalier demandez un hôtel des plus tristes et des plus pauvrement meublés, rue de la Victoire, 31. Tout le personnel vit un peu à l'écart des autres légations dont les cabinets pointa plupart n'ont pas encore reconnu le gouvernement d'Espartero.

M. le marquis de Brignole-Sale est l'ambassadeur du roi Charles- Albert de Sardaigne. il habite un hôtel de la rue Saint-Dominique. Un y danse, on y saute, on y rit. C'est un petit monde fort agréable où madame de Brignole se montre pleine de grtlce et d'entraînement* Une de ses tilles a épousé dernièrement le jeune duc de Melzi, et une autre M. le duc de Gagliera, riche de vingt millions, fortune d'autant plus colossale que le duc est Napolitain. MM. les comtes de Montalto, de Camburzano, et M. le chevalier Celestin Nasi sont attachés à la légation.

Le roi Guillaume H des Pays-Bas n'a qu'un envoyé extraordinaire, qui est M. le baron de Fagel, faisant en même temps les affaires du grand-duc de Nassau. C'est un vieillard plein de vigueur encore, rempli de noblesse et fort considéré par tout le corps diplomatique.

On se rappelle sans doute encore ce bon M. de Fabricius, qui faisait l'intérim de Hollande, et qui était chargé d'affaires de Nassau avant le général Fagel. Ce fut de vouloir trop bien faire qui le perdit. Comme on savait son envie secrète de produire quelque sensation dans le monde politique, et l'inutilité des efforts qu'il avait tentés pour y parvenir, trois mauvais plaisants, dont un vaudevilliste et un buveur de vin de Champagne, se présentèrent au digne M. Fabricius, et lui débitèrent une histoire de l'autre monde. C'était sous le ministère du 15 avril. Le buveur jouait le rôle d'un

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employé supérieur indignement victime do l'injustice du ministre, et fit entendre qu'à des conditions raisonnables il se ferait un véritable plaisir d'initier l'intérim de Hollande à quelques secrets fort curieux des affaires étrangères. M. de Fabricius reva aussitôt les plus belles dépêches du monde, et se vit en posture de bouleverser l'Kurope en révélant le dernier mot du système Molé. Ce fameux ttt rn 'uv mot lui donna des éblouissements. 11 promit 500 fr. par chaque secret qu'on lui enverrait sous pli , et convenablement libellé. Nous n'affirmerons pas qu'il ait effectué beaucoup de ces paiements, mais le résultat de ses dépêches au roi de Hollande fut qu'on le pria de modérer son zèle, et qu'à la lin on le rappela. L'anecdote vola des coulisses au ministère, et du ministère à la cour, où Ton en rit beaucoup. Mais le cabinet de Hollande a pris sa revanche sur le Limbourg et le Luxembourg.

Depuis la scandaleuse déconfiture du notaire l^ehon , la légation Belge était veuve de son ambassadeur, et portait sinon le deuil de ce diplomate, du moins celui de sa femme, dont les succès dans le monde parisien ont eu le plus grand éclat. Madame l^ehon, née mademoiselle Mosselmann , a fait un mariage d'inclination , en épousant M. Lehon, lequel n'était qu'un tout petit avocat de Bruxelles, qui fut charmé de prendre une fort jolie femme qu'enbellissait encore plus d'un million de dot. Leur hôtel était de tout Paris celui où l'on recevait le mieux et le plus de monde. Le boudoir de madame Lehon avait pour soixante-cinq mille francs de tentures en hermine. Dans les derniers temps, la beauté de cette dame avait beaucoup baissé. Au surplus, ce ne fut jamais qu'une beauté patrenue; beaucoup de lis et de roses, beaucoup de regard, mais rien qui fût vraiment de race. Lue femme qui la passait de très haut, c'était l'é|>ouse de l'envoyé de Hanovre, madame la comtesse de Kielmansegge, fille de ce M. Gcimùhler, banquier de Vienne, qui fit une si énorme faillite. On l'appelait par excellence la belle ambassadrice. File est à Londres avec le comte. L'intérim belge a été tenu par M. Firinin Rogier, jusqu'à l'arrivée de M. le prince de Ligne qui remplace M. Lehon, mais qui n'en est encore qu'aux premiers soins d'installation. Sa famille n'est pas encore arrivée. On Ta dit riche en jeunes et jolies personnes.

M. le Chevalier de Koss, ministre du roi de Dannemark, a épousé une descendante d'Osman Yglon. Cette dame est un type achevé de

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la beauté orientale. M. de Koss s'est fort distingué, la saison dernière, par sa persévérance à vouloir approfondir l'art de la natation à l'école du quai d'Orsay.

