I.ORKTTKS
Mademoiselle Caroline fit une charmante petite révérence, et le visiteur se retira.
\*. même jour il dînait avec son ami.
— Elubien? lui demanda celui-ci, en l'apercevant.
— Quoi?
— As-tu été faire une visite à Caroline.
— Oui.
— Et as-tu vu ton singe?
— Non : il était allé jouer avec un singe de ses amis, qui demeure rue de Breda.
Victor sourit imperceptiblement, et la conversation en resta là.
Le lendemain, notre provincial se présenta de nouveau chez mademoiselle Caroline, qui le reçut avec le même air charmant.
ta conversation roula sur les spectacles, sur les Champs-Élysées et sur Franconi.
— A propos, dit le visiteur, et votre singe?
— Ah! vous pouvez dire notre singe.
— Eh bien, oui; notre singe s'est-il amusé hier?
— Si fort amusé, qu'il est tout souffrant aujourd'hui, et que la bonne vient de le conduire chez son médecin. Vous ne l'avez pas rencontré sur l'escalier?
— Non.
— Oh, c'est étonnant!...
— Mais l'indisposition n'a rien de sérieux?
— Je l'espère.
La conversation passa à un autre sujet. Quatre heures et demie sonnèrent.
— Pardon, monsieur, dit mademoiselle Caroline, mais je dîne aujourd'hui avec M. le comte de B**% et il faut que je m'habille.
Le provincial lâcha le mot qu'il n'avait pas osé dire la veille. Mais mademoiselle Caroline prit un de ces airs de grande dame qu'elle savait si bien prendre, pinça ses lèvres de son sourire le plus dédaigneux, et fit une révérence si miraculeusement aristocratique, que le visiteur ne répondit que par un profond salut, et se relira.
Le lendemain il se présente de nouveau ; mademoiselle Caroline n'était pas visible.
Il revint le lendemain sans être plus heureux.
Le surlendemain, idem.
Mi'! LORKTTKS.
— Mon cher ami, dit-il au portier en descendant, je ne puis (mis voir mademoiselle Caroline, c'est très bien; elle est maîtresse d'ouvrir ou de fermer sa porte, je n'en disconviens pas ; mais je voudrais savoir si la loterie est tirée.
— Vous savez bien, monsieur, qu'il n'y a plus de loterie, dit le portier en haussant ses lunettes sur son front, et en regardant le questionneur en homnle qui se prémunit d'avance contre une mystification.
— Comment, il n'y a plus de loterie?
— Mon, que même je nourrissais un ambe, et ma pauvre défunte un terne, et que ce gueux de gouvernement a fermé la loterie comme nos numéros allaient sortir.
— Mon ami, je ne parle pas de la loterie royale, je parle de la loterie de mademoiselle Caroline.
— Mademoiselle Caroline a une loterie?, demanda le portier.
— Et sans doute qu'elle a une loterie.
— Quelle loterie?
— Une loterie où l'on gagne son singe.
— Mademoiselle Caroline a un singe?
— Pardieu , un singe charmant , un singe qui monte la garde, qui fait des armes, qui bat du triangle, qui reconnaît le plus amoureux de la société et qui joue aux dominos.
— Monsieur se trompe certainement : je ne connais pas de singe à mademoiselle Caroline , à moins que monsieur ne veuille . parler d'un petit peintre qui vient la voir quelquefois, et qui a une grande barbe.
— Mais non, mon ami, je vous parle d'un singe, d'un bonnet chinois.
— Ah! qui est dans la musique de la garde nationale; c'est le locataire du second,- alors.
— Je vous parle d'un singe, d'un animal que mademoiselle Caroline a mis en loterie, parce qu'il cassait toutes ses chinoiseries.
— Je ne connais aucun singe à mademoiselle Caroline.
— Elle en a cependant un, et la preuve, c'est que voilà les cinq billets de loterie que je lui ai pris, et que j'ai pardieu bien payés 100 fr.
Le portier prit les cinq billets, sur chacun desquels il y avait :