LE JOCKEY-CLUB
Par 2Ubrrt Clrr.
Chaque |ieu|ili' à son lour a brille nui la lerre,
dil un vers proverbe. Les diverses races de chevaux ont subi à peu près les mêmes vicissitudes : chacune d'elles tour à tour a joui d'un*» haute réputation, et s'est vue rechercher de préférence par les riches amateurs. 11 faut toutefois excepter le cheval arabe qui semble pour ainsi dire avoir emprunté au soleil d'orient une partie de son ardeur et de son immuable éclat, et chez lequel on retrouve encore aujourd'hui, après cinq mille ans, l'admirable type si poétiquement décrit par Job: « Il écume, il frémit, il dévore la terre; la trom- « pette sonne, il dit : allons! »
Mais, comme nous l'avons déjà dit, les autres races ont successivement occupé et perdu le premier rang dans le monde hippique. Ainsi, au moyen-âge, les chevaux napolitains passaient pour être la (leur des coursiers d'Europe; puis la chevalerie avec ses lourdes armures mit en honneur les massifs destriers de la Flandre et du Hainaut ; puis ce fut la production chevaline de France qui l'emporta dans l'estime générale, témoin ce passage de Huzard père : < Au « temps de Henri IV, nous avions dans le Berri des races de che- « vaux supérieures à toutes celles qui existaient à celte époque en • Angleterre. » Bientôt les chevaux d'Espagne, si pleins de feu, de grâce et de souplesse, se prêtant merveilleusement aux courbettA, aux pesades, aux rroupattes, aux mprioles, o\ autres airs de ma-
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nége destinés à faire briller la coquetterie équestre dans les carrousels et les courses de bagues qui avaient remplacé les joutes sérieuses des anciens tournois ; les chevaux d'Espagne, disons-nous, devinrent la monture favorite des beaux à pourpoints tailladés et en bottes à entonnoir de dentelles.
Enfin, vers le milieu du dernier siècle, le pur-sang anglais qui, pendant longues années, avec l'habileté diplomatique et la ténacité formant le type distinctif du caractère national, avait préparé scn triomphe et fait sa réclame, prit un pied sur la scène hippique, et il en eût bientôt pris quatre. Le cheval anglais est pour le moins d'une nature aussi envahissante que la politique du même terroir.
Voyez la part qu'il s'est faite en France : à lui les écuries aristocratiques de la jeunesse dorée; à lui la nourriture recherchée et le soin délicat; à lui la promenade de santé sur des allées unies et sablées ; à lui la palme brillante de l'arène olympique, sur laquelle, pour peu qu'il y ait quelque distance à franchir, il se rend commodément dans une bonne voiture fermée.
Par compensation, le cheval anglais laisse aux chevaux français le droit de traîner les diligences , les berlines de poste , les lourdes charrettes, de porter toute espèce de fardeau, de trotter dans les chemins montueux ou effondrés, au vent, à la neige et à la pluie. Les avantages de l'alliance anglaise sont à peu près les mêmes pour les chevaux que pour les nations.
Il y a près de trois siècles que les Anglais, non contents d'ambitionner la royauté des mers et le sceptre des comptoirs, voulurent encore dominer à cheval. Pour faire arriver leurs races chevalines au plus haut point de perfection , aucun effort, aucun sacrifice ne leur coûta. L'histoire a conservé un édit de Henri VIII, ordonnant de tuer toutes les juments de l'Angleterre qui ne seraient pas reconnues propres à une production distinguée.
La persévérance britannique a fini par triompher. En matière chevaline, comme dans toutes celles qui intéressent l'amour- propre et la puissance nationale, l'aristocratie anglaise a prodigué sa richesse et son influence pour aider à atteindre le but proposé. Les lords se sont fait un point d'honneur de monter des haras, de se distinguer par la beauté de leurs attelages et le luxe de leurs écuries. L'exemple de l'aristocratie et l'impulsion du gouvernement aidant, le goût et la passion hippiques n'ont pas tardé à pénétrer dans
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toutes les classes. Des courses étaient déjà établies dès 1440, et des clubs avaient été partout organisés sous le nom de Bacing clubs (Clubs de courses), Hunting clubs (Clubs de chasses). L'origine du Jockty-Clab, le plus célèbre de toutes ces sociétés chevalines, remonte à 1770; à ce propos nous ferons observer, qu'en prenant lu qualification de jo<keyt les nobles membres de ce club éminemment aristocratique n'ont point dérogé, comme on pourrait le croire. Le mot jockey, dans son acception primitive, s'appliquait à l'homme s'occupant du commerce chevalin ; depuis, on l'a appliqué à celui qui monte les chevaux dans les courses. Mais même encore aujourd'hui, de l'autre côté du détroit, le mot jockey n'emporte aucune idée de domesticité. C'est par erreur qu'en France on en a fait le synonyme de groom.
Le Jockey-Club anglais a été fondé spécialement en vue de patronner les courses de I\e\v-Market. M n'a pas cessé de s'intituler Jockey-Club ISew-Market. Sur ce terrain le Jockey-Club règne en maître, il est roi de l'Hippodrome, empereur du Poteau, protecteur de la Confédération des coureurs, médiateur des paris, etc., etc. Au sein de ses états olympiques, il dicte des lois souveraines à son peuple de jockeys, de grooms, de maquignons et de palefreniers. Dans une espèce de charte des courses en soixante et onze articles, qu'il a octroyée, h la date du 1er novembre 1831, sous le titre de Butes mut orders of tbc Jockey-Club (Règlements et ordonnances du Jockey-Club), on retrouve diverses formules semblables à celles qu'emploient le pouvoir royal. Ainsi, il est dit que l'obéissance aux dispositions de ladite charte « sera rendue obligatoire par les moyens « qui sont en la puissance du Jockey-Club (enforeed by the tneam « in his porrer); »» et cela : « dans toute l'étendue des domaines sou- « mis à sa domination {on any part of the ground in the occupa- » tion of the Jockey-Club). » Le protocole final est calqué sur celui des lois ordinaires : « les présentes ordonnances seront exécutoires « tant qu'il n'y aura pas été ultérieurement dérogé par des dispo- « sitions contraires. » On voit que les membres de cette hippocratie parlent et agissent comme des monarques absolus. A New- Market leur cravache domine le sceptre de la reine Victoria.
Le Jockey -Club anglais ne se compose aujourd'hui (voir le Bacing udendar de 18 12) que de quatre-vingt-treize membres appartenant presque tons» la plus haute et à la plus illustre aristocratie des trois
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