‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 32 sur 214 · I 72 LES GARNIS · texte numérisé non relu

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Et ces hommes, dont l'aspect misérable est pénible à voir, chantent, rient entre eux, et se livrent souvent à la gaîté la plus grossière, parce qu'elle s'exprime toujours en termes ignobles el obscènes.

Il faut des réduits comme cela dans une grande ville, mais il serait plus heureux qu'ils ne fussent jamais habités.

IXS MKNDIANTS.

On est parvenu a détruire la mendicité, dans la grande ville, où. naguère encore, on ne pouvait faire un pas sans être assailli par une foule «le pauvres... ou de prétendus pauvres, qui vous tendaient les mains, l'un en vous montrant sa jambe blessée, l'autre son bras en écharpe; celui-ci peignant d une voix glapissante, celui-là jouant une espèce de pantomime pour mieux vous attendrir. Car si l'art «le mendier n'est pas parvenu chez nous au même degré de perfection qu'en Kspagne, nous avions cependant quelques nfaîtres dans ce genre d'industrie.

(irace au ciel les yeux ne sont plus affligés par ces tableaux de blessures, de plaies que l'on exposait comme une marchandise sur la voie publique. ,

Il n'y a donc plus de mendiants à Paris; mais il y a toujours des malheureux.

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On n'ose plus demander; c'est défendu. Mais on vous regarde, on s'arrête devant vous et on a l'air si triste!. . . Il est impossible de m* |K>inl comprendre, et rien ne vous empêche alors de céder au mouvement d'humanité qui vous porte à secourir celui que vous jugez être dans la peine, car s'il est défendu de demander, il n'est poinl défendu de donner.

Il y a aussi de ces états qui ne sont qu'un prétexte pour recevoir l'aumône de quelqu'un, sans craindre d'être arrêté pour contravention à la loi.

Quand une pauvre femme qui tient un enfant à moitié vêtu dans ses bras, vient vous offrir un paquet de cure-dents... ou des épingles, ou même un petit bouquet tout fané... achetez bien vite...

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achetez sans hésiter... et vous avez encore le droit de donner vos sous et de ne pas prendre la marchandise.

Jadis on pouvait, avec raison, se défier de ces mendiants éclopés qui encombraient les places, les boulevarts, les promenades.

Combien de fois n'a-t-on pas vu le boiteux d'un quartier n'être que manchot dans un autre.

Celui-ci faisait l'aveugle dans le Marais, il avait un chien , un bâton, une sébille, rien ne manquait; il jouait parfaitement son rôle.

Quelque temps après, en passant dans le faubourg Saint-Germain, vous étiez accosté par un sourd qui venait droit à vous, en vous faisant comprendre par signe qu'il avait perdu l'ouïe. Vous reconnaissiez votre aveugle du Marais, et vous lui disiez :

— Vous n'êtes donc plus aveugle maintenant; qui est-ce qui vous a opéré? c'est une belle cure.

Le sourd vous répondait sur-le-champ :

— Vous vous trompez, monsieur, je n'ai jamais été aveugle.

Ne vous est-il pas encore arrivé souvent de vous arrêter sur le boulevart ou dans la rue, pour causer avec une jolie dame que vous n'aviez pas vue depuis long-temps, et dont la rencontre vous faisait firand plaisir.

Alors, quand on est tout à une conversation que l'on voudrait prolonger, un petit garçon qui a les pieds nus, la poitrine à l'air, qui porte un pantalon et une veste en lambeaux, accourt à vous et glisse sa main entre vous et la personne avec laquelle vous causez, •mi murmurant sur un ton bien pleurard :

— Mon bon monsieur, nous sommes huit enfants, notre père n'a pas d'ouvrage, nous n'avons pas de pain chez nous; un petit sou, s'il vous plait, mon bon monsieur, pour avoir du pain.

Vous tachiez de renvoyer le petit mendiant en lui répondant brusquement :

Jp n'ai pas de monnaie! l'uis vous repreniez la conversation

I 7fi I.KS MENDIANTS.

avec votre dame; niais le petit drôle <|ui mendie ne se rebute pas facilement, et vous entendiez toujours à vos oreilles :

— Un petit sou, s'il vous plaît, mon bon monsieur, pour avoir du pain.

Vous vous impatientiez d'être obsédé de la sorte, vous repoussiez le mendiant en lui disant :

— Mais veux-tu t'en aller, et nous laisser tranquilles.

