‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 132 sur 214 · IMI'I.OMATKS KT AMBASSADES · texte numérisé non relu

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ces petits tripotages ne plurent pas très fort à l'empereur qui exila son ambassadeur à Londres, et le soumit à une surveillance des plus diplomatiques. Fatigué de cet état de séquestre qui rendait d'ailleurs ses relations difficiles avec la haute pairie d'Angleterre, M. Pozzo di Borgo prit un beau jour son parti, planta là son ambassade, et revint à Paris où il s'arrangea un délicieux hôtel, rue de l'Université, véritable petit prodige de comfort et d'élégance. C'est là qu'il mourut, il y a peu de temps, très affaibli par l'âge, très oublié du monde politique, mais enchanté de mourir plus parisien que ne l'eut voulu l'empereur.

Passons maintenant à M. le baron Werther qui a fait une assez singulière figure, pour que nous lui réservions quelques mots.

Un homme d'esprit a prétendu de ce pauvre M. Werther que le roi des Français l'avait gagne sans être obligé de le payer, ce qui est infiniment plus flatteur pour la délicatesse du baron que pour ses capacités diplomatiques.

Cet homme d'esprit, étranger de distinction, que nous pourrions nommer, et qui était à Paris en juillet 1830, se rendit le mardi chez M. le baron Werther, à son ambassade de Prusse, rue de Lille. Là fut jouée absolument la même scène qui eut lieu quarante ans auparavant entre Louis XVI et le duc de l^irochefoucault-Liancourt.

M. le baron Werther était couché; son visiteur le lit éveiller et

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accourut en lui disant : Il y a une révolution à Paris. Mais M. le baron se garda bien «l'y croire, et se rendormit 1res diplomatiquement.

Il faut savoir que M. Werther offrait la plus colossale insignifiance qui fut en politique. Il était passé d'une sous-lieutenancc de cavalerie à l'ambassade de Paris, et ne connaissait réellement bien que l'exercice à la prussienne.

Cependant, tant bien que mal, on entraîna le baron à une. conférence qui fut tenue le même jour. Il y avait là M. Pozzo di Borgo, ambassadeur de Russie, M. le comte Appony qui, pour lors, faisait un grand étalage de légitimité, M. le général Fagel, encore aujourd'hui ambassadeur du roi des Pays-Bas, et d'autres membres du corps diplomatique. Un demanda l'avis du baron Werther; mais par trois fois il ouvrit la bouche et par trois fois il la referma sans proférer un mot. \a question de savoir si. ce furent les idées ou les paroles qui lui manquèrent n'a jamais été bien résolue.

Du reste, la pensée qui dominait la majorité des personnes présentes, et qui se cachait peut-être à l'état de germe au fond du cœur de M. le baron Werther, était de ne pas suivre Charles X à Saint-Cloud, démarche délicate qui pouvait compromettre leur faveur future auprès du gouvernement quelconque qui se formait. Ces messieurs aimaient leur place, les jouissances de la capitale, et leurs émoluments. Ce sentiment si nature] prévalut, et sauva peutêtre l'Europe d'une conflagration générale. Il est rare que derrière les plus grandes révolutions ne se rencontre pas quelque anecdote semblable à celle-là.

Après l'événement, M. le baron Werther, qui avait eu déjà des rapports avant 1830 avec la famille d'Orléans, risqua le nez au Palais-Royal. Dans une audience particulière qu'il eut du roi, Louis-Philippe le tint pendant deux heures par le bouton de son habit, et le renvoya jaugé. \a grande habileté du roi, sa politesse exquise, sa pénétration profonde, son aptitude à l'intelligence du cœur humain, son adresse à parler du feu roi de Prusse dans les termes les plus flatteurs, à dérouler ses projets de réaction tetnpérée, ses plans de garanties , ses assurances de paix vis-à-vis de l'Europe, tout cela passa peu à peu dans les convictions du baron Werther, et il est avéré aujourd'hui que ses dépêches à M. Ancillon, ministre de l'extérieur à Berlin, n'étaient autre chose que des lam-

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beaux empruntés aux péroraisons abondantes de Louis- Philippe. Un jour on demanda à sa majesté ce qu elle pensait de l'ambassadeur de Prusse. « C'est l'homme du monde, répondit-elle, qui écoute avec le plus d'esprit. » On appela le mot une charitable épigramme.

M. le baron Werther était doué pourtant d'un certain genre d'intelligence. Il savait économiser sur son traitement. Depuis 1«30, il prétexta ses nouvelles vues libérales pour ne plus donner de dîners, et mettre sa représentation sur un pied plus modeste. En vertu de ce système, il thésaurisa, année commune, la moitié de ses émoluments, ce qui lui lit, en fin de compte, une légère épargne de 5 à 600,000 fr. Mais M. le baron Werther :. eu sa croix comme tout le monde. Sa croix , à lui , c'est sa tille qu'il n'est jamais parvenu à marier. Quant à M. son fils, qui a médiocrement brillé dans les sa-

lons de madame de Flahaut, il a passé par dessus des diplomates beaucoup plus capables, pour devenir ministre de Prusse auprès de la confédération suisse. Dieu le garde d'une révolution de juillet!

Aujourd'hui M. de Werther père a succédé à M. Ancillon dans le département des affaires étrangères à Berlin, et se fait par an.

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outre ses revenus personnels, seize mille écus d'Allemagne. Le pauvre homme!

Avant de passer en revue les salons d ambassade actuellement ouverts à Paris, on lira peut-être avec plaisir quelques mots de détail sur l'étiquette et les usages de la Cour.

C'est M. de Saint-Mauris qui est en possession de la charge d'introducteur des ambassadeurs auprès de sa majesté. 11 faut savoir que les ambassadeurs seuls ont le droit de communiquer directement avec le roi. Les ministres plénipotentiaires, les envoyés, les chargés d'affaires n'ont de relations qu'avec M. le ministre des affaires étrangères. Les ambassadeurs à Paris sont, pour le moment, MM. le comte Appony, le marquis de Brignolle, le duc de Sierra Capriola, lord Cowley, le prince de Ligne et Keschid Pacha.

Un ambassadeur qui a l'honneur d'être reçu par sa majesté va aux Tuileries en costume officiel, ce qui ne veut pas dire qu'il en soit mieux vêtu. Il n'y a guère que les Américains qui se distinguent par l'élégance de la mise, ils ont une manière de frac d'une coupe fort agréable. 11 ne faut cependant pas oublier que M. le comte Appony a toujours son' bel uniforme de magnat hongrois , lequel , comme on sait , défraie chaque année les petits journaux le lendemain des grandes réceptions.

Un ambassadeur admis à présenter au roi ses lettres de créance, est reçu par sa majesté dans la salle du trône.

Les appartements des Tuileries, vus au grand jour, sont dans un état de délabrement pénible. Les tentures et les tapisseries sont fanées, les dorures ternies, et il faut tout l'appareil de l'éclairage pour leur rendre le soir quelque magnificence. On ne conçoit pas trop cet abandon de la part d'un prince essentiellement homme d'ordre et d'arrangement.

L'ambassadeur, conduit par M. de Saint-Mauris, entre précédé des huissiers, et suivi de tous ses attachés. Le roi est sur son trône, en habit d'officier général. Sa majesté, il faut le dire, porte beaucoup mieux l'habit de ville, sous lequel elle a une distinction toute particulière. Une des plus grandes coquetteries du roi, c'est de montrer un pied fort bien fait et admirablement chaussé. Et remarquons à propos de ce pied d'une cambrure toute délicate encore , malgré l'âge avancé de sa majesté, que ce fait contredit un peu l'hydropisie où l'on veut a toute force que soil tombé le roi.

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\jh partie oflicielle de la séance est fort courte. A peine l'ambassadeur a-t-il présenté l'un après l'autre tous ses conseillers, secrétaires et attachés, que le roi descend de son trône et entame des conversations familières. Ordinairement l'on passe dans les appartements de la reine, à qui le roi présente lui-même le nouveau membre du corps diplomatique. La reine reçoit avec une grâce peu commune; elle a, debout comme assise, du port et de la majesté. Le roi, dans ses relations avec les ambassadeurs, observe une souplesse de manières, un liant, une séduction de petits riens qui en remontrerait beaucoup au plus stylé «les courtisans. Il met un excessif amour-propre à parler aux diplomates dans leur propre langue, et même alors s'exprime-t-il avec une facilité qui faisait dire à M. Pozzo di Borgo: Le roi Louis-Philippe aime tant à causer, que si on le condamnait à ne parler que syriaque il s'en tirerait encore.

U présentation des étrangers un peu sortables qui viennent à Paris, se fait par l'entremise des ambassades. Quand un étranger a exprimé le désir d'être reçu à la cour, son ambassadeur en adresse la demande au général Athalin qui transmet la réponse du roi, toujours très bienveillante. ta manie d'être présenté possède surtout les Américains; les Husses au contraire, pour être agréables à leur cour, mettent très rarement les pieds aux Tuileries. Il y a deux ans, aucune dame russe ne se lit présenter, pas même madame de Liéven! Vue chose essentielle à remarquer c'est la protection systématique de l'ambassade anglaise envers ses nationaux, de quelque condition qu'ils soient. Cette faveur patriotique était poussée si loin par lord Granville, qu'il présentait au roi tous les Anglais qui lui tombaient sous la main. Ce fut au point, qu'en 1841 on reconnut aux Tuileries un tailleur de la Cité de tandres figurant dans un quadrille avec une fille de l'infante d'Espagne, tas ambassades allemandes, au contraire, se font une sorte de mérite de leur dédain pour tout ce qui est germanique. Il ne faut pas qu'un pauvre Allemand qui voyage s'imagine trouver la moindre assistance auprès de sa légation, ta tout est rogne et revêche, depuis le concierge au commis, du commis au secrétaire, du secrétaire au conseiller et au ministre. M. le baron Werther, s'est surtout fort distingué par ses mauvais vouloirs, voire même par ses |)ersécu lions.

ta corps des ministres étrangers est invité de droil à tous les grands bals des Tuileries. Sa place esl auprès de la famille royale

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