‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 146 sur 214 · LE JEUNE CRITIQUE BLOND · texte numérisé non relu

LE JEUNE CRITIQUE BLOND

Trois variétés : |o le Négateur, t° le Farceur, 3° le Thuriféraire.

Paris, qui se moque de tout, même de lui quand il n'y a rien a railler |K)ur le moment, a trouvé ce surnom pour la critique imberbe qui procède par : Gogo est une canaille. 11 n'est donc pas nécessaire d'être blond, pour être un jeune critique blond, il y en a de fort noirs.

Première variété. Le négateur. — Quand ce critique est logé dans quelque quatrième étage avec une fille, iî est essenliellemenl

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moral et crie sur les toits : • Où allons-nous? » S'il se marie, il

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tourne aux opinions de la Kégence, et se met à justifier les plus grandes énormités. Lui qui sait à peine sa langue, il est puriste, il nie le style quand un livre est d'un beau style, il nie le plan quand il y a un plan, il nie tout ce qui est, et vante ce qui n'est pas : c'est sa manière. Il examine par où le créateur est fort, et quand il a reconnu les qualités réelles, il base là-dessus ses accusations, en disant : cela n'est pas. Il fait lire les ouvrages par sa maîtresse, et il adopte l'analyse qu'elle lui en fait. Ce qu'il apprend la veille, il vous le dégurgite le lendemain; il est donc puriste, moraliste et négateur, il ne sort pas de ce programme.

Dkixikme variktk. Le farceur. — Cette belle variété se livre à des plaisanteries continuelles, comme de rendre compte d'un livre en travestissant les faits, et confondant les noms des personnages; comme de faire croire au talent d une personne médiocre. Le Farceur aime à faire des acteurs, des auteurs, des danseuses, des cantatrices, des dessinateurs. 11 travaille partout, il écrit sur tout; il parlera des arts sans en rien savoir, il rendra compte de l'exposition de l'industrie, d'une séance de l'Académie, d'un bal de la Cour, sans y avoir mis le pied. En faisant la biographie d'un respectable vieillard, il lui donne trente-six ans, il déplore qu'il soit mort à la fleur de l'âge ; puis dans celle d'un jeune homme, il le dit presque centenaire. Si quelque familier prend la liberté de lui faire observer . que Haphaél n'a pas fait la Judith du palais Pitti. — Pédant! répondil en souriant.

Le jeune critique blond a des amis qui lui chantent des hosanna continuels et qui partagent sa vie débraillée; il dîne et soupe, il est de toutes les parties et de tous les partis, il fait un carnaval qui prend au 2 janvier et ne finit qu'à la Saint-Sylvestre; aussi le jeune critique blond dure-t-il très peu. Vous l'avez vu jeune, élégant, passant pour avoir do l'esprit, avant fait un premier livre, car toutes ces fleurs des pois littéraires ont, au sortir du collège, publié soit un roman, soit un volume de vers ; et vous le retrouvez flétri, passé, les yeux aussi éteints que son intelligence; il cherche une position, et, chose étrange, il en trouve une, il est consul-général dans le pays des Mille et une Nuits, ou bravement établi ni plus ni moins qu'un bonnetier, à la campagne, il a des

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