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— Cela fatigue la vue un moment, voilà tout. Oh! je vomirais l»i«*n savoir si cela est bien verni.
Quelques minutes s'écoulent, puis le daguerréotypeur vient «lin* a la jolie dame :
— iNons avons parfaitement réussi, madame, votre portrait est fort bien venu.
— Oh! quel plaisir!... où est-il, monsieur?...
— Encore quelques minutes , madame , je ne puis pas encore vous le livrer; un peu de patience.
Après un bon quart d'heure d'attente, le portrait est apporté. \ai jolie dame est très ressemblante, et pourtant elle soupire en se regardant , et murmure :
— Comme c'est triste!... Il y a quelque chose dans ces portraits qui fait deviner sur-le-champ que ce n'est pas une main de ce monde qui a fait cela... il semble que pour nous punir de surprendre ses secrets, la nature nous tue en nous les révélant.
—A mon tour, dit la dame laide; voyons si la nature me fera plus vivace.
Au moment où cette dame va entrer dans la chambre de toile, le couple de la banlieue se montre encore à la porte d'entrée de la salle, et la femme se met à crier :
— Monsieur le marchand de ligures, nous mettrons vingt-quatre sous de plus... ca va-t-il?
Pour toute réponse le daguerréotypeur entre dans la chambre de toile.
I<a dame laide essaie une infinité de poses, elle ne sait à laquelle s arreter; à chaque instant le monsieur lui dit :
— Y étes-vous, madame ?
— Oh! monsieur... attendez... pas encore... Comme cela suis-je bien?...
— Vous serez toujours bien, madame, si vous ne bougez pas.
— Vous êtes bien honnête, monsieur; mais permettez .. encore
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faut-il prendre une pose gracieuse. . . agréable. . . Tenez, comme ceci. . . Ah! non, j'aime mieux ainsi... non, j'étais mieux avant... où faillit regarder, monsieur?
— A ce petit point* madame?
— Fort bien... "je puis lui sourire.
— Vous en avez le droit, madame. Mais alors il faudra conserver le même sourire pendant cinquante secondes!
— Oh! monsieur, j'en ai conservé quelquefois des soirées entières. Je souris si facilement... au spectacle je ne fais pas autre chose.
— Alors, madame, quand VOUS voudrez...
— J'y suis, monsieur. — Nous commençons.
L'opération se fait : le monsieur, qui regarde constamment sa montre, ne voit pas que cette dame essaie à chaque instant un autre sourire, afin de donner à sa ligure une expression plus gracieuse.
La séance est terminée, la dame va rejoindre sa compagnie en disant :
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— J'ai dans l'idée que je serai bien saisie.
Au bout de quelques minutes le daguerréotypeur vient, et dit :
— Manqué, madame; tout à fait manqué... Veuillez venir, nous aUoos recommencer.
— Ob! c'est bien étonnant... Comment, je ne suis pas bien venue. Il faut que le jour ait des caprices.
Celte dame va se placer de nouveau dans la petite tente. Ce sont encore les mêmes incertitudes pour adopter une pose et un sourire : tantôt cette dame veut avoir l'air mutin, tantôt tendre, tantôt mélancolique, et lorsqu'enlin elle parait décidée à quelque cbose et que l'opération est en train, le monsieur qui l'exécute s'aperçoit, en jetant les yeux sur la dame, qu'elle se fait un autre visage. Il s'écrie :
— Vous remuez, madame! Vous changez d'expression, cela manquera encore...
—Vous croyez, monsieur? Je vous assure je n'ai presque pas sourcillé... un petit mouvement gracieux dans la téte que j'ai voulu ajouter.
— On n'ajoute rien ici, madame, et je crains bien que nous ii ayons encore fait de mauvaise besogne.
La dame va retrouver son monde. On attend avec impatience l'arrêt que le daguerréotypeur doit prononcer. L'industriel revient, et dit encore :
— .Manqué , madame, j'en étais sur ; vous remuez , vous pincez votre bouche, vous la rouvrez... vous faites voir vos dents; il est impossible d'obtenir son portrait par ce procédé, si l'on ne conserve pas une immobilité complète. Tenez, voyez plutôt vous-même.
La dame regarde une plaque où plusieurs figures se contrarient «t ne permettent pas d'en retrouver aucune. Elle s'écrie :
— M avait cependant un peu de mon sourire... un peu de mon menton... un peu de mon nez...
— Oui, dit M. Mouillé, par exemple tout cela est double
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triple... Il y a des gens qui ont trois mentons... mais je n'en ai jamais vu avec trois nez.
— Allons, monsieur, puisque vous croyez que c'est ma faute, recommençons; cette fois je vous promets que je serai une statue.
La dame retourne poser pour la troisième fois. Et comme elle veut cependant obtenir son image, elle se décide à rester tranquille et à ne pas remuer pendant que le travail se fait.
La séance terminée, on brûle d'impatience de savoir si celte fois on a été plus heureux. Enfin le daguerréotypeur revient, et s'écrie d'un air satisfait :
— Kéussi parfaitement, madame. Oh! cette fois on voit bien que vous n'avez pas remué, votre portrait est fort bien venu.
— Oh! vous m'enchantez, monsieur, vovons-le...
— Dans quelques instants, madame, veuillez bien attendre un peu...
Iaî temps semble extrêmement long a une dame qui désire voir son image par le dague rréoty|>e, surtout lorsqu'on lui annonce qu'il fst très bien venu.
Knlin la plaque si désirée est apportée , tout le monde se presse pour la regarder. .M. Mouillé, qui la voit le premier, s'écrie:
— Oh! c'est d'une exactitude extraordinaire!
La jolie dame en dit autant; l'original veut se voir aussi. La dame n'a pas plus tôt jeté les yeux sur son portrait, qu'elle pousse un cri d'horreur en disant :
— Ah! monsieur, qu'est-ce que vous me présentez là.... Il est manqué, monsieur!... Oh! par exemple, c'est cette fois qu'il est totalement manqué.
Mai» non, madame, je vous certifie qu'il est fort bien venu. — Je ne sais pas si «'est bien venu, monsieur, mais je sais que vous me montre/, là une horreur... et que vous ne nie ferez pus noire que c'est là mon portrait; il est manqué, il faut me recommencer.
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— C'est inutile, car on ne vous fera jamais mieux que cria. Vous éles un malhonnête, monsieur, et je no prendrai pas ce portrait-là.
Ki cette dame, qui est natufelletnent laide, qui eo voit plus laide encore par l'expression triste du daguerréotype, veut absolument que son portrait soit manqué, et s'en va sans vouloir le prendre.
Après elle, vient un monsieur qui a un tic, qui tourne continuellement le coin de sa bouche , et malgré cela voudrait être daguerréotype; puis un autre qui cligne de l'œil.; puis une vieille daine •I ii ■ branle continuellement la lote. El tous ces gens-là ne veulent
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pas comprendre qu'ils ne pourront jamais avoir leur image par ce procédé.
VA remarquez la plupart des personnes qui emportent leur |>ortrai( qu'on vient défaire ainsi; elles n'ont pas l'air satisfait; pourquoi?... c'est que le daguerréotype ne flatte pas, et qu'on a bien «le la |>eine à se contenter de la vérité.
Li;S MOHKS.
A quoi bon parler de la mode dans une ville où cette déesse est si inconstante; la mode d'hier est passée aujourd'hui, celle d'aujourd'hui n'existera plus demain.
A Paris, les personnes qui suivent exactement les modes sont extrêmement occupées ; elles n'ont pas un moment de la journée à perdre: toilette du lever, toilette du matin, toilette de la journée, toilette du soir, toilette de concert ou de liai*. . . Et ce n'est pas tout encore!... il faut avoir un appartement à la mode, des meubles à la mode, une livrée à la mode, un équipage, des chevaux, des harnais à la mode!... Kt la mode change à chaque instant... c'est un métier de galères.
Os personnes pour qui la mode est tout sont excessivement malheureuses, quand il leur manque quelque chose de ce qui vient d'être adopté par elle. <> nœud de cravate n'est plus bon genre; on ne boutonne plus son habit aussi haut ; ce chapeau n'a pas la forme
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nouvelle; cette couleur est de mauvais goût ; cette canne est arriérée. Si vous avez eu le malheur de sortir sans savoir tout cela, vous êtes un homme perdu dans l'esprit de vos connaissances... Sauvez-vous, cachez-vous hien vite avant que l'on vous voie ! vous seriez déshonoré.
Mais heureusement pour les Parisiens, ils ne sont pas tous esclaves de la mode. Les hommes de talent s'en occupent fort peu, car ils
ont autre chose à penser; quelques philosophes austères ou cyniques affectent pour elle un mépris qui va trop loin quelquefois. Est matin* in rebus.
Voici ce qui arriva dernièrement à Paris à une dame |M>ur qui la mode était tout. Celte dame avait quarante ans; elle n'était pas jolie, mais elle portait souvent des choses qui l'enlaidissaient encore.
— C'est la mode! tel était son refrain favori; elle ne sortait pas de là, et ajoutait : On ne peut jamais être mal quand on est à la mode.
— Mais, lui disait-on, si la mode est ridicule?
— Elle ne peut pas l'être.
— Si elle vous va mal?
— Ça m'est égal.
— Si elle vous obligeait à montrer" votre gorge... que vous n'avez pas?
— Je la montrerais.
— A vous retrousser jusqu'au genou?
— Je me retrousserais.
— A faire voir votre!... jarretière?
— Je ferais voir tout cela... du moment que ce serait la mode, je le ferais voir.
\jt mari de cette dame, qui ne partageait nullement l'opinion de sa femme, eut un jour l'idée de composer un petit dessin qu'il substitua dans le Journal des Modes à la gravure qui s'y trouvait. Sur le dessin du mari, une dame était coiffée en cheveux avec une énorme