C. — le pamphlétaire. ( Sans variété
Qui dit pamphlet, dit opposition. Un n'a pas encore su faire «*n France de pamphlets au profit du pouvoir. \je pamphlet n'a donc que deux faces, il «»st radical ou monarchique. L'opposition à l'eau tiède des journaux dynastiques ne leur permet pas de fabriquer le troissix du pamphlet. Le vrai pamphlet est une œuvre du plus haut talent, si toutefois il n'est pas le cri du génie.
L'Homme aux quarante Écus, l'un des chefs-d'œuvre de Voltaire, et Candide sont deux pamphlets. Le pamphlet doit devenir populaire. C'est la raison, la critique faisant feu comme un mousquet et tuant ou blessant un abus, une question politique <»u un gotivorm'-
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ment. Le pamphlétaire est rare, il doit d'ailleurs être porté par îles eirconstances ; mais il est alors plus puissant que le journal. Le pamphlet veut de la science réelle mise sous une forme plaisante, il veut une plume impeccable, car il doit être sans faute; sa phraséologie doit être courte, incisive, chaude et imagée, quatre facultés qui ne relèvent que du génie.
Sous la Hestauration, le pamphlet a fourni Benjamin-Constant. Cliàteaubriand, Courier et M. Vatout.
.M. de Chateaubriand regrette peut-être d'avoir éc rit son pamphlet contre Napoléon. De l'usurpation et ttv l'esprit de i ampute de Benjamin-Constant est trop méthodique. Les Aventures de ta fille d'un roi, premier coup de feu de la maison d'Orléans sur la Charte de Louis XVI11, est oublié. Courier seul reste, plus comme un monument littéraire, que comme pamphlet. Le vrai pamphlétaire fut Béranger, les autres ont aidé plus ou moins à la saj>e des Libéraux; mais lui seul a frappé, car il a prêché les masses.
Aujourd'hui nous jouissons de deux pamphlétaires : l'abbé de Lamennais et M. de Cormenin.
Ix*s intentions de M. de Cormenin ne sont pas nette nt des-
lôX MO.NOGIt.VI'IIIK DE LA l'HESSE l'AltlMEM.tE.
sinées, il n'est pas sur un bon terrain; il attaque le budget, et sait mieux que personne que le budget est le sang du Corps politique, que l'État ne garde pas un liard du budget, et le répand en pluie d'or sur la France, l ue manœuvre plus habile serait de discuter l'emploi des fonds. D'ailleurs ce pamphlétaire est lourd, il est rhéteur, il n'a pas l'allure à la Figaro de Courier, il n'est pas agile. Aussi n'abattra -1 -il rien, et n'est-il pas dangereux , tant qu'il ne changera pas de manière. Sièyès reste le prince des pamphlétaires, il a montré la manière de se servir de ce stylet politique, car Courier ne fut qu'un agréable moqueur.
M. de l^tmennais assied ses pamphlets sur une large Imse en prenant la défense des prolétaires ; mais il n'a pas su parler à ces modernes barbares qu'un nouveau Spartacus, moitié Marat, moitié Calvin, mènerait à l'assaut de l'ignoble Bourgeoisie à qui le pouvoir est échu. Heureusement pour les loups-c*erviers et pour les riches, ce Luther manqué donne dans un style biblique et prophétique, dont les magnifiques images passent à mille pieds au dessus des têtes courtes par la Misère. Ce grand écrivain a oublié que le pamphlet est le sarcasme à l'état de boulet de canon. Le système actuel en France ne tiendrait pas contre trois pamphlets. Le pamphlet Cormenin est filandreux, celui de M. de Lamennais est nuageux. M. de Chateaubriand, dont les dernières broc-hures sont supérieures à ses premières, est arrivé à l'âge où l'on n'écrit plus de pamphlets. 1^* pouvoir, qui s'endort dans une trompeuse sécurité, ne comprendra ses fautes envers l'intelligence qu'à la flamme d'un incendie allumé par quelque petit livre.
I). le RiENOLOGiK, nommé par quelques uns lk vulgarisateur. {Alià* homo ptiftavtr.) Nécessairement sans aucune variété.
La France a le plus profond respect pour tout ce qui est ennuyeux. Aussi le vulgarisateur arrive-t-il promptement à une position : il passe homme grave du premier coup à l'aide de l'ennui qu'il dégage. Çette école est nombreuse. I^e vulgarisateur étend une idée d'idée dans un baquet de lieux communs et débite mécaniquement cette effroyable mixtion philosophico-littéraire dans des feuilles continues. La page a l'air d'être pleine, elle a l'air de con-
MONOGR Al'HIK l»K I.A MlKSSK l'AKISIKKNK. i Ml
tenir des idées; mais quand l'homme instruit y met le nez, il sent l'odeur des caves vides. C'est profond et il n'y a rien : l'intelligenre s'y éteint comme une chandelle dans un caveau sans air. \jt liienologue est le dieu de la bourgeoisie actuelle; il est à sa hauteur, il est propre, il est net, il est sans accidents. Ce robinet d'eau chaude glougloute et glougloulnait in scruta sccidorum sans s'arrêter.
Voici comment procède le vulgarisateur.
En examinant l'état actuel de la France, un penseur pourrait tout résumer par celte phrase : Des libertés, oui ; ta tibnli\ non!
De ce mot, un vulgarisateur fera trois articles conçus dans ce style :
Si l'on entend par être libre, exister sans lois, rien n'est libre dans la Nature, et conséquemment personne ne peut être libre dans l'Ordre Social , car l'Ordre Social est le subjectif de l'Ordre Naturel, L'univers a ses lois : tout animal suit les lois de la nature et relies de sa propre nature. Dieu lui-même, dans l'idée que nous nous formons de lui, a une nature que nous appelons w.ture divine aux lois de laquelle il obéit- (Six pages sur Hegel, liant, Wolf, Schilling, et qui se terminent par : )
Nous ne pouvons donc concevoir que des choses fixes, c'est-à-dire ayant une manière d'être ; et, lorsqu'un être subit des changements, ces changements entrent dans la nature des choses ou sont le résultat de ses propres évolutions ; ce qui ne dérauge en rien les idées que nous concevons de leur flxité.
Mais si l'on entend par, être libre, avoir une volonté, faire un choix... D'abord, il faudrait expliquer ce qu'est la volonté. Les bonnes définitions font la richesse Je la langue philosophique. (Six pages sur la volonté.)
Si donc la volonté signifie : commencer le mouvement, exercer des pouvoirs : nous sommes libres, hommes cl animaux , à des degrés différents. Mais remarquez-le, nous obéissons, nous commandons tour à tour, tant dans l'Ordre Na lurel que dans l'Ordre Social. Or qu'est donc la liberté! La liberté, c'est le pouvoir exercé selon certaines règles. Ceci peut sembler paradoxal. Eh! bien, la liberté est définie /wirvoir dans les lois romaines. Cette définition fut, mal à propos, attribuée à Locke, dans le dernier siècle. Les grandes difficultés de la politique actuelle consisteraient donc à savoir, philosophiquement parlant, si le mot libre ne veut pas seulement dire volontaire. Tout être qui suit sa volonté, se croil libre ; s'il agit contre sa volonté, il se croit esclave ; s'il ne croit pas avoir de volonté, il reste inactif. Un peuple doit être, comme certaines armées, com|>osc de volontaires, car tout volontaire se croit libre
l.a politique serait donc l'art de, etc., etc.
En écoutant le mot de l'homme de génie, un bourgeois serait tenu de réfléchir, de faire en lui-même un livre; tandis qu'avec le Itienologue, il se trouve de plaiu-pied, il en comprend tout, il l'admire pendant six cents pages in-octavo qui, cependant, n'ont pas toujours la clarté de celle ci-dessus.
momm;hai>hik i»k la i*kkssk l'AlUSIKNNK
Croirait-on que les vulgarisateurs ont, après madame de Staël , redécouvert l'Allemagne, et qu'ils ont refait son livre en une mul-
titude de livres. I n vulgarisateur est nécessaire aux Kevues ; mais n'en ont-elles pas trop de sept ou huit? Kes Bévues sont tellement à la hauteur du juste-milieu, il lui convient si bien de laisser l'intelligence française dans cette donnée autrichienne, qu'il répand ses faveurs sur les vulgarisateurs. Ceux du journal des Débats, les mignons du pouvoir, mangent à beaucoup de râteliers.
AXIOME
Moins on a d'idées, plus on s'élève.
