I.ORETTKS
sar, je devrais renvoyer mes lenteurs h ce même numéro du 20 janvier 1841, que j'ai déjà cité ; mais comme ce serait un retard pour mes lecteurs, et que je suis trop adroit et trop dramatique surtout pour suspendre l'intérêt à cet endroit important du récit où je suis arrivé, "^-je dirai moi-même ce que c'est que l'Arthur.
L'Arthur est de l'espèce bipède, ce que Diogène appelait un animal à deux pjeds et sans plumes — Genus homo.
Seulement l'Arthur ne s'appelle Arthur que de dix-huit à limite ans. Jusqu'à dix-huit ans, il s'appelle «le son nom de baptême Pierre; Paul, François, Philippe, Emmanuel , Justin , Adolphe, Horace ou Félicien.
Passé trente ans, il s'appelle de son nom de famille : M. Durand, M.Berton, M.Legrand, M.Lenoir, M. de Preuilly, M. Delaguerche, ML de Baron ou M. de Chemillé.
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L'Arthur est multiple : il se présente sous toutes les formes; il est artiste; il est homme de lettres; il est spéculateur; il est fils de famille; il a depuis 100,000 francs de dettes jusqu'à 25,000 francs de rentes.
Seulement il est fort ran» qu'il passe de. 100,000 francs de dettes à 25,000 francs de rentes, tandis qu'il est fort commun qu'il passe de 25,000 francs de rentes à 100,000 fr. de dettes et même plus.
L'Arthur n'est donc pas assez riche dans notre époque de misère constitutionnelle pour entretenir à lui seul une Lorette à la mode ; mais comme les malheureuses filles du boulevart se mettent à deux, à quatre et même à six pour entretenir un amant, les Arthurs se mettent à six, à huit, à dix et même à douze pour entretenir une Lorette. L'un fournit les gants, l'autre les chapeaux, celui-ci les étoffes, celui-ci les façons. Un Arthur meuble la salle à manger, un autre Arthur le salon, un autre le boudoir, un autre la chambre à coucher; le dernier venu parsème les tables , les cheminées et les étagères de vieux Sèvres et chinoiseries de chez Gansberg , et la Lorette est ce qu'on appelle — chez elle.
Cette multiplication des Arthurs est une grande sécurité pour la Lorette. On ne se brouille pas d'un seul coup avec douze amants, comme on se brouille avec un seul : on se brouille avec un, avec deux ou avec trois même; — mais cela ne fait qu'une baisse dans la recette, voilà tout; — une gêne, — et non pas une ruine.
D'ailleurs la Lorette n'a pas assez d'amour dans le cœur pour un seul amant, — tandis que pour douze, elle en a tout ce qu'il en faut, — elle en a même de reste.
Or maintenant qu'on sait ce que c'est que l'Arthur, revenons au point où nous avons laissé la Lorette, c'est-à-dire à son talent calligraphique, plus ou moins développé.
La lurette possède ou le Dictionnaire de l'Académie, ou le Dictionnaire de Bois te, ou le Dictionnaire de Napoléon landais; elle cherche à peu près chaque mot qu'elle écrit, ce qui fait qu'elle met deux heures pour écrire une épitre de quatre lignes, encore les dernières lettres de ses pluriels sont-elles presque toujours illisibles, et y a-til en général un pâté plus ou moins gros sur chacun de ses participes.
Quant aux noms de baptême, elle les prend dans l'almanach, attendu qu'ils ne se trouvent pas dans les dictionnaires. L'absence