‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 212 sur 214 · I.F. IOCKBY-CI.1 B · texte numérisé non relu

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royaumes. Ou y compte huit lords-ducs : les ducs de Bedford, de Dorcet, de Crafton, de Beaufort, de Montrose, de Portland , de Bichmond et de Butland. Parmi les noms rappelant des illustrations historiques nous avons encore remarqué ceux de lord Bentinck, des marquis d'Exeler, d'Herford et de Westminster, des comtes d'AIbermale, de Chestcrlield et d'Lglington (le même qui a conquis un.' célébrité à la don Quichotte par ses tentatives de résurrection des coutumes chevaleresques). Enfin le Jockey-Club de Londres possède deux hommes d'état, le marquis de Norinamby, membre de la dernière administration whig, et lord Stanley qui fait aujourd'hui partie du ministère Peel en qualité de secrétaire au département des Colonies. Cela ne doit point étonner: en Angleterre on fait très bien son chemin politique a cheval.

Le gout équestre est de tous les rangs, de toutes les positions; de graves professeurs des universités, des membres de la haute magistrature se piquent d'être de fringants cavaliers : les avocats arrivent au palais la cravache à la main ; les lords et les membres des Communes se rendent, en caracolant, sur leurs sièges parlementaires; a l'heure de l'ouverture des séances les parquets de Westminster retentissent du bruit des bottes éperonnées.

L'anglomanie qui s'introduisit en France dans la dernière période du xvnr siècle, s'appliqua d'abord uniquement aux institutions politiques de la Grande-Bretagne. Bientôt elle s'étendit aux modes

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des bords de la Tamise. On vit paraître dans les salons aristocratiques les cheveux sans poudre, les fracs, les bottes à revers et autres atours du jockey, l'ne fois lancés sur cette pente, nos anglomanes ne pouvaient manquer d'arriver à l'écurie.

Us se bornèrent, dans le principe, à imiter leurs modèles d'outre- M anche par le coté de la passion des attelages. Le duc d'Orléans (Philippe-Égalité) fut le premier qui, en 17N4, se montra, dans les rues de Paris, remplissant lui-même l'office de cocher, et cette innovation causa un grand scandale à l'œil-de-boeuf de Versailles. Cependant l'exemple fut suivi par les jeunes seigneurs de la cour, et on pul appliquer alors au beau inonde ces vers de Britannicut :

|K>ur vertu singulière

Il excelle à conduire un char dans la carrière.

L'anglomanie, un moment étouffée sous l'Empire, reparut sous la Kestauration , mais toujours circonscrite dans le cercle du gout automédonien. Les jeunes gens à la mode adoptèrent les rarrirklc*, les bogheys, les whiskys, les tandem anglais, et à l'instar des fashionables de Hyde-Park, ils se faisaient gloire de se montrer d'habiles

et hardis cochers, en conduisant , debout sur le siège élevé d'une ». 51

un

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voiture dont la dangereuse spécialité était suffisamment indiquée par son nom même, on l'appelait une mort subite ou une tuette.

C'est à dater de 1830 que l'engouement britannique arriva au dernier degré d'exaltation dans notre société fashionable. L'Angleterre devint pour nos fanatiques anglophiles ce qu'est la Mecque pour les croyants musulmans; leurs regards furent constamment tournés de ce côté. Le suprême bon ton consista à adopter, sans examen, tous les goûts, les usages et jusqu'aux idiotismes britanniques. Certains jeunes Français trouvèrent très glorieux de se réduire au rôle inerte et passif de ces plaques métalliques du daguerréotype qui reçoivent docilement les empreintes d'un modèle étranger.

Kn tête des imitations d'outre- Manche devait nécessairement liguicr celle du spoit, le sport qui suffit à occuper la vie toute entière des gentlemen d'outre- Manche, le sport qui est pour eux une source intarissable de jouissances , de bras et de jambes cassés. Lt qu'on ne s'étonne pas si nous disons que le sport est capable d'absorber une existence d'homme. Sport est un de ces mots complexes et collectifs qui renferment dans leurs flancs, en apparence exigus, une énorme quantité de signilications diverses, à peu près comme le chapeau ou le mcichoir d'où un habile prestidigitateur fait sortir une pluie de fleurs, de duvets, d'omelettes, de canaris, etc. , etc.

