‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 60 sur 214 · I.KS DÉBITS DK CO>SOLATIONS. 'M I · texte numérisé non relu

I.KS DÉBITS DK CO>SOLATIONS. 'M I

mais il me semble que voire femme ne mérite pas d'être battue pour avoir acheté des chemises et des bas à son petit.

— Laissez donc!... c'est du liisque tout ça!... Est-ce qu'un enfant qui a une blouse en toile a encore besoin d'une chemise?... Est-ce qu'on ne peut pas se passer de bas?... J'en porte pas, moi... et j'ai des molets tout de même. Elle a fait ça P*>«r me contrarier, pas autre chose... Je viens de l'apprendre du petit, pendant qu'elle était sortie... A cYheure en rentrant je vas la corriger... c'est mon devoir. À vot' santé, grognard; à la tienne, l'ancien... l ue, deux... serrez les rangs!... Via comme ça se joue. Au revoir les amis.

I, 'individu en veste est parti. Le petit homme qui a un balai à sa main est propriétaire (l'une méchante l>outique de bric-à-brac qui est à quelques pas, et qu'il laisse sous la garde d'une petite fille de liuit à neuf ans. Il sort dès le malin avec son balai, sous prétexte de balayer le devant de sa porte, mais il pousse jusqu'au débit de consolations, où il passe souvent une partie de la journée, tout en «lisant à chaque instant :

« Je vas aller balayer le devant de ma porte. » Ce qu'il ne fait pas une fois dans le mois.

— Je trouve qu'il a tort de vouloir battre sa femme, dit le vétéran au vieux marchand de bric-à-brac.

— Bah ! bah! répond le petit homme en secouant la tète d'un air goguenard, si c'est son idée!... qu'il se satisfasse. Faut jamais s'entremêler dans les querelles déménage... entre l'arbre et l'écorce... vous savez le proverbe... Vétéran, est-il bon le kirch, ici?

— 11 est chenu! c'est de la Forêt-Noire toute pure.

— Ah!... alors... je... j'en prendrai un de ces jours.

Le vétéran, qui croyait que le petit homme allait lui en offrir, quitte la boutique après avoir allumé sa pipe, en se disant :

— S'il attend que je lui en paie... il aura le temps d'aller balayer.

Bientôt arrive des commissionnaires qui sont en train de faire ni

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déménagement ; ils prennent à la hate un pel il verre et se remettent en route. I*uis ce sont îles portefaix, des ouvriers, des hommes de peine, des charretiers, des rouliers, des domestiques du voisinage. I monde se succède sans interruption.

Une vieille femme de ménage vient prendre son petit verre de cassis ; elle mange avec cela une livre de pain, et dit :

— Ça me soutient jusqu'au dîner... Il est vrai que je soupe ensuite : mais je ne suis pas du tout sur ma bouche.

I ne grande et grosse femme, en honnet rond, en tablier, qui a le teint très coloré, la tournure équivoque, el dont le regard ferait presque rougir un grenadier, enlre dans la boutique, où elle avale coup sur coup trois |>etits verres d'anisette, après quoi elle s'écrie :

— Décidément, c'est trop doux; ça m'ccœurc, l'anisette... Je vas revenir au dur... Donnez-moi du fil en quatre, cher ami?

On sert de l'eau-de-vie à la grosse femme, qui l'avale sans soureiller, el dit :

— t'.'esl singulier, ça ne me désaltère pas du loitt ! tl'esl potirtalll

t.V.S DKHIl'S l»K I OISSOUTIOXS. 2«3

mou onzième |M*lîl verre d'aujourd'hui... et il n'est pas (rois heures!... Ali! mes enfants, ee que c'est que de nous pourtant; et dire qu'après ça il faut moifrir un jour!... Donne-m'en encore un petit verre, va!... J'aime autant avoir tout de suite ma douzaine sur l'estomac.

Le particulier du matin revient dans le milieu de la journée ; il est toujours de mauvaise humeur : il a un reil poché. Il retrouve le vieux tenant son balai ; celui-ci lui dit :

— Kst-ce que tu n'as pas Inittii la femme?

— Si fait!... (/est-à-dire, au moment où j'allais la corriger, elle m a attrape l'œil avec son jkmii^ . . . Mais je la repincerai... vu que depuis fi rc matin j'ai découvert d'autres horreurs à son sujet!

— Ah! bah! Et de quoi?

— I ne redingote en Klheuf pour les dimanches, que je n'avais que depuis dix ans et qu'elle a mise vu pion le mois dernier, sous prétexte de payer un à-compte sur le terme au propriétaire. Des l»ètises, quoi!... Kst-ce qu'on doit s'inquiéter des propilliétaires? Kst-ce que ces gens-là sont pas assez riches, pisqu'ils ont des maisons?

— Mais s'il l'avait mis à la porte en gardant tes meubles...

— Mes meubles! Ah ouiche! c'est du propre... Et puis, d'ailleurs, est-ce qu'il aurait osé le faire?... J'ai encore appris ca par le petit... Mais je vas rentrer tout à l'heure chez moi pour rebattre mon épouse... parce que j'entends pas un désordre comme ça dans ma maison, (iarcon, deux petits verres... delà vieille... Tout de *"ite, je suis pressé.

— Eh ben, une minute! 11 attendra ben qu'on nous serve celuilà, dit un homme en blouse, qui vient d'entrer avec d'autres individus qui ont l'air de s'être déjà mis en ribote chez le marchand de vin et qui viennent s'achever chez le marchand de liqueurs.

— Nous voulons être servis d'abord, nous autres... Si e t individu est presse, nous allons lui donner son compte.

264 Lks Mfcftm be consolations.

— Eh heu! de quoi? répond l'homme en veste; est-ce <|iie tu m'apprendra à parler, mauvais faignant... Ne le prends «loin-pas *j haut, ou je rabattrai ton bec.

— Toi!... viens doue un peu que je te ealeî vieux pochirdJ sVcrie l'homme en blouse en se retroussant et se mettant dans la |m>silion voulue [tour tirer la savate. Avance donc!... si t'as |ws rien que du raisiné dans les veines... .Mais tu cannes déjà!...

— Je canne!... Attrape ça pour boire.

Aussitôt les coups de poings, les coups de pieds sont donnés, reçus, rendus avec une vigueur, une vivacité que les témoins semblent admirer ; car, au lieu de séparer les combattants, ils les laissent se battre (ont à leur aise; el le vieux marchand de hrie-à-hrae.

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