‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 78 sur 214 · I.KS CHISKI TKS Al SI'KCTACLK · texte numérisé non relu

I.KS CHISKI TKS Al SI'KCTACLK

bien permis de chercher les positions qui délassent lorsqu'on entre flans une salle de spectaele à einq heures |>our y rester quelquefois jusqu'à minuit passé.

Mais la grisette va rarement seule au spectacle ; il faut avoir avec soi une amie pour lui communiquer les émotions que l'on éprouve, |M>iir causer de la pièce, des acteurs, des actrices; s'il fallait être toute une soirée sans causer, le plaisir ne serait pas complet; aussi ces demoiselles vont-elles presque toujours en compagnie; elles se rendent souvent à un théâtre par bande de quatre, cinq et six, et quelquefois davantage. Elles franchissent les escaliers avec une rapidité effrayante; vous les entendez avant de les voir. Klles arrivent ;i la seconde galerie; pendant que l'une d'elles donne les billets a l'ouvreuse, les autres sont déjà entrées, et franchissent les banquettes en s'éerianl :

Tiens, mettons-nous là.... — .Non, non, I>édelle, là-bas plutôt, nous serons mieux. — Ah! mesdemoiselles, pourquoi donc ne pas nous mettre en face, il y a de la place. — Non, le lustre géne, il vaut mieux être de coté. — Ah! cette bêtise, n'est-ce pas, l-ouise, que le lustre ne gêne pas. — Je vous dis que nous serons bien ici.

Enfin ces demoiselles se sont placées de coté sur le devant, mais bientôt la galerie se remplit, il vient du monde derrière les grisetles, puis encore d'autres personnes sur le troisième banc. Et pour voir, quand on est sur le crtté et que l'on n'est pas sur les premiers rangs, il est rare que l'on ne soit pas obligé de se pencher en avant.

Aux troisièmes galeries et au paradis on a l'habitude de mettre «nie espèce de rampe en fer qui permet aux personnes placées au second rang de s'appuyer en se tenant debout et sans gêner le premier banc : par exemple, les derniers venus qui occupent le troisième rang ne se gênent pas jMMir s'appuyer sur les personnes qui se reposent sur la rampe, ("est un coup d'œil curieux que de voir tout ce monde groupé, entassé, ramassé; des têtes sortent de dessous un bras, d'autres se faufilent entre les jambes, el on éprouve

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un sentiment d'effroi en songeant que si la rampe de fer venait à se briser, tous ces gens-là dégringoleraient dans le parterre.

Mais à la seconde galerie, comme il n'y a pas de rampe, les personnes qui sont de ev\té, sur le derrière, se lèvent ou se penchent en avant, et les grisettes sont presque sans cesse en querelles avec leurs voisins.

— Monsieur, vous me gênez; vous vous appuyez sur mon dos... ne vous avancez donc pas comme ça.

— Mais, mademoiselