‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 147 sur 214 · MONOGRAPHIE DE LA PRESSE PARISIENNE · texte numérisé non relu

MONOGRAPHIE DE LA PRESSE PARISIENNE

propriétés. Mais, selon un mot de l'argot journalistique, il n a plus rien dans le ventre que l'impuissance, l'envie et le désespoir.

Troisième variété. Jje thuriféraire. — Dans tous les journaux, il y a le préposé aux éloges, un garçon sans fiel, bénin, et qui fait de la critique une boutique de lait pur. Sa phrase est ronde et sans aucune espèce de piquants. Il a pour état de louer, et il loue avec une infinité de tours aussi désagréables qu'ingénieux; il a des recettes pour tous les cas, il pile la rose et vous l'étend sur trois colonnes avec une grâce de garçon parfumeur; ses articles ont l'innocence des enfants de chœur dont l'encensoir est dans ses mains. C'est fade, mais c'est agréable à celui que l'article concerne. Les directeurs de journaux sont très heureux d'avoir sous la main un rédacteur de ce genre. Quand il faut louer un homme à outrance, on le livre au thuriféraire. Malheureusement, à la longue, les abonnés reconnaissent ce genre, et ne lisent plus ces tartines azymes. Aussi beaucoup d'auteurs menacés du thuriféraire, prélerent-ils être assassinés à coups de poignards, que de mourir comme Clarence dans ce tonneau de Malvoisie.

Le thuriféraire, chanoine de la critique, est bien vu, bien reçu partout; il est aimé, il est bon, il a peu de méchanceté à se reprocher, mais il en a; il a eu ses moments de révolte, et il se

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les reproclie ; il passe sa vie en fêtes : il y a Uni de vanités a satisfaire. Il a le pied dans tant de journaux où il glisse de pe-

(ils articles qu'il est choyé, surtout par les vieux bas-bleus. D« toujours du bien de son prochain est peut-être plus difficile que d'en dire toujours du mal. Le thuriféraire, que quelques personne ont la bonhomie d'appeler un crétin, a commis son petit roman, son petit recueil de poésies; il fait parfois une nouvelle bien écrite «* reparaît dans les Kepseakes, dans les livres du jour de l'an. Son nom est dans cette légion de noms célèbres dont abuse tout spéculateur, et qu'on annonce comme travaillant à dès journaux qu ignorent. Le thuriféraire, qui semble alors faire partie de la littérature, passe dans sa province pour un grand homme. Il finit, apr s cette jeunesse orageuse, après avoir mené la vie des journalistes inconnus, par épouser une jeune personne qui a l'excentricité* vouloir porter un nom célèbre, et que, dans sa clémence, Die» punit cruellement : elle a pour mari un parfait honnête hoinine, incapable de lui faire connaître les énormilés de ses rêves de jeune fille en délire, et qui la tue a se rendre heureuse.

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