I.A llt'E SAINT-DENIS
l'air modeste et presque candide. Cependant toutes ces petites manières pudiques n'empêchent point qu'elle n'ait aperçu le monsieur •litre deux âges qui l'attendait à quelques pas, et qui ne tarde pas à se trouver à crtté d'elle.
Ce monsieur entame l'eut retien d'un air presque timide :
— Bonsoir, mademoiselle Félicie...
— Ah! c'est vous, monsieur Jules!
Les hommes entre deux âges , qui souvent ont une position dans le monde, ne disent jamais leur nom aux g risettes auxquelles ils font la cour ; ils en prennent alors un autre à leur choix, ils sont libres •le le choisir aussi harmonieux que possible.
Le monsieur qui répond au nom de Jules se rapproche de la jeune fougère , et lui presse doucement le bras tout en répondant :
— Oui, j'étais... là depuis quelque temps... Je vous ai vue dans rotre magasin... et je désirais tant vous parler... Oh ! je serais resté toute la nuit pluutt que de ne pas vous rejoindre.
—Oh! mais. . . vous aviez tort. . . . il ne faut pas m'attendre comme cela... si on savait qu'un monsieur m'attend pour me reconduire , oo eu dirait de belles dans le magasin... ces demoiselles sont si méchantes!...
— Personne ne le saura. . . et d'ailleurs, quel mal à ce que je marche à côté de vous?. . . la rue est à tout le monde. . .
— C'est vrai... et ce n'est pas que ces demoiselles du magasin se - gênent beaucoup!. . . L'une a un soi-disant cousin qui est tous les malins au coin de la rue... où il attend qu'elle aille chercher son petit pain chez le boulanger. L'autre a un oncle qui lui veut du bien... qui lui donne des croix d'or, des bouclés d'oreilles !... Vous comprenez... Notre première ouvrière a des billets de spectacle tant qu'elle en veut !...elle prétend que c'est sa marraine, qui est couturière d'une des premières actrices, qui les lui envoie... Mais on ne donne pas là-dedans... Ah! il fait glissant ce soir...
— Si vous vouliez accepter mon bras!...
1 22 i.a m i: sai.m-dkms.
— Votre bras! oh! non... parce que si ou me rencontrai! vous donnant le bras...
— Il est tard... il fait nuit... est-ce que l'on fait attention à nous...
— Il est certain. . . . que ce serait bien un hasard si \h ! comme
le pavé est gras... EU bien, seulement jusqu'au bout de la rue, et puis vous me quitterez.
— Je ferai tout ce que vous voudrez.
ta» monsieur a pris tout doucement le bras de mademoiselle Félicie , qu'il a passé sous le sien , et la jeune iille le laisse faire , et elle linit par s'appuyer très tendrement sur son cavalier, qui lui parle de fort près , en la regardant dans les yeux , et ils n'ont pas marché ainsi pendant dix minutes qu'ils paraissent s'entendre fort bien et ne parlent plus de se quitter.
Mais qui sort si brusquement de cette boutique de modes, en poussant un long éclat de rire , répété par les demoiselles qui restent dans le magasin? C'est une jeune tille qui n'est pas jolie de ligure, mais dont la taille est bien prise et la tournure aussi leste que fringante.
Klle a referme avec force la porte de la boutique, et elle se met en marche , tout en fredonnant un refrain de vaudeville. Elle n'a pas fait dix pas qu'elle se cogne contre le vieux, qui la guet tait, et qui a voulu courir au devant d'elle.
— Aie! que c'est béte de se jeter comme ca dans le monde!... — Bonsoir, mademoiselle Aspasie... comment va cette...
— Ah ! c'est vous!... vous êtes encore gentil, vous avez manque , de me faire tomber!
— C'est que je vous guettais, et vous ayant aperçue, j'ai couru, et . . .
— Ah! oui! et comme vous n'êtes plus un Zéphyre, vous ave* failli me jeter par terre...
— Et cette santé, belle Aspasie?...
— Oh! je me porte très bien... j'engraisse tous les jours.
— Que vous êtes heureuse ! . . . c'est que vous n'avez pas de chagrin... c'est que vous ne soutirez pas... comme moi.