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— Voulez-vous vous en défaire, mon bourgeois... allons, voyons léchez-la.
— Faites-nous-en cadeau.
— .Moi je vous en offre quinze sous, c'esl plus qu elle ne vaut.
Nos provinciaux, qui n'onl aucune idée du conunerce auquel s«r livrenl les particuliers qui les accostent, s'imaginent qu'on leur fait une proposition d'un tout autre genre. Le mari croit que c'est de sa femme qu'on lui offre de se défaire |>our quinze sous, en assurant que c'est plus qu'elle ne vaut. La femme pense que ces hommes veulent l'enlever, la séparer de son mari, auquel on dit: Liehcz-la. Tous les deux éprouvent une frayeur, une terreur qui le* rend tremblants; ils se serrent l'un contre l'autre, le mari en balbutiant :
168 LES MARCHANDS DE CONTREMAKOl ES.
— Comment!... que je vous en fasse cadeau!... que je la lâche... par exemple... c'est du joli... votre proposition est infâme!
Kt la femme s'écrie :
— Mon ami, ne les écoute pas... t'otïrir quinze sous... ce sont des misérables... et on souffre de telles choses devant un spectacle... Ah! Dieu, quel séjour dangereux que ce Paris... sauvons-nous, mon ami...
— Oui, viens ma bonne... Me demander si je veux m'en défaire... quelle horreur! Laissez-nous passer, drôles que vous êtes, ou je crie à la garde...
— Sauvons-nous, mon ami... fuyons ces lieux...
I>e mari et la femme se mettent à fuir sans oser regarder derrière eux, en se promettant bien de ne plus retourner au spectacle, parce que l'on court trop de dangers à la sortie; et de retour à leur hôtel garni, l'époux vertueux presse sa femme dans ses bras, et la considère avec attendrissement en s'écriant :
— M'en offrir quinze sous ! ce n'était pas la peine de venir à Paris pour y recevoir un tel affront!
LES (jARNIS.
Ceci ne peut jkis s'appeler un hôtel garni, car en vérité jamais (liaison n'eut moins l'apparence d'un hôtel que celle où vous voyez écrit sur le mur ou sur une espèce d'enseigne : Ici on loge en garni, ' à la nait.
Ces maisons-là ont, pour la plupart, un aspect sinistre qui n'inspire pas la confiance; de vieilles murailles noires, des fenêtres à guillotines et à petits carreaux, dont la plupart sont cassés, et raccommodés tant bien que mal avec des morceaux de papier; presque jamais de rideaux, mais des bas, de vieilles jupes qui sèchent au grand air; en bas presque toujours un marchand de vin borgne , ou mie fruitière qui vend du charbon de terre ; enfin pour entrée une allée sombre, noire, sale. Voilà ce que c'est qu'un garni (m on loge à la nuit.
Il est difficile de voir quelque chose de moins garni que les chanilu es dans lesquelles ont met les locataires ; niais les habitués de I. ±>
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ces garnis ne sont pas diflîciles : ce sont, pour la plupart, «les ouvriers qui depuis long-temps ne travaillent plus; des fainéants qui voudraient toujours Ilàner et ne rien faire; des maraudeurs, des gouapeurs, quelquefois des malheureux qui n'ont plus d'asile, mais trop souvent aussi des repris de justice et des voleurs, qui ne veulent pas rester dans la rue où ils pourraient être arrêtés , et qui vont dans les maisons chercher encore des dupes ou tacher de se faire des collègues.
Pour quatre sous , quelquefois moins , vous avez le droit de passer la nuit dans un garni. Mais vous n'avez pas une chambre pour vous seul. On vous ouvre une chambrée déjà habitée quelquefois par une dizaine d'individus, élevés, comme les Tartares, dans le mépris des chemises, et qui ne savent pas ce que c'est que de se débarbouiller.
Figurez-vous une pièce de quinze pieds carrés à peu près ; point de papier sur la muraille, ce serait un luxe inutile, et d'ailleurs cela contrarierait les locataires qui ont l'habitude de faire, avec du charbon ou un bouchon brûlé , des dessins extrêmement variés sur les murs. Pour couchette une mince paillasse placée à terre dans un coin de la chambre, ot sur laquelle est une grosse couverture de laine qui sert à garantir les dormeurs du froid et de l'humidité ; point d'oreiller, de traversin, de drap, tout cela est inconnu dans ces chambres communes; quelques tabourets de paille, un vieux poêle qui fume, une lampe qui éclaire à peine; voilà ce qui, dans la grande ville, sert souvent d'abri pendant une nuit à une quinzaine de ses habitants.
Vous trouvez de ces garnis daus les faubourgs, dans les quartiers populeux, et surtout du côté des halles. Autrefois le logeur ne devait recevoir aucun individu pendant une nuit sans que celui-ci ne lui eût montré son livret, ou du inoins quelques papiers constatant son nom et son état. Mais les logeurs dont la morale est rarement révère, cl qui, avant tout, veulent tirer parti de leur garni, admet-