‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 144 sur 214 · MONOGRAPHIE I>E LA PRESSE PARISIENNE · texte numérisé non relu

MONOGRAPHIE I>E LA PRESSE PARISIENNE

philosophique, philantropique, d'où l'on puisse extraire, à tout propos et à propos de tout, quelques pages plus ou moins sonores, «levait être un excellent point d'appui. On ne laisse plus alors prononcer son nom qu'accompagné de cette longue épithète : Monsieur Marphiru s qui a fait de i/Ai.lemagne et des Allemands. Cela devient un titre, un fief. Et quel fief! Il produit une foule de décorations envoyées de toutes les cours, il donne hypothèque sur une classe quelconque\le l'Institut. Ce cheval de bataille mène à toutes les places fortes qui s'ouvrent devant l'opinion publique. Os jeunes gens, en garçons très spirituels et beaucoup plus élevés que leur époque, ont mis les trois cents pages d'un in-octavo dans leur maison, comme autrefois on y entretenait les trois cents lances d'une compagnie.

Admirons ces habiles prestidigitateurs, les seuls qui, ayant lu leur livre, savent à quoi s'en tenir sur cette dent d'ory de laquelle ils ont occupé le monde, sans que le monde s'en occupe. Nous les comprenons ici. parce qu'ils appartiennent aux hommes |H>litiques. Ils arrivent à une position parlementaire, en se mettant à la suite d'une question : les sucres, les chemins de fer, les canaux, une question agricole, les noirs ou les blancs , l'industrie considérée comme, etc., ou l'Kurope dans ses tendances, etc.

G. le TRAincTEiit. (Sous-genrc disparu.)

Jadis les journaux avaient tous un rédacteur spécial |K»ur les Nouvelles Étrangères, qui les traduisait et les Prcminparisait . Ceci a duré jusqu'en 1830. Dans la bagarre, le traducteur du Journal des Débats s'est dirigé vers les Affaires Étrangères; le journal lui a dit : Va, mon fils! Et il est aujourd'hui, de simple monsieur Bourqueney, baron de Bourqueney, presque ambassadeur. Depuis, les journaux de Paris ont eu tous le même traducteur, ils n'ont plus ni agents, ni correspondants, ils envoient rue Jean-Jacques Uousseau, chez M. Havas, qui leur remet à tous les mêmes nouvelles étrangères, en en réservant la prtmrur à ceux dont l'abonnement est le plus fort. Le Journal des Débats donne cent écus par mois. Le premier rédacteur venu joint aux nouvelles la sauce à laquelle il faut les accommoder |H>ur les abonnés, en sorte que le bombardement de Barcelone n'est presque rien, une vétille dans \v Constitutionnel, et une des plus grandes atrocités des temps modernes dans la Presse ou dans le ftational.

Mit

itONfH.HAl'HIK |>F. I.A l'RKSSK l'AMIKIKNNK.

H. i/aitf.i r a <;o.\vm:tk»s.

Taois yahiktk» : I» le Prophète. ** Hucrédule. > le îvikle.

Phkmikbk variété. Ia: Prophète. Ce qui rond Paris si profondément amusant, c'est qu'on y voit tout comme dans une immense lanterne musique. Or, il existe des Mahomet dans la Presse. A tout Mahomet il faut un dieu nouveau; mais comme il est diflicile d'admettre un dieu vivant, allant à la taverne anglaise ou chez Katcomb, on a déifié des morts. On a d'abord pris Saint-Simon, qui a produit le saint-simonisme. Cette doctrine s'est manifestée par le journal gratis, une grande idée qui a été tuée sous le ridicule. Les hommes groupés autour du Globe furent si remarquables, que la plupart d'entre eux sont entrés dans des carrières où ils ont très bien fait leur chemin. Malgré la chute des Saints-Simoniens, on peut encore observer à Paris, le Prophète : il offre au philosophe une occasion d'examiner une maladie de l'esprit à laquelle on a du jadis de grands résultats politiques, mais qui n'a plus d'action sur une époque où tout se discute, et où l'on envoie très bien un demi-Dieu en cour d'assises.

I n vol se commet avec des circonstances affreuses, un homme meurt de faim par entêtement, car nous vivons dans un temps de fourneaux économiques et de petits manteaux-bleus qui ne permettent pas à un homme de mourir de faim à Paris. En province, où tout le monde se connaît, on ne laisse à personne la possibilité de mourir de faim; mais, enfin, un journal reçoit dans la volière de ses Faits-Paris, ce canard excessivement sauvage, le Prophète se dresse alors ses cheveux sur sa tête à lui-même dans un article crânement fait, et qui se termine ainsi.

Kl ce luit a lieu, lorsque, nous affirmons que par la réalisation du système de Notre Maître, il y aurait un minimum de production avec lequel chaque regnicole pourrait vivre, et bien vivre:

Le Maître a promis à chaque Français quatre cents francs de rentes en nature, ce qui équivaut à dire que la France, qui a près de trente-six millions d'habitants, peut produire quatorze milliards quatre cents millions par an ; et, encore, n'aurait-on avec cette rente (garanti* parle Maître contre la grêle, les inondations , les

NOKOtiRAMIIK Dh LA PKKSSfc 1 1 \ l; I M I > > I

gelées, les sécheresses, par un accord avec la lune,) qu'une moyenne de quatre cents francs par téte.

Si Ton parle de faire disparaître l'isthme de Panama, le Prophète avance que, selon la politique de son Maître, la chose se ferait par les phalanges de l'Europe, en un moment.

Il anathématise les dépenses du ministère de la guerre, et propose d'économiser trois cents millions par an, en construisant une baraque-modèle du prix de quatre millions, par commune, que l'Europe entière s'empresserait d'adopter, surtout les pays boisés où les plus jolis cottages ne coûtent pas cent écus à construire. Tous les maux de la Société viennent de ce qu'il n'y a pas trentesix mille couvents en France , qui coûteraient la bagatelle de cent trente et quelques milliards, sans compter les outils ni le mobilier,

MoXH.HAl'Hlt m. LA l'RLSSL PARISIENNE.

et qui exigeraient un emplacement égal a celui de la surface de ia France en y comprenant les jardins d'agrément.

Si l'on assassine un homme, le journal du Prophète démontre rimjmssibilité de l'assassinat dans le système politique du Maître, attendu que chacun y satisfait ses passions. \jl doctrine est fondée sur ce fragment de vers de Virgile : Trahit sua quemaue rotuptas. I n assassin devient houcher . et tue les volailles; un avare est caissier, les enfants lèchent les assiettes, et tiennent ainsi la vaisselle propre, etc.

Si les journaux de ces diverses doclrines n'avaient pas été publiés, on n'aurait pas su tout ce que la France peut déployer de talent , d'esprit, de saine et sage critique dans un cadre vicieux; car il faut reconnaître chez ces novateurs une grande énergie, des aperçus ingénieux et souvent justes dans leurs observations sur le malaise social; mais tout en est déparé par une phraséologie ingrate, aride, fatigante.

Dkiixièmi: variété. ISinrrcduk. A coté (lu Prophète, cette noble dupe d'une illusion généreuse, se place toujours un incrédule, personnage extrêmement utile : il est l'homme d'affaires de l'Idée, il en tire parti.

AXIOME

Le Prophète voit les anges, mais l'incrédule les fait voir au public.

Il y a des incrédules de bonne foi, qui pensent que Vidée ira, (pie sa prédication confère une puissance quasi sacerdotale. Si le caillou est dur à digérer, il sera si bien entouré de légumes, qu'on en pourra vivre. En un mot, l'incrédule ne conteste pas que la tribune ne soit en carton, peu solide, mais on peut y monter, y parler, se faire entendre et se faire connaître. I>es incrédules sont des hommes tins, spirituels (fui se chargent de raccoler des pro^ sel v tes, en se servant d'arguments mondains. Là où le Prophète s'écrie après la déroute : H y avait une grande idée, une réforme sociale, on ne l'a pas comprise!... l'incrédule, devenu mai Ire des rc-

MONOGRAI'IIIK I>E LA PRISSE PARISIENNE.

quêtes, dit : Nous avions réuni îles hommes intelligents, il y avait quelque chose à faire.

Troisième variété. Ijc Seule. Le séide est un homme resté très jeune ; il croit, il a de l'enthousiasme. 11 prêche sur les houlevarts ,

dans les foyers de théâtre, en diligence. Il aspire les fleurs qui croissent dans la lune. Sa passion pour le Maître est telle, qifd ne conçoit pas d'obstacles : il est dévoué jusqu'à l'imprudence, il est prêt • a payer de sa personne, comme Jésus-Christ, pour l'Humanité. Ce séide honnête est un des phénomènes de notre temps ; il est d'autant plus difficile à rencontrer, qu'il faut le distinguer du séide qui joue l'enthousiasme; mais c'est, au milieu de la foule des gens de la Presse , une figure aussi sublime que rare, c'est la Foi! le phénomène le plus rare dans Paris.

F.ncore quelques années, et ces trois caractères originaux auront disparu, balayés parle grand courant des intérêts parisiens. Cet héroïsme mal placé, qui accusait tant de vie et de chaleur, qui a fait jadis Penn et les frères Moraves, ne |>ourra plus se concevoir. Le

MOMM.K ll'HIk 1>K I.A l'KKSSI. PARISIKNNU.

Prophète, a la parole ardente el vibrante, sera sans doute députe, remuera peut-être la (Chambre, et demandera des allocations pour la marine. L'incrédule sera nommé quelque chose aux lies Marquises. Le séide se réfugiera dans sa croyance et dans sa province. Dans <li\ ans, si l'on disait que sept cents personnes ont écouté l'éloge du Maître après une communion à six francs par tete chez un restaurateur, on serait aussi moqué que si l'on affirmait l'existence des êtres qui vivent à plat ventre dans la lune.

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