Telle est la loi en vertu de laquelle ces ballons philosophieo-liltéraires arrivent nécessairement à un point quelconque de l'horizon politique.
Après tout, le pouvoir, le ministère, la cour, ont raison : on ne peut protéger que ce qui se trouve au dessous de nous. Telle est la raison du dénuement, de l'abandon, de tous les malheurs qui se retrouvent de siècle en siècle dans la vie des hommes suj>érieiirs qui ne sont pas nés riches.
VIONOOIl.W'HIK. DE LA IMtKSSE l'AKISlKN.M-:.
Mil
M. Guizot, débordé par les prétentions des vulgarisateurs indigènes, en a fait arriver un de l'étranger. Cette manœuvre de haute stratégie donne une curieuse idée de cet homme d'état qui , sachant combien les professeurs sont ennuyeux , a choisi de main de maitre un professeur, en pensant que ce vulgarisateur intimiderait les autres. Et la leçon a fait son effet. Les Kienologues placés sont devenus.... modestes, et les autres sont sans espoir.
E. LE PUBLiciSTK A poktefeuille . (Sans variété.)
Les individus de ce genre sont publicistes pour leurs discours , pour leurs conversations dans les salons, pour leurs cours à la Sorbonne ou au Collège de France , pour une histoire quelconque, pour leurs vues sur la politique (on leur prèle des vues), et quoiqu'on ne leur doive aucune idée, aucune entreprise, aucun système autre que celui de vouloir être ministres, ils passent pour être des hommes d'état et surtout des publicistes. Cette triste variété, mélange de l'homme politique et du Rienologue, est donc essentiellement transitoire. Un Cours au collège de France, un discours préliminaire, ne mèneront plus, hélas! au pouvoir. Cette étrange fortune a été due aux premiers temps de la Restauration, pendant lesquels on passait homme politique pour un discours, pour une préface, comme au dix-huitième siècle on était bel esprit pour un madrigal , une tragédie, une chanson , une héroïde, une épltre. Dans la Béotie libérale de cette époque, on a prêté à des chiffons la valeur d'un drapeau par l'étonnement que causait aux niais ce qu'on nommait alors V établissement du régime constitutionnel.
Ces gens-là, les parasites cutanés de la France , auront vécu un quart de siècle aux dépens de la prospérité publique , s'agitant pour s'agiter, ayant inutilement piqué, tracassé la France; ayant, pour repaître leur vanité, retardé l'agrandissement du pays, manqué les occasions d'une conquête et causé des démangeaisons au Corps Politique afin de lui faire oublier, par ces picoteries, la marche honteuse d'un système où l'intérêt personnel domine l'intérêt général. I* médiocrité sera toujours égoïste. Voilà ce qui rend anti national le système actuel qui est la déification de la médiocrité.
Les étrangers, en venant à Paris, se plaignent de ne pas comprendre les rubriques qui servent à désigner les fractions de la a. 21
MONOGII M'Ilil DK LA PRESSE PARISIENNE.
Chambre. Us ne savent ce que veulent dire : Les Doctrinaires, — La Gauche-pure, — LaGauche, — Le Centre-Gauche, — \j? Tiers-parti, — Le Centre, — Le Château, — Le Parti-social , — La Droite.
Puis le 29 octobre, — le 15 avril, — le 1« mars, etc.
Le mot de ces charades inventées par nos sophistes est : Le bas-empire. Celui-là ne manquera pas d'historiens!
F. l'écrivain monorible. (Sans variété. )
Il s'est rencontré cinq ou six hommes d'esprit qui ont très bien compris le siècle que le gouvernement bourgeois allait nous faire. Au lieu de s'appuyer sur la noblesse ou sur la religion, ils ont pris l'intelligence pour support en devinant que de nom, sinon de fait, l'intelligence serait le grand mot de la bourgeoisie. Comme on ne court qu'après ce qui nous fuit, et que l'intelligence manque essentiellement à la bourgeoisie, elle devait en raffoler. Or, quand un homme a fait un livre ennuyeux , tout le monde se dispense de le lire et dit l'avoir lu.
On devient alors l'homme d'intelligence que la Bourgeoisie recherche, car elle veut tout à bon marché : le gouvernement, le roi. l'esprit et le plaisir. Faire un livre à la fois moral, gouvernemental.