‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 19 sur 214 · I.A Rl'K SAIM-DFAIS. Il · texte numérisé non relu

I.A Rl'K SAIM-DFAIS. Il

duire une intrigue. Les uns vont se rucher dans des allées, sous des portes cochères; ils restent là des heures entières sans oser montrer le bout de leur nez, espérant toujours que l'objet de leur tendresse (Hissera enfin devant eux. Après une faction bien longue, quand il.** se décident à donner un coup d'œil dans le magasin , ils n'y voienl plus leur belle, qui est partie depuis long-temps sans qu'ils s'en soient aperçus.

D'autres , plus hardis , vont se planter contre les carreaux de la boutique, et n'en bougent plus, à moins qu'un homme ne sorte du magasin et n'ait l'air de venir à eux; car alors la peur les galoppe, ils se figurent que l'on connaît leurs coupables desseins , et ils se mettent à fuir, se jetant dans les personnes qui se trouvent sur leur passage, et se laissant quelquefois choir sur le pavé, parce que. dans leur précipitation, ils n'ont pas vu le trottoir, ou une pierre, ou un chien qui est devant eux.

Quelques uns enfin, mais ceux-là sont les plus roués et les plus riches, entrent dans le magasin où travaille la jeune fille qu'ils courtisent. Ils n'ont pas l'air de la regarder, mais ils achètent différentes choses et paient toujours sans marchander. C'est une manière adroite de donner une opinion avantageuse de sa fortune, aussi est-

ce celle qui réussit le plus souvent.

Mais ces demoiselles sortent de leur magasin. \j& jeune fleuriste n'attend pas que son amant vienne à elle, c'est elle qui le cherche des yeux et court à lui. Elle passe son bras sous celui d'un jeune homme qui lui envoie dans le nez une bouffée de son cigare. C'est une nouvelle manière de se souhaiter le bonsoir. La fleuriste y parait fort sensible ; elle sourit tendrement au jeune homme qui la regarde à peine, et parait beaucoup plus occupé de ce qu'il fume que de ce qu'il tient sous le bras.

— Est-ce qu'il y a long-temps que tu es là, mon petit Guguste? demande la jeune fille au fumeur. Celui-ci lui répond d'un air ennuyé :

120 LA IUJK SAIM-DKMS.

— Je crois bien!... plus d'un quart d'heure! Je commentais a m' embêter joliment!... Si mon cigare, avait été fini, je filais!...

— Ah! méchant!... C'est aimable ce que vous dites là! Comment, vous auriez laissé votre petite Phonsine s'en revenir toute seule le soir, dans sa rue des Vinaigriers, qui devient très chimérique depuis quelque temps!

— Ma petite Phonsine sait que je suis dans la rue en face de sa boutique quand sonne neuf heures... c'est réglé... Je suis exact comme le canon du Palais-Koval... quand il fait du soleil. Mais je n'aime pas qu'on me fasse droguer des demi-heures au vis-à-vis du ruisseau... ^uand les femmes se mettent sur le pied de nous faire attendre, c'est une habitude dont elles ne peuvent plus se défaire; je n'entends pas que tu prennes ce petit genre-là.

— Mais, mon Dieu, ce n'est pas ma faute, à moi... quand il y a quelque chose de pressé à terminer, on ne nous laisse pas partir aussitôt que l'heure sonne. Ce soir, nous avions une couronne de mariée à finir, pour une grosse demoiselle... qui a au moins trente ans... et tout en fleurs d'oranger... qui est si pressée de se eonjoindre... avec un pâtissier... et un camélia dans le milieu... En voilà une boulette qu'il fait, celui-là!...

— Ta! ta! ta! ta!... Je n'entre pas dans tout cela... Pour des histoires, je sais bien que tu en auras toujours à me conter! l'ne autre fois je te donne cinq minutes de grâce; après quoi, si tu ne viens pas, je m'en vas.

1 petite fleuriste se tait et boude ; le jeune homme se tait et fume. Ils font ainsi la route jusqu'à la rue des Vinaigriers; mais arrivés devant la demeure de la grisette, les deux amants se raccommodent , parce qu'ils sont d'un âge où l'on n'est pas ensemble pour bouder.

l ue jeune frangère vient de sortir de son magasin. Elle suit la rue en trottillant, les coudes serrés contre le corps, les yeux baissés.

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