1 /hôtel du général Cass, envoyé des États-Unis, homme de savoir, n'est à citer que pour les locataires qui ne sont pas de la légation américaine. Cet hôtel, qui appartient aujourd'hui à M. Baring, était autrefois à M. le vicomte de Baulny, et réunit M. le prince Paul de Wurtemberg et M. le comte de Luxembourg, envoyé de Bavière. Monseigneur le prince Paul, frère du roi régnant, donne quelquefois à dîner; il y cause avec beaucoup d'esprit mais avec peu d'indulgence. L'une de ses fdles, la belle princesse Hélène, a épousé le grand-duc Michel, frère duCzar; l'autre, la comtesse de Helfenslein, est un parti séduisant. M. le comte de Luxembourg reçoit une fois par semaine avec beaucoup de cordialité. Généralement les petits diplomates ont peu d'existence politique a Paris, et vivent d'économie, sans représentation, mais avec un intérieur agréable. L'excellente famille du comte de Luxembourg a deux demoiselles à marier. On ne se fait pas l'idée du nombre de demoiselles on ne peut plus adultes et fort mariables que renferme le corps diplomatique.

>ous ne citerons le ministre de Hanovre, le baron de Sto( khausen.

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que parce <|ue lu baronne est une fort jolie femme, et qu'au besoin, elle a de l'esprit |)otir son époux. Terminons ce que nous savons des légations allemandes par M. le baron de Konneritz, envoyé de Saxe, noble et spirituel vieillard, qui a toutes les saines traditions de la politesse française, et dont les réunions sont très suivies.

Il faut recourir pour le reste à l'almanacli royal. N'oublions pas cependant le général Fleiscbmann, ministre de Wurtemberg , qui a joué jadis la comédie sur une autre scène que celle du monde politique, et qui doit à cette heureuse particularité la plupart des capacités qui le distinguent. Cette petite médisance fut sans doute accréditée par le comte de Mùlenin, son prédécesseur, qui ne fut sans doute pas fâché de se venger un peu. Au surplus, toute la diplomatie se rappelle que M. le général, n'étant encore que baryton, paria, un soir qu'il jouait don Juan, de chanter tout son duo avec Zerline dans un débraillé de toilette plus que pittoresque, et qu'il gagna son pari.

Le diplomate le plus joyeux de tous et le plus roger -bon temps est sans contredit Monsignor Garibaldi, internonce de sa sainteté le Pape. L'état confortable de toute sa personne rejouit la vue, et sa grâce, sa bonne humeur, son esprit, achèvent de charmer tous ceux que Monseigneur a fait rire. A vrai dire, il séduit plus qu'il ne convertit.

Des redingottes bleues et des bonnets rouges forment ce qu'on appelle l'ambassade Ottomane, sise rue des Champs-Elysées nu t , htyel affecté autrefois à l'ambassade russe et quitté par cette dernière à la suite d'une différend diplomatique où le comte Molé se conduisit avec beaucupde fermeté. S. E. Ueschid Pacha, successeur de Iteiss-Effendi, est fort affectionné à la France; mais il n'est réellement connu que des nombreux élus sur la poitrine de qui tombe l'étoile de Nischan-lsdar, décoration musulmane. L'envoyé du roi Othon est M. Colettis qui porte assez bien son costume national.

Ce n'est point par oubli que nous avons passé sous silence l'ambassade anglaise dont cependant nous avons jeté quelques mots par ci par là. L'hotel d'Angleterre ne s'est pas encore consolé du départ de I,ady Granville, et le pire, c'est que la famille essentiellement puritaine de Lord Cowley, rembrunie encore par la perte du marquis de Wellesley, frère de ce nouveau diplomate, promet de laisser long-temps encore dormir l'écho bruyant des fêtes de son prédéces-

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seur. Lord Cowley, qui est aussi frère de lord Wellington (voilà une singulière famille pour un ambassadeur à Paris), est effroyablement sourd. \a\(\\ Cowley est une fort respectable dame de douze à treize lustres, mais qui, par extraordinaire, n'a point de fille. On |>eut juger par là combien nous sommes loin de revoir, faubourg Saint-Honoré, quelque chose qui vaille les mercredis matin de l^dy (iranville, et ses bals du vendredi. M. Bùlwer est toujours premier secrétaire d'ambassade.

Ce n'est point non plus par mauvais vouloir que nous avons omis de mentionner le canapé politique de madame de Liéven. ta seule cause de notre silence est dans un scrupule tout diplomatique, né de ce fait bien regrettable, que madame la princesse de Liéven n'est point officiellement accréditée auprès des Tuileries comme envoyée plus ou moins extraordinaire du cabinet de Saint-Pétersbourg. Néanmoins, comme il est hors de doute aujourd'hui qu'elle s'est accréditée toute seule auprès de M. Guizot, ministre des affaires étrangères, nous donnerons sur cette dame d'état quelques détails qui termineront cette série d'aperçus rapides.

Madame la princesse de Liéven n'a jamais été jolie, même de sou aveu. Cette disgrAce da la nature a eu cela de profitable pour elle et pour le czar. que cette dame a tourné vers les hautes sphères politiques tous les penchants à l'intrigue qu'elle devait avoir comme femme, et dont elle eut pu abuser comme jolie femme. Elle touche aujourd'hui à ses quarante-deux ans. Elle n'a pasd'hotel, mais elle occupe, rue Saint-Florentin, un des appartements de l'ancien hôtel Tallevrand, aujourd'hui à M.deHothschild.C'est dans eettedemeure, qui ne manque pas d'un certain arrangement, qu'elle reçoit tous les partis, et que M. Guizot pérore à un coin de cheminée, tandis -que M. Thiers babille à l'autre. M. Herryer s'y montre aussi quelquefois dans son frac boutonné, mais assez mal chaussé de sa demi-solde. Quant à la diplomatie, elle s'en tient un peu plus à l'écart. L'empereur Nicolas, à qui la princesse s'est imposée, on ne sait comment, n'a pas encore consenti à recevoir directement ses dépêches; c'est le frère de la princesse qui est chargé de les recevoir et de les communiquer. Toutefois, le czar lui fait une pension de plus 40.000 liv., se réservant Seulement le plaisir de dire de temps en temps que c'est une vieille folle, ce dont la princesse se soucie fort peu. Madame de Liéven a toujours eu la maladie de faire de la politique oc-

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culte. Elit* en faisait dé jà à Londres, et M. de Humbolt, qui partage aussi ce travers, se tient pour fort honoré d'échanger des billets confidentiels avec la contemporaine russf. Au surplus, les réceptions de la rue Saint-Florentin ne manquent pas d'agrément, on y voit un monde un peu confus, un peu brouillé, mais fort original. La livrée de la maison est des plus modestes, bien que madame de Liéven se soit réservé en ce genre une sorte de luxe assez surprenant. Elle a une chambrière dont la beauté a presque de la réputation... Toutefois nous ne savons à quel |m tînt les femmes de chambre entrent pour quelque chose dans la politique russe.

Le comte Chari.es dk Villedot.

LE M0NT-DË-P1ÉTK.

Partfugtnr it lUirrcourt.

Histoire écrite «Uu» de sinistres archive».— La rue de» BlanctMauleaux. — Extérieur i l intérieur de l'édifice — Le royaume de» ouibrr».— Fantôme* habitai. — Hante philantropia. — L'uturc organisée.— Simple calcul — L'habit de Tolrc tailleur —Objection et réplique — U succursale — Kïudiaul» et grisette». — Histoire d'un caleçon de bain. — Ernest fonde une cor|toration célèbre. — Autre histoire . le Mvnt-dc-Piclé marie les jeunes filles.— Les commissaire».-' Tactique et rouerie — Plaintes inutile* du commerce. — Comment l'aveuglement du pouvoir rend les maisons borgne». — Trafic des reconnaissance» —Corbeaux et cadavres. — Employés. — L'estimateur. — l>emier coup de pinceau.

Paris est surtout la ville des contrastes : le palais touche à la masure, la soie se frotte aux haillons, l'or est voisin de la fange.

lorsque l'observateur examine froidement hommes et édifices, il n'y a plus pour lui d'illusion possible. Le grandiose de certains monuments ne fait que mieux ressortir le mesquin de leur entourage. Avec ses riches dorures, le luxe dissimule à peine les tristes réalités qui nous environnent, et le bruit de son char ne couvre pas toujours la voix du pauvre, lorsqu'elle s'élève, dans l'ombre de nos carrefours, plaintive et désolée.

Voulez-vous connaître la déplorable histoire du Paris qui souffre, qui pleure, qui a faim... qui passe, sans transition, de l'opulence à la misère ; qui chante et se goberge aujourd'hui, sans réfléchir que, demain, le désespoir viendra frapper à sa porte... du Paris qui, tôt ou tard, justifie le mot de l'Evangile, et n'a plus même une pierre où reposer sa téte?

Eh bien, cette histoire est écrite, d'un bout à l'autre, dans les sinistres archives de la rue des Blancs-Manteaux.

C'est au centre du quartier du Marais, parmi ce dédale inextricable de rues étroites et sombres, qui s'entremêlent, se croisent et se confondent comme les brins d'un érheveau de fil sous la griffe

le Mo.\r-bt-i'iÉTt.

d'un chat, que se trouve le grand Monl-de-Piété, magasin gigantesque où viennent s'échanger, contre un peu d'argent, les habits, les bijoux, les meubles portatifs, tout ce qui représente quelque valeur, depuis la robe d'indienne et le modeste châle de l'ouvrière jusqu'aux cachemires et aux parures soyeuses de la coquette, depuis la veste de l'artisan jusqu'au paletot du lion... Friperie générale, à laquelle le prodigue peut accrocher sa défroque, avant de se faire sauter le crâne, et la femme entretenue ses parures, quand l'heure arrive de prendre le chemin delà Salpétrière!... Vaste boutique de bric-à-brac, encombrée d'une foule de choses hétérogènes et toutes surprises de se trouver ensemble : linge et diamants, redingotes et pendules, bagues et matelas, laine et soie, fer et bronze, cuivre et or, dentelles, foulards, chemises, montres, gilets, flambeaux; le tout étiqueté, numéroté, mis sous enveloppe, enfermé dans des boites, serré dans des cases, jusqu'au jour où les propriétaires de ces mille objets disparates viendront, en les réclamant, apporter, avec les intérêts, la somme qu'on leur a prêtée sur gage.

Ce bâtiment, construit dans le style du Palais-de-Justice, moins prétentieux peut-être, mais lourd, massif, écrasé comme lui, sert de métropole à tous les bureaux épars dans les divers quartiers de la capitale.

In factionnaire est à la porte, afin de prouver à tous que cette institution éminemment philantropique est placée sous la sauvegarde du pouvoir.

On |K'iiètre dans une cour immense, sur laquelle s'ouvrent les nombreux passages qui conduisent dans l'intérieur de l'édifice. Us murailles, les portes et les parois des couloirs sont chargés d'inscriptions indicatives, lesquelles vous tiennent lieu du 111 d'Ariane et vous guident au milieu des sinuosités du labyrinthe.

l^à, tout est nu, tout est froid, tout est sinistre.

Les salles d'attente sont d'une hauteur excessive, et font descendre sur vos épaules un manteau de glace. Mais, ce qui vous frappe le plus, c'est le silence de mort qui règne autour de vous L'oreille ne recueille pas le moindre bruit, le plus léger murmure. On se croit transporté dans le royaume des ombres. I>es pas eux-mêmes sont craintifs et n'éveillent point d'échos sous ces voûtes humides. I,es personnes que vous rencontrez jettent sur vous des regards inquiets, glissent, comme des fantômes, le long des corridors.

LIS MOXT-DK-P1KTÉ.

obscurs... Vous devinez qu'elles sont en proie à deux sentiments invariables, la honte et la peur. Elles tremblent de se trouver en face d'un visage connu; elles redoutent qu'un ami, un créancier, un individu quelconque, avec lequel elles sont en relation d'intérêt ou d'affaires, ne les surprenne frappant à cette porte de l'emprunt misérable... de l'emprunt qui fait rougir!

Si quelques unes franchissent le seuil avec assurance, celles-là, soyez-en sur, appartiennent à cette classe dégradée, dont les mœurs portent le cachet du cynisme : filles de joie, coupeurs de bourse, Macaires de la Cité, fashionnables de mauvais lieux, qui viennent, après une nuit de débauche , chercher le moyen de s'exempter du travail et celui de renouveler leurs orgies.

Dans la rue des Blancs-Manteaux, les salles d'engagement sont assiégées par la foule, et les salles de dégagement presque désertes : ceci est un fait qu'il est impossible de révoquer en doute; les ventes du Mont de-Piété le confirment, d'ailleurs, d'une manière irréfragable, et nous partirons de là pour discuter la moralité de l'institution.

Certes, le premier qui chercha le moyen de retirer le peuple des griffes de l'usure et qui voulut le soustraire à la rapacité du préteur a la petite semaine, était mu par des idées de haute philantropic.

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l.K MO.M-DK-MKTK.

Venir en aide aux classes lalx>rieuses, les préserver de cetle gêne impitoyable qui s'assied au foyer du pauvre, leur créer des ressources quotidiennes et leur ouvrir un refuge contre la faim, c'était là, nous devons en convenir, un noble et beau projet, \j& couronne civique et le prix Monthyon n'eussent que faiblement récompensé ce généreux citoyen. Mais sans doute, au milieu de ses plans humanitaires, il n'avait pas l'intention de spéculer sur l'indigence et do réaliser des bénéfices, sous prétexte de prévenir les besoins des malheureux, et de les secourir dans la détresse. Or, voilà précisément ce que font, chaque jour, ceux entre les mains desquels il a déposé sa théorie bienfaisante, ceux qui ont pris à tâche de mettre en pratique son système. Ils remplacent d'une manière olïicicielle les vampires qui s'attachaient aux flancs de l'ouvrier, pour se re- | mitre du plus pur de sa substance, s'engraisser de ses dépouilles, absorber son salaire.

Souvent il arrive que le peuple ne vient pas à vos bureaux dégager ce qui s'y trouve : Savez-vous pourquoi, mes gracieux philantropes?

D'abord, vous prêtez à peine le tiers de la valeur des objets qu'on vous coulie. Nécessairement il en résulte, pour celui qui emprunte, un inconvénient très grave. Vous ne lui donnez pas une somme assez forte pour subvenir à toutes les exigences du besoin ; la misère, un instant écartée, revient plus impérieuse, plus menaçante, et jamais il n'est permis de recourir à l'objet que vous retenez en nantissement, r ne autre raison, pour laquelle de nombreux dépots vous restent en magasin et deviennent votre propriété, c'est le taux exhorbitant de l'intérêt.

Quoi! l'on traîne l'usurier sur les bancs de la police correctionnelle et le Mont-de-Piété prête lui-même à douze pour cent!!... Qnedis-je?t'n exemple, appuyé d'un simple calcul, va prouver que la philantropie porte l'usure jusqu'au sublime.

Votre tailleur vous apporte un habit et vous présente une facture de cent vingt francs, que vous soldez à la minute. Or, par une de ces catastrophes imprévues, terribles, un de ces coups de la fatalité, qui précipitent un homme du siège de son tilbury dans la boue des ruisseaux, vous vous trouvez, le lendemain, ruiné de fond en comble... Votre notaire déclare faillite, ou votre agent -de-change court la poste sur la route de Bruxelles... N'importe! Vous prenez votre

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parti le plus philosophiquement du monde; mais le jour vient où votre poche se trouve à sec. Ce jour-là, vous portez votre habit en gage, vierge encore du contact de vos épaules... Le Mont-de-Piété vous prête vingt francs, et pas un centime avec... c'est bien! Treize mois s écoulent ; vos finances se trouvent dans un état plus triste encore, vous ne pouvez ni retirer l'objet du nantissement, ni renouveler la reconnaissance du prêt, et le Mont-de-Piété met en vente l'habit en question. L'essentiel pour lui, est de rentrer dans la somme prêtée... L'enchère monte jusque-là... Mais soudain le commissaire-priseur jette en avant le mot sacramentel, et vous êtes dépossédé, sans réclamation possible. Voilà donc un habit de cent vingt francs, donne pour le sixième du prix qu'il a coûté. Supposons que le tailleur vous l'ait vendu moitié trop cher, il en résulte encore, chose monstrueuse! que vous avez emprunté à deux cents pour cent!!!

L'administration, me direz-vous, n'a pas fait le moindre gain illicite... Non! Mais elle autorise à profiter de votre ruine, et de celle d une infinité d'autres, certains hommes qu'elle ménage, dans l'intérêt de ses ventes annuelles : ramassis de brocanteurs qui se jettent sur les dépouilles du pauvre* comme les paysans bretons sur les débris d'un naufrage.

Par un autre calcul de la plus rigoureuse exactitude, il est démontré que le Mont-de-Piété couvrirait ses frais de bureaux, en n'exigeant des emprunteurs que la faible somme d'un et demi pour cent, en sus des intérêts de ses capitaux. Jugez, après cela, des bénéfices de l'administration! Ces Iténélices sont si clairs, si réels, si parfaitement prouvés, que bon nombre de capitalistes ne placent pas leurs fonds ailleurs, et que le Mont-de-Piété refuse tous les jours des sommes qui lui sont offertes à trois et demi, trois, et même deux et demi pour cent.

Nous savons la réponse qu'on va nous faire. On nous dira : ces bénéfices, résultat si fertile de ses opérations, le Mont-de-Piété les verse dans la caisse des hospices. A cela, nous prendrons la liberté de répondre par deux considérations qui auront aussi leur valeur.

Premièrement, il ne faut pas confondre les bénéfices de l'administration avec les bénéfices de l'administrateur. \je Mont-de-Piété entretient deux ou trois sinécures, grassement rétribuées, que l'on est bien aise d'avoir à sa disposition, comme arme offensive et <lé-

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