I.KS UKBITS I1K CONSOLATIONS
lu léte appuyée sur ses mains qui reposent sur son balai, a l'air de prendre beaucoup de plaisir à ce spectacle.
Mais le débitant de consolations, qui craint que les combattants ne brisent quelques bouteilles, quelques cruchons, est allé chercher la lîarde pour les faire mettre hors de sa boutique. Quelques soldats arrivent enfin avec un caporal et séparent les combattante, qui vont dans la rue achever de se meurtrir le visage et de déchirer leurs vêtements.
Os petites scènes, très fréquentes dans un débit de consolations, sont bien vite oubliées, et remplacées par d'autre9.
C'est une femme qui vient chercher son mari qui est complètement ivre, et auquel elle reproche de n'avoir quitté le vin que j>our se jeter dans l'eau-de-vie.
(/est un paysan des environs de Paris qui a perdu un paquet de bardes, sa bourse et sa montre en admirant les curiosités de la ville, et qui entre chez tous les débitants de liqueurs et tous les marchands 'le vin s'informer si on n'a pas trouvé ou rapporté ce qu'il a perdu.
C'est un ami qui en régale un autre. Le premier paie une tournée, le second une autre tournée ; le premier offre une troisième lournée qui est acceptée, et à laquelle on ré|>ond par une quatrième tournée. A force de s'offrir et de se rendre des tournées, ces messieurs sont bientôt incapables de se tenir sur leurs jambes. On les met dehors, parce qu'ils se coucheraient dans la boutique et que «ela générait la circulation.
U nuit est venue, et le nombre de consommateurs ne diminue |»s; mais on. en voit alors de nouveaux : ce sont des hommes à figures suspectes, hétéroclites, dont toute la défroque ne paierait |x>int le petit verre qu'ils consomment, et qui pourtant sortent quelquefois des poignées d'argent de leur poche. Ces individus, qui ont sans doute leur raison pour ne se montrer que la nuit, arrivent fort tard au débit de consolations; s'ils sont seuls, ils ne tardent nas à être rejoints par des camarades. Ils parlent argot ; ils exainii U
2(i(i i.ks HKiiiTS m: consolidons.
nrnt d'un M il farouche les personnes qm entrent dans la Immh t<|tn'. et ils disparaissent quand ils a|icrfoivcnl nue patrouille ou un servent de ville.
C'est aussi la nuit que se montrent les chiffonniers ; ees industriels au |>etit croc entrent au débit de consolations se reposer «les fatigues de la journée et se préparer à eelles de la nuit.
Knsuite ce sont les conducteurs de ees voitures qui ne travaillent pas dans le jour ; gens fort utiles, sans doute, dont {tourtant ou redoute toujours la rencontre, ainsi que celle de leur équipage. Mais les habitués de nuit des débits de consolations se montrent beaucoup moins délicats : ils boivent l'eau-de-vie et trinquent avec messieurs les employés aux inodores.
Le petit vieux marchand de bric-à-brac est encore revenu le soir avec son balai chez le débitant de liqueurs, et son ami en veste de toile, qui s'est si bien battu dans la journée avec un particulier en blouse, y arrive aussi dans la soirée avec son œil poché et ayant de plus le nez tout meurtri.
— Tev'là! vieux' dit le petit homme. Kh ben! as-tu été vainqueur ri ce malin... Tu te battais ferme avec cet animal qui t'a insulté!... Ça allait joliment. C'était un plaisir (h- vous regarder... Pif! paf! une taloche n'attendait pas l'autre!
— Oui, nous nous sommes caressés un brin!... 4e lui ai cassé six dents d'un coup... alors il en a eu assez. Holà!.. . chose!... deux petits verres... j'ai bien besoin de consolations!... J'ai voulu recorriger mon épouse... elle m'a déchiré un |>eu le nez .. Mais, patience; je la retrouverai ce soir... A ta santé... Deux autres petits verres !
— Vous ferez la paix ce soir.
— Ki donc, la paix! jamais la paix!... Je veux mettre mon ménage sur un lion pied... est-ce que tu me désapprouves?...
— Je ne dis pas ça...
— Ceux qui me désapprouvent ne sont pas des amis!... Kt je les
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rosserai reux-la. . comme I»' criquet de tantôt... Ynix-lii <|in- jt* le rosse, toi... Veux-tu nous battre... hein?
Kn achevant ces mots, le |»atiictilier, dont les veux se son! animés, et auquel le vin a troublé la raison, se précipite sur son intime ami, le saisit par le eou, et le secouant comme un prunier charge île fruits, s'apprête déjà à lui donner des coups ; ce if esl pas sans |>eine <|ue l'homme au balai )>ar vient à se débarrasser des mains qui l'ctreignent, en criant d'une voix clievrolanle :
— A propos de quoi, que tu me secoues comme ça, puisque je !♦* dis que tu as raison de liait re ta femme?
A la bonne heure... tu es un ami alors... Kmbrasse-inoi. Les amis sont les amis... je ne sors pas de là... Oh! l'amitié... Tiens... embrassons-nous encore !
Kt l'ivrogne se jetle de nouveau sur le petit vieux ; celle fois il le saisit par le collet de sa redingote; il l'embrasse à plusieurs re- |hïscs, en le secouant de nouveau de toute sa force; l'ami, qui se lasse d'être traité comme un battant de cloche , et veut mettre lin a ces témoignages d'amitié, se recule au moment où son PyUulc va de nouveau lui donner l'accolade, mais, dans ce mouvement, les deux coins du collet de sa redingote se déchirent, et restent dans les mains de son ami , qui les regarde avec attendrissement , en balbutiant :
— Je le ferai faire demain deux reprises perdues par le carreleur de souliers... ça ne se verra pas du tout.
Après avoir consommé plusieurs petits verres, les deux amis sortent en chancelant vers minuit du débit de consolations. Le petit vieux rentre chez lui avec son balai. L'autre retourne à son logis, oîi il est beaucoup moins méchant qu'il ne cherche à le paraître, «•I lorsqu'il veut s'approcher de sa femme en la menaçant, celle-ci d'un coup de pied l'envoie dans un coin de la chambre, où il passe le reste de la nuit sans bouger.
Le débit de consolations reste ouvrit une grandi- partir de la