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priseur. lequel a (humé son inexorable coup de marteau sur une enchère fictive. Le marchand remportera son tableau, après avoir payé les cinq pour cent de droits, et le remettra à l'encan dans quelques jours , sauf à le reprendre de nouveau, jusqu'à ce qu'il en ait trouvé un placement avantageux. Os marchands là sont de véritables fléaux. Ce sont eux que vous avez vu groupés derrière l'estrade du commissaire-priseur , chuchotant, allant, venant, échangeant de temps à autre des regards d'intelligence avec trois ou quatre alltKmeurs mêlés dans la foule, et dont votre Monsieur faisait partie.
Toutes les ventes de tableaux faites à l'hôtel des ventes mobilières ressemblent, à peu de choses près, à celle dont nous venons de tracer une rapide esquisse.
Le personnel qui les compose se divise à peu près invariablement en six catégories : le brocanteur ou marchand, Yallutneur, le loupcnr.
le connaisseur, le pigeon ou dupe, et le badaud. S'il s'agit d'une vente d'objets de curiosité , ou d'une vente de meubles et d'ustensiles de ménage , ou d'une vente d'effets de garde-robe, les catégo-
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ries sont plus variées: elles s'augmentent du revideur % de Yêtalenr, du rapicceur, de la revendeuse à la toilette, du marchand de galons, et de la femme de ménage, c'est-à-dire de jouteurs qui ne se laissent pas prendre aux grossières ficelles de l'allumeur, qui ont l'expérience du terrain sur lequel ils vont combattre, et font leurs dispositions en conséquence.
Aux ventes d'objets de curiosité, le loupeur a, comme aux ventes de tableaux, droit acquis de bourgeoisie; mais il ne s'aviserait pas de se fourvoyer dans les ventes de meubles, ustensiles de ménage et autres. Autant vaudrait pour lui, ami du repos, du calme, du bien-être et de l'oisiveté, s'embarquer sur l'Océan quand le vent souffle , quand gronde la tempête : il n'aurait pas une seconde de tranquillité; il serait heurté, poussé, maltraité, meurtri. Aussi, ne le voit-on presque jamais dans les salles d'en-bas, exclusivement réservées aux objets dits utiles ; mais avant de parler des ventes tumultueuses du bas, un mot sur le rôle respectif des individus que nous avons désignés sous les sobriquets barbares de brocanteur, de revidenr, d'ètaleur et de rapiêceur.
On sait que le brocanteur est un marchand qui tient boutique de toute espèce d'objets achetés d'occasion, au meilleur marché possible, et qu'il revend le plus cher qu'il peut. Eh bien! dans la nomenclature des industriels qui hantent assiduement l'hôtel des ventes, le brocanteur est un genre; le revideur et l'étaleur ne sont que des espèces. Le brocanteur récolte, le revideur grappille sur le brocanteur, l'étaleur grappille sur le revideur. Le brocanteur fait choix des meilleurs lots, le revideur borne son ambition aux lots Ultimes, l'étaleur se contente de ce que dédaigne le revideur. Le revideur et l'étaleur sont les deux termes d'une même proportion ; l'un est à l'autre comme X est à Z. Je suppose que le revideur se soit rendu adjudicataire, au modeste prix de deux francs, d'un lot ainsi composé : deux assiettes dépareillées, une pipe sans tuyau, un berger en porcelaine, un bouchon de carafe, un couvercle de sucrier. Quel parti tirera-t-il de pareilles misères? l'n parti excellent! N'est-il pas revideur? Eh bien! il revidera, autrement, pour le français, il cédera, séance tenante, son marché à trois ou quatre étaleurs, en se réservant de garder comme prime, en dehors de ses déboursés, un des cinq objets du lot ci-dessus ; le berger de |H>rcelaine par exemple. Quant aux autres pièces, les étaleurs se