Le petit garçon quittait votre droite pour passera votre gauche, où il continuait son refrain; vous étiez obligé de lui donner pour vous débarrasser de lui, et avec vos sous il allait jouer aux billes ou au bouchon.

Combien de fois aussi n'aviez-vous pas été assailli d'une façon brutal par des hommes pris de vin qui vous disaient :

— Je n'ai rien mis depuis trois jours dans mon pauvre corps. Kt lorsque vous vous éloigniez avec dégoût de ces mendiants qui

vous rappelaient le second chapitre de Cil Blas, vous les entendiez dire derrière vous : \

— Va donc, canaille!... ça vous a un habit tout neuf... ça |>orte des gants, et ça ne peut pas secourir le pauvre monde!... méchant cuistre!... ça n'a peuMtre pas deux liards à son service... Je te vas les prêter, moi, si tu veux...

Kt autres gentillesses dans le même genre. La grande ville doit se trouver lière qu'on l'ait débarrassée de cette lèpre.

Kt l'on fera tout autant de bien maintenant qu'il n'y a plus de mendiants; car, parmi les nécessiteux, les p|us à plaindre ne sont presque jamais ceux qui demandent .

LES BOI'tiES RT LES SOI BICIÊRES

A Paris, c'est ainsi que l'on désigne, non seulement un endroit malpropre, mal tenu, mais encore un lieu fréquenté par des gens sans aveu, des filous, des loupeurs, des gouapeurs, des voleurs, el toute cette écume de la capitale qui est continuellement en fermentation.

I n bouge a quelquefois ht prétention d'être un café, mais il n'en a nullement l'apparence. En passant devant une maison sale et noire, vous apercevez comme une espèce de boutique mal éclairée; à travers de petits carreaux crasseux, enfumés, cassés et rajustés avec du papier, vous n'entrevoyez aucune espèce de marchandise, et vous vous demandez ce qu'on peut vendre là dedans.

Mais si vous vous arrêtez un moment, vous verrez bientôt entrer et sortir les habitués de ce lieu. Ce sont des hommes mal vêtus et souvent à peine vêtus ; la plupart ont la ligure pale, le teint plombé, les yeux caves et le regard sinistre; quand ils rient, ce n'est pas i. 23

1 7 « i.ks mm.i s i i li s soi n i< : 1 1 h i s.

tir la gaflé que leur visa^r exprime, c'esl de l'effronterie, de la débauche, c'est le vire enfui dans toute sa laideur.

Ce qui est fort triste surtout, c'est de voir des jeunes gens, des adolescents même parmi tout ce monde-là; vous trouvez dans un bouge des enfants de quatorze à quinze ans qui , déjà entraînés par le mauvais exemple, ont abandonné le travail, l'atelier, la maison paternelle pour se livrer à cette vie de paresse, de fainéantise, de jeu et de désordre qui les conduit nécessairement au vol et au bagne.

L'intérieur de ces cafés-bouges est effrayant : le gaz n'y est point connu, et l'huile y étant très ménagée, il n'y règne qu'une lumière douteuse, et qui est encore assombrie par une épaisse fumée, calions les habitués du lieu ont la pipe, ou plutôt le brule-gueule à la bouche. A travers cette atmosphère épaisse, chaude, humide, à laquelle se mêlent les vapeurs du vin, de l'eau-de-vie, de l'ail, de Pognon, et la transpiration de ces messieurs, qui ne se débarbouillent que lorsqu'ils tombent dans le ruisseau, vous apercevez cependant des tables et un billard.

line foule d'hommes remplit ce lieu : il y en a qui sont assis près des tables, buvant du vin ou des liqueurs... (le café est inconnu dans ces cafés-là, ou du moins c'est un extra); l'un, à demi ivre, chante un couplet obscène; l'autre est déjà endormi sur la table, son voisin a roulé dessous, et on ne juge pas nécessaire de le ramasser. En voilà qui jouent aux caries... quelles cartes! on ne dislingue plus les couleurs ; ces messieurs, en se trichant entre eux, s'exercent à escroquer les pigeons qui leur tomberont sous la main.

C'est autour du billard que vous apercevez le plus de monde ; les joueurs vont faire la poule, mais auparavant les paris sont ouverts; on va tirer les numéros... alors ces hommes fouillent à leur poche, et ce qui vous étonnera, c'est de voir bientôt le tapis couvert d'argent, quelquefois même des pièces d'or y sont jetées et mises au jeu.

De l'argent dans la |M>che de cet homme dont la blouse est dé-

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