‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 150 sur 214 · MONOGRAPHIE DE LA PRESSE PARISIENNE · texte numérisé non relu

MONOGRAPHIE DE LA PRESSE PARISIENNE

Mais |>our en revenir à ce drame , que nous n'avons pas vu , nous pensions hier, ça nous promenant , à vous narrer celle vieille histoire de poignards rouilles , d'adultères vrais, d'enfants supposés et de passions enrouées, qu'on appelle le drame moderne, lorsque Louis nous présenta une jeune tille qui venait se recommander a nous pour entrer au théâtre. A quel théâtre? La pauvre enfant l'ignorait elle-même. Elle était belle, elle était pure et fraîche , de beaux yeux bleus et doux , et dans sa naïveté , elle croyait qu'il suffisait d'être intelligente , très sensible , très belle et très jeune . pour attendrir ces cerbères qui se font nommer directeurs. A la vue de tant de grâce, de tant de jeunesse et de tant de beauté que le théâtre pouvait dévorer d'une seule bouchée , je me sentis pris d'un» horrible douleur , et mon maître se mit â verser de grosses larmes comme un gros enfant qu'il est.

C'était la , en effet , une bien triste et bien poignante réalité. — Quoi ! mon enfant! lui dit-il , vous pensez au théâtre! Mais à la Comédie-Française, M. Samson vous trouvera trop jeune pour jouer les ingénues , et mademoiselle Mante vous trouvera trop maigre ; — â l'Opéra, on vous trouvera trop grasse; —à l'Opéra- Cotnique , on vous reprochera de parler trop bien le français. Oh! ma pauvre enfant! croyez-moi, j'ai pour voisin un brave quincaillier retiré, qui ne va jamais qu'à l'Ambigu et ne lit que le Constitutionnel. C'est le chef d'une hounôle famille, dont pas un homme n'a écrit de feuilletons, dont pas une femme n'a fait de nouvelles. Ce digue homme m'a demandé une gouvernante pour ses enfants , c'est dans cet intérieur calme et probe que vous ferez vos débuts. Aiusi parla mon maître ; lâ-dessus , elle pleurant, lui souriant , moi jappant , nous entrons chez le voisin, qui agrée notre jeune fille de grand cœur, et aujourd'hui, au milieu de ses compagnes, ses sœurs d'hier , vous ne sauriez \raiment pas distinguer notre protégée.

Et voilà pourquoi je ne vous ai pas parlé de la pièce du jour. Une telle histoire ne vaut-elle pas pour vous tous les drames des boulevarls? Une telle action ne vaut-elle pas mieux pour mon maître que le meilleur de ses feuilletons?

On ne sail vraiment qu'admirer de la palience de celui qui tourne celte serinette ou de la longanimité de ceux qui ('écoutent. C'est dea 2i

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