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les distribueront entre eux à prix débattu : l'un prendra le bouchon, l'autre la pipe, celui-ci les assiettes, celui-là le couvercle; puis chacun ira étaler à deux pas de là, en pleiu air, sur le trottoir, cette hypothétique marchandise. Les étaleurs sont, comme on voit, les cliens du revideur; le revideur est leur commanditaire, leur courtier. Le rapiéceur, lui, n'a rien de commun ni avec le revideur ni avec les étaleurs: sa spécialité dédaigne le concours des tiers; il marche dans sa force et dans son indépendance. Le rapiéceur ne fait cas que de ce qui est démanché, démantibulé, ébréché, fêlé, brisé ; les chaises boiteuses, les vieux pots privés d'anses, les lunettes sans verre, les soufflets sans àme, les trépieds à deux pieds, les tables veuves de tiroirs, les tiroirs veufs de liteaux, voilà ce qu'il aime, ce qu'il recherche, ce qu'il achète avant tout. C'est que , dans huit jours, grâce à son industrieuse activité, il aura mis tous ces objets en bon état de service. On pourra s'asseoir sur les chaises, porter les pots, voir avec les lunettes. Le rapiéceur sait tout faire ; il est tout ce qu'on veut, serrurier, menuisier, tapissier, horloger, opticien, peintre, mécanicien, vitrier; au besoin, il mettrait des morceaux aux tragédies qui manquent de fond, et des césures aux vers de M. Hugo. Le rapiéceur revend pour du neuf toutes les vieilleries qu'il a eu le talent de restaurer; s'il n'était rapiéceur, il fin. à coup sûr, devenu homme de lettres! Du reste, il n'est pas rare qu'il soit éligible ; et pour peu qu'il voulût se rapiécer lui-même comme il rapièce sa marchandise, il ferait à la Chambre aussi bonne figure que maint élu de notre connaissance.
Arrivons au marchand de galons, à la revendeuse à la toilette et a la femme de ménage. La physiologie de ces individus ayant été esquissée dans ce livre par une plume plus habile que la nôtre, nous ne nous occuperons d'eux que sous le rapport du rôle qu'ils jouent à l'hôtel des ventes mobilières. C'est aux ventes de blanc, de lingerie, de literie, et d'effets d'habillement qu'il faut les voir et les étudier. Ce n'est pas à eux qu'un allumeur en ferait accroire. Ils savent mieux que le commissaire lui-même la valeur des marchandises criées. Quand un bon lot se présente, il est curieux de contempler la revendeuse aux prises avec la ménagère ; c'est un assaut dans toutes les règles : même vigueur, même acharnement de part et «l'autre. Emportées par leur ardeur, ces amazones d»l'encan envahissent l'enceinte réservée, elles se hissent sur l'cs-
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trade du commissaire-priseur. quYILes assourdissent <lu feu roulant de leurs enchères. Le plus souvent, el malgré ses valeureux efforts, c'est la ménagère qui succombe ; mais sa défaite est plus honorable qu'une victoire : la ménagère n'est pas vaincue ; elle tombe victime d'une coalition, ce qui est bien différent. Ses adversaires se sont liguées contre elle |>our l'empêcher de profiter d'un bon marché; elles n'ont pas eu honte de se soumettre en commun aux sacrifices d'un mauvais. On comprend que cet état de choses fasse de la ménagère et de la revendeuse deux ennemies intimes. Quand vous les avisez l'une et l'autre dans une vente, vous pouvez affirmer d'avance que l'affaire sera chaude el que l'enchère ne chômera pas.
Si nous nous sommes étendus trop longuement peut-être sur les adjudications qui ont lieu à l'hôtel de la place de la Bourse, c'est que nous étions là au cœur de notre sujet ; la succursale de la rue des Jeûneurs ne pouvait être dans notre cadre qu'un accessoire; mais cet accessoire est trop important pour que nous le passions complètement sous silence : la succursale en question a un cachet d'aristocratie spécial et marqué. Tout y est plus beau, plus riche, plus vaste qu'à l'hôtel commun. C'est à cette succursale qu'affluent les tableaux précieux, les meubles élégants, les marchandises choisies. La raison en est toute simple. Les salles ont été construites et disposées en vue de contenir et de mettre en relief les objets d'élite. Amateurs, marchands, sectateurs y circulent à l'aise. Vous n'êtes plus dans un hôtel de ventes à l'encan, vous êtes dans un bazar, presque dans un musée ; le tarif de location étant proportionné au confortable de l'établissement, il en résulte que les marchandises communes ou de mince valeur ne font que de très rares apparitions dans la rue des Jeûneurs. En revanche, la physionomie de l'enchère est moins animée, moins pittoresque, moins amusante à la succursale qu'à l'hôtel commun.
Parlerons-nous maintenant des ventes à domicile? A quoi bon ? N'est-ce pas la répétition , à peu de clrose près , de ce que nous avons vu déjà? L'espace nous manque d'ailleurs , et c'est à peine s'il nous reste assez de place pour rendre, en terminant, à la compagnie des commissaires-priseurs la justice qu'elle mérite. Le noble et permanent souci que cette compagnie prend de sa bonne renommée, la surveillance attentive et sévère qu'elle exerce sur les
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actes de chacun de ses membres, l'a préservée des désastres qui ont affligé mainle fois d'autres compagnies plus élevées qu'elle dans l'ordre hiérarchique. Le fait est assez honorable, et surtout assez rare, pour servir de péroraison à la physiologie de l'hôtel des commissaires-priscurs,
Charlks Ballari».
Ym ACTRICE DE SOCIETE.
(Chronique île l'hôtel Castellam\
C'était féte dans le riche et grand pensionnai de demoiselles dirigé par mesdames .Monnet, dans la rue deCliehy; on était au milieu du mois d'août, et le jour de la distribution des prix était arrivé.
La maison des dames Monnet avait une réputation hien établi»' dans les familles opulentes; pour une jeune personne, à son entrée dans le monde, c'était un titre que de sortir de cette institution. Ces dames, dont l'âge inspirait une entière confiance, étaient nées a un au de distance l'une de l'autre, elles touchaient à la cinquantaine, avaient des dehors dont tout le monde admirait l'austère décence, la noble retenue et la disc rétion polie; elles n'avaient jamais été mariées : ces deux soMirs appartenaient a la famille de ces êtres qui n'ont point <le jeunesse et dont on pourrait dire que peau eux la vie n'a jamais fleuri: ils ressemblent a ces plantes froides et pales «pu croissent dans une terre humide, à l'ombre, loin de toute chaleur et de toute lumière. Au sortir d'une enfance maussade, boudeuses et sans grâces, on les voit grandir les uns sous un habit noir toujours râpé, les autres sous une robe brune, grasse et ternie; ils servent à ces emplois de valetaille lettrée qu'on appelle précepteurs ou institutrices, sous-maitresses ou mattres de quartier, secrétaires ou gouvernantes ; ils naissent, croissent, vivent et meurent sous le poids
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d'une contrainte perpétuelle; leurs meilleures qualités sont le pé- (hmlisme et la dévotion; leurs vices sont hideux, leurs vertus sont laides; n'a-t-on pas donné à cette engeance le nom de cuistres, et il v a des cuistres des deux sexes.
Sorties d'un couvent, mesdames Monnet étaient entrées de bonne heure dans une des maisons que Napoléon avait fondées pour l'éducation des filles de la Légion-d' Honneur ; elles avaient été placées dans celui de ces établissements que dirigeait madame. Campan, et celle-ci, en femme formée par l'expérience du monde, avait compris tout le parti qu'elle pouvait tirer de ces personnes qui apportaient chez elle ces apparences d'éducation religieuse auxquelles les familles les plus illustres affectaient de revenir.
Dans l'exercice des fonctions subalternes qui leur étaient confiées, les dames Monnet montrèrent toujours la docilité la plus grande et une modestie qui allait jusqu'à l'humilité; mais, sans chercher a