LES MARCHANDS DU CONTREMARQUES
contremarques pour se défaire de sa marchandise, qui n'a plus aucune valeur quand le spectacle est terminé.
Voyez-le courir au devant des personnes qui viennent du côté du théâtre :
— Voulez-vous un orchestre, monsieur... orchestre adossé; voilà le second acte qui commence seulement... c'est une pièce qui fait fureur... préférez-vous une galerie de face... les meilleures places de toute la salle... il y a un décor entièrement neuf au dernier acte... c'est du plus fameux auteur de drame... c'est superbe! ça aura quatre cents représentations... Entrez donc... il y a de la place partout.
I6C l.LS MARCHANDS Dfc CONTRKMAHQUKS.
Il y en a qui vont jusqu'à vous mettre la contremarque dans la main, en vous disant :
— Prenez... vous me paierez en sortant!
Les inspecteurs de police ont souvent fait la guerre, la chasse aux marchands de billets et de contremarques. Il n'y a pas grand mal à ce qu'un gamin reçoive la contremarque d'un individu qui ne se soucie pas de voir la fin du spectacle, ou bien à ce qu'un petit employé qui est obligé de retourner travailler jusqu'à neuf heures et demie dans sa maison de commerce, se donne ensuite le plaisir d'entrer dans un théâtre, ce qu'il ne ferait certainement pas si alors il lui fallait payer un billet au prix du bureau .
Ce qu'il faudrait empêcher, c'est que les marchands de contremarques, les maraudeurs, les gamins, et tous ceux enfin qui se livrent à cette industrie, n'encombrassent les abords d'un théâtre, au point que souvent, pour vous faire jour à travers tout ce mondelà, vous êtes obligé de boxer.
Les Parisiens, habitués aux spectacles, savent encore se dégager facilement des marchands de contremarques, mais un étranger, un provincial ne sait ce que lui veulent tous ces hommes qui viennent fondre sur lui, s'il a le malheur de sortir dans un entracte; cela n'a rien de rassurant... toutes ces mains tendues semblent vous demander l'aumône, ou chercher à vous débarrasser de votre montre et de votre mouchoir en même temps que de votre billet.
l'n monsieur de province étant venu à Paris avec sa femme , tous deux se donnèrent bien vite \e plaisir du spectacle, c'est le premier que l'on veut goûter à Paris. Ils se rendent à un théâtre des boulevarts, alléchés par les onze actes promis sur l'affiche. Dans l'entracte nos deux époux sortent, avec l'intention d'aller se rafraîchir dans un café voisin. A peine sont-ils sur le boulevart , que des particuliers fort mal couverts les entourent, les cernent, en criant aux oreilles du monsieur qui tenait ses contremarques à sa main :