I.OItKTTKS
Bon pour un singe âgé de quatre ans, répondant au nom de Jacques. 11 les tourna et les retourna, puis il les rendit au provincial.
— Eh bien? demanda celui-ci.
— Eh bien ! monsieur ; il est possible que mademoiselle Caroline ait un singe ; mais ce que je sais, c'est que, quant à moi, je n'ai pas l'honneur de le connaître.
Notre provincial se retira et courut chez son ami.
— Mon cher, lui dit-il, je crois que je suis volé.
— Comment cela, volé?
— A l'endroit de mon singe.
— Ma foi, mon cher, veux-tu que je te l'avoue; j'en ai peur.
— Ah! s'il en est ainsi, que mademoiselle Caroline y prenne garde !
— Mon cher ami, si j'ai un conseil à te donner, c'est de ne' pas faire de bruit.
— Laisse donc, laisse donc; on se moquerait un peu trop de moi, par exemple.
— On s'en moquera bien davantage, si tu cries.
— Et, si je veux crier, moi.
— Crie ; je ne t'en empêche pas ; mais rappelle-toi ce que je te dis : lu en seras le mauvais marchand.
— -Je sais ce que j'ai à faire.
— Fais, mon ami, fais.
Notre provincial se présenta une dernière fois, rue Bourdaloue, n. 7. Mademoiselle Caroline était toujours invisible.
Il eut l'idée de retourner dîner chez mademoiselle Estelle, où il fut fort bien reçu par la maîtresse de la maison; mais où il lui sembla que sa présence était accueillie par un malin sourire et par quelques coups d'cpil significatifs qu'échangèrent entre elles les jolies convives.
l ue jolie Lorette se pencha à l'oreille de mademoiselle Estelle, et lui demanda quel était ce monsieur dont la société saluait la présence par une expression d'hilarité si prononcée.
— C'est le jeune homme au singe, répondit mademoiselle Estelle, en ménageant si mal l'intonation de sa voix, que le convive le plus intéressé à ne pas entendre cette réponse non perdit pas un moi.
Le provincial se leva furieux. Il n'y avait pas de doute, il avait été joué.
'Mi A I.OKKTTKS.
Un Parisien, un homme du monde, un homme d'esprit, s'eu serait tiré par un joli mot. Notre provincial n'était rien de tout cela : il résolut de faire une scène à mademoiselle Caroline.
Il alla s'embusquer au coin de l'église Notre-Dame de Lorette, et attendit que mademoiselle Caroline sortît seule.
11 attendit ainsi trois jours ; ce qui l'exaspéra au plus haut degré ; de sorte que, lorsque mademoiselle Caroline sortit, le quatrième, il était parfaitement hors de lui.
Ce qui lit qu'il ne mesura ni ses paroles ni ses gestes ; de sorte qu'il y eut à la fois injures et voies de fait.
— .Mademoiselle'Caroline assigna le coupable devant le tribunal compétent.
Le provincial fut condamné à trois mois de prison et à 500 fr. de dommages et intérêts.
Ce qui lit, avec les cinq louis de ses billets, 600 fr. de recette à mademoiselle Caroline.
Et tout cela pour un singe qu'elle n'avait jamais eu.
Uevenons au fournisseur.
Si le fournisseur est dur, inexorable, avare, intraitable, juif, arabe envers la Lorette dans la peine, il devient, il est juste de le dire, pliant comme le roseau, souple comme l'osier, rampant comme le lézard envers la Lorette heureuse. A peine voit-il poindre à l'horizon de la rue Laffitte les crispins de velours, la pèlerine d'hermine, et le Bibi excentrique, dans leur fraîcheur primitive, qu'il devine qu'il s'est fait un changement dans la position de sa cliente. Aussitôt il reparaît sur le carré, la figure souriante, sonne aussi modestement qu'il sonnait fort , et en échange du châle de mérinos, qu'il a souvent insolemment arraché de dessus ses épaules, il vient humblement lui offrir le cachemire de l'Inde. Alors la Lorette triomphe, elle pardonne, oublie et paie pour achever de rétablir son crédit.
'Celle est la vie de la Lorette pendant neuf mois de l'année.
Puis il arrive un moment où, comme les chevreuils au mois de mai, la Lorette devient folle.
Ce changement se manifeste en général chez elle , au commencement du mois de décembre de chaque année. On devine qu'il est, pour la Lorette, question de l'approche du carnaval.
En effet, l'époque du carnaval, c'est le règne de la Lorette. Tous