Ainsi sport signifie tout à la fois courses de chevaux, — courses au clocher , — courses d'hommes, — chasse à tir ou à courre, — tir aux pigeons, — attelages de chevaux, — combats de chiens, de coqs, de rats, de boxeurs, -tours de force nautiques, — paris de toute espèce , et généralement tout ce qui peut fournir l'occasion de déployer de l'adresse, de l'intrépidité et surtout du faste. Le véritable sport, en elîet. est presque anssicher qu'un gouvernement à bon marché

L'établissement d'un Jockey-Club fiançais à l'instar du Jockey- Club anglais était une conséquence naturelle de l'invasion des goûts du sport. C'est en 1833 que fut fondée cette société hippique aujourd'hui si célèbre, et qui mérite, à plus d'un titre, défigurer dans notre galerie des nouveaux tableaux de Paris. Les fondateurs du Jockey-Club français fuient MM. Fasquel, major Frazer, chevalier Machiado, de Cambis, Uieiissee et lord Henri Seymour. Nous disons Jockty-Club. bien que ce ne soit pas le véritable nom de la

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société; elle s'intitule : Société d'encouragement pour l'amétiorution des rares de chevatix en France, par la raison, disent ses détracteurs, qu'elle n'améliore rien du tout.

Mais comme la qualification britannique de Jockey-Club est généralement usitée, nous continuerons de nous en servir. Ile ntfme qu'Athènes et Sparte, de même que l'empire romain, de même que toutes les puissances et toutes les grandeurs de ce monde, notre Jockey-Club a eu d'humbles commencements. C'est dans la mansarde d'une maisonnette située à l'un des coins du parc de Tivoli, chez un Anglais nommé Bryon, que fut placé le berceau de celte nouvelle dynastie de Césars hippiques.

Bientôt l'héritier présomptif du trône, le feu duc d'Orléans, accepta la présidence honoraire de l'association et la jeunesse dorée s'empressa de se faire affilier. I^e siège social fut transporté au premier étage de la maison du boulevart des Italiens, qui est située à l'angle de la rue du Helder. Dès lors, le Jockey-Club commença à occuper les échos du monde élégant ; on l'appela aussi le club des lions.

Trois ans ne s'étaient pas écoulés que déjà la maison de la rue du Helder n'était plus assez vaste, assez splendide pour contenir cette royauté fasbionable. Le Jockey-Club vint trôner à l'angle du boulevart Montmartre et de la rue C range-Batelière, dans la maison où, par parenthèse, loge également le célèbre comique A mal.

L'illustration et l'influence du Jockey-Club n'ont cessé d'aller en grandissant; il forme réellement un corps privilégié de (ait sinon de droit. On ne se doutait sans doute pas qu'un jour le cheval constituerait une nouvelle aristocratie.

Le Jockey-Club tient tout à la fois à la cour, à la banque, à la chambre des députés, à la presse, a tous les boudoirs de la capitale, à la diplomatie, aux bureaux de tous les ministères; il jouit en outre, dans les coulisses de l'Opéra, de droits superbes assez analogues aux anciens droits du seigneur.

Le Jockey-Club est si bien un pouvoir dans l'état, qu'il a un journal à lui, lequel prend le titre de Bulletin Officiel. Or, cette épithète, on le sait, ne s'applique qu'à ce qui émane d'un gouvernement.

Nous avons dit que le Jockey-Club anglais n'a admis dans son

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§ein que quatre-vingt-treize membres; le Jockey-Club français est plus élastique et plus accessible : il se compose aujourd'hui d'environ trois cents jeunes gens de vingt -cinq à soixante-huit ans.

l>a première condition pour ceux qui aspirent à Aire reçus dans l'illustre société, est d'être présenté par trois membres. En entrant on paie 500 fr. pour la première année; la cotisation ordinaire n'est que de 300 fr. par an. Les admissions se décident par la voie du scrutin; mais, en ce cas, on ne consulte pas la majorité absolue des suffrages. Lors du dépouillement, une boule noire sur six suffit pour motiver le rejet d'un candidat.

Le système des incompatibilités , que l'opposition a vainement tenté d'introduire à la chambre des députés, existe au Jockey-Club. Quiconque est négociant, artiste ou littérateur, se trouve par le fait seul frappé d'exclusion. Il y a pourtant une exception à l'ostracisme commercial en faveur de ceux qui font des affaires à la Bourse, pourvu toutefois qu'ils ne s'en occupent pas à titre spécial et qu'ils ne soient pas chargés d'une patente. Ainsi, les agents de change sont refusés ; mais on admet parfois des courtiers marrons. En général, sauf les cas absolus d'exclusion dont nous venons de parler, on peut dire que le Jockey-Club se règle plutôt sur les considérations personnelles que sur les positions sociales dans le choix de ses membres. Cela est si vrai que, sur deux personnes occupant absolument le même rang dans le monde, l'une sera accueillie, tandis que l'autre se verra repoussée. De hauts et graves fonctionnaires ont ambitionné le titre de membre de cette société; nous citerons entre autres le premier magistrat de la cité parisienne dont l'admission, pour le dire en passant, a été vivement et longuement discutée. M. de Uambuteau a pu croire un instant qu'il était plus difficile d'entrer au Jockey-Club que d'être nommé préfet de la Seine et pair de France.

Le Jockey-Club se distingue par un luxe de bon goût : on y reçoit tous les journaux ; il y a des tables de jeux et plusieurs billards. On s'y livre à de joyeuses et piquantes causeries sur tous les sujets à l'ordre du jour. 1 n article formel du règlement défend de parler politique; mais on pense bien que cet article est considéré comme non avenu. Outre que ces sortes de discussions se glissent aujourd'hui partout, une réunion hippique ne saurait y rester étrangère.

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Le ehevul, en effet» louche par plus de points qu'on ne le pense généralement à la politique. El d'abord, Napoléon n'a-t-il pas dit : h Pour gouverner, il faut des bottes et des éperons. •» (Voir le Mémorial de Sainte- Hélène.)

Depuis l'établissement du gouvernement constitutionnel, le cheval a acquis une certaine importance élective et parlementaire, t^ui ne sait que l'envoi d'un régiment de cavalerie dans une localité influe souvent sur les oracles de l'urne au scrutin. \)€ même, aux époques d'élections, nombre de députés ne trouvent rien de mieux, l»our se recommander aux suffrages de leurs concitoyens, que de faire envoyer des étalons et des juments poulinières aux haras du département. Les censitaires, dit-on, se laissent assez volontiers convaincre par ces arguments à quatre jambes et par ces raisons à tous crins.

Il est notoire d'ailleurs que le Jockey-Club intervient puissamment dans la politique, du moins eu ce qui concerne la partie des nominations aux emplois publics. Cne apostille de ce corps hippique est souvent plus influente que celle de la pairie ou de la chambre des députés. La diplomatie est particulièrement de son ressort, depuis surtout qu'il a gagné ses éperons diplomatiques dans l'ambassade de Perse presque exclusivement choisie parmi ses membres. S'il commençait sa carrière à cette époque, M. de Talleyrand tâcherait très probablement de se faire recevoir au Jockey-Club.

La puissance du Jockey-Club n'est pas circonscrite dans les régions de la politique; elle s étend encore sur le domaine de la nature. Par exemple, comme nous le disions au commencement de cet article, le cheval arabe avait passé jusqu'à ce jour pour le chef-d'œuvre de l'espèce. C'est de lui que sont issues toutes les belles races qui ont brillé dans d'autres corilrées. Beaucoup de voyageurs modernes, et notamment MM. de Chateaubriand et de Lamartine, prétendent avoir vu ces coursiers du désert et retrouvé en eux le feu, la vigueur, l'agilité merveilleuse et la brillante perfection de formes qui leur ont valu, dès les temps les plus reculés, une réputation d'incontestable supériorité. Eh bien! d*un trait de plume, le Jockey-Club vient de supprimer le cheval arabe. Dans un manifeste, publié en décembre dernier par son journal officiel , il est dit que la race arabe « est une race idéale et introuvable. »

IOH I.K JOCftEY«CLUV.

Peul-étre, pendant qn'îl est en I i-aîn. le Jockey-Club se décidera-l-il à supprimer également l' Arabie.

Le Jockey-Club, fondé spécialement pour l'amélioration des chevaux en France, ne reconnaît, n'estime et n'emploie que des chevaux anglais. Au reste, il se montre franchement anglomane sur beaucoup d'autres points, et même sur celui du langage. La langue du Jockey-Club ressemble beaucoup à l'ancienne langue anglonormande, composée moitié de français et moitié d'anglais. Kn général , tout ce qui tient à la fashion et au sport est désigné par les noms anglais. Un jeune sportsman serait presque déshonoré si. voulant parler des certificats qui attestent la libation d'un cheval, il s'avisait de dire généalogie au lieu de pedigree. Autre exemple : je suppose que vous arriviez au club d'un air désolé, et que vous racontiez qu'il vous est né un poulain ayant les jambes trop longues. tout le monde vous rit au nez. Vous croyez que c'est pour insulter à votre malheur, pas du tout ; c'est parce que vous avez omis de dire que votre poulain est legged.

Sur le terrain du turf (hippodrome), on dira : J'ai envie de parier pour tel cheval, il a des qaarters magnifiques (une belle croupe^ ou bien: J'ai mauvaise opinion de tel autre, je crois qu'il a des curbes (tares du jarret.)

Si à propos d'une affaire de courses, un membre propose telle ou telle mesure, on lui fermera la bouche par c^tte formule sacramentelle : <« Ce ne serait pas racing-like (genre de courses anglaises i.

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