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de ce dernier guide expose souvent la Lorette à faire des fautes d'orthographe dans son propre nom. I n de mes amis a reçu le lendemain d'une rencontre au bal de l'Opéra, une lettre émanée d'un domino qui l'avait intrigué la veille avec un esprit remarquable. — Cette lettre était signée Sophie ; — seulement il n'y avait pas dans le nom baptismal qui servait de seing à l épltre. une seule des lettres qui auraient dùyle composer.
En l'absence de l'alinanacli renseignateur. la jolie et spirituelle auteur de Tépitre avait signé Çoufy.
.Nous avons parlé de ia Lorette élégante, de la Lorette dans le bonheur, de la Lorette chez elle enfin ; mais il y a Ixirette et Lorette comme il a fagot et fagot.
Non seulement la Lorette n'est pas toujours fortunée; mais même la Lorette la plus fortunée a des hauts et des bas : — examinons-la dans les variations de sa fortune.
\a Lorette a ses marchands attitrés, ses fournisseurs spéciaux . ses ouvriers excentriques.
Ce sont eux qui lui confectionnent ses chapeaux à la lionne, si relevés par derrière, si inclinés par devant, qui laissent voir le chignon, et desquels s'échappe ce joli nœud de rubans qui flotte coquettement derrière son dos.
Ce sont eux qui lui fournissent ses crispins de velours ou de salin, qui tombent si carrément jusqu'aux genoux, et qui sont si coquettement garnis de franges. ,
Enfin ce sont eux qui lui livrent les manchons qui imitent si admirablement l'hermine, la martre et le renard bleu, qu'il faut l'œil d'une femme jalouse pour reconnaître la contrefaçon.
Mais il vient de ces moments terribles où le crédit s'épuise : — une baisse dans les Arthurs amène une suspension dans la confiance; il arrive alors parfois que la marchande de mode , la couturière et le fourreur refusent à la fois, les uns tes chapeaux, les autres les crispins, les autres les manchons.
Alors il reste une ressource à la Lorette.
Cette ressource, c'est le coiffeur.
Le coiffeur est le banquier de la lurette.
I<e coiffeur fournit à la Lorette des chapeaux, des crispins et des manchons à crédit.
Il est vrai qu'il les lui fait payer le double de ce que les lui font à. 45
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payer les fournisseurs ordinaires, qui les lui font paver déjà le double de ce qu'ils valent.
Quai* à l'argent dont elle a besoin pour les dépenses de poche, il le lui prête sur gages.
Rien de mieux coiffé que les Lorettes qui doivent 1,000 écns à leur coiffeur, si ce n'est les Lorettes qui lui doivent 4,000 francs.
On le comprend : l'honnête industriel travaille comme pour lui , et tient à rentrer le plus tôt possible dans ses fonds.
Il y a deux ou trois coiffeurs dans le quartier de Notre-Dame de Lorette : dans dix ans ils se retireront chacun avec 50,000 fr. de rentes.
Aussi, en général, les dames, qui se servent des mêmes artistes, savent-elles tous les petits secrets les unes des autres.
In de mes amis, placé à une avant-scène de droite, avait remarqué de l'autre coté de la salle, c'est-à-dire à une avant-scène de gauche, une Lorette qui paraissait avoir d'admirables cheveux.
— Quelle est cette dame, demanda mon ami , en se baissant à l'oreille d'une autre Lorette, qui était dans la même loge que lui el qui l'honorait de ses bontés.
— Ce sont de fausses touffes, répondit celle-ci avec un laconisme tout lacédémonien.
Il est évident que ces deux dames avaient le même coiffeur.
Mais l'existence de la Lorette n'est pas tout entière dans son manchon , dans son crispin et dans son chapeau : elle a des besoins plus matériels; elle a des nécessités moins poétiques.
Il faut qu'elle mange.
Dieu qui donne la pâture aux petits des oiseaux, ne donne rien du tout à la lurette.
Or, nous le répétons, il faut que la Lorette mange , c'est un besoin de son organisation. La Lorette en général mange même beaucoup^ — la Lorette, disons plus, est essentiellement gourmande.
Quand la Lorette est dans le bonheur, il n'y a rien d'assez bon , d'assez lin, d'assez cher pour elle; d'ailleurs, en général, ce sont les Arthursqui vérifient l'addition.
Mais quand la Lorette est à la baisse, elle a les vertus de ses revers, c'est-à-dire que la Lorette se restreint à un point qui ne lui laisse pour comparaison de sobriété que l'estimable animal qu'un de uos grands poètes a surnommé le navire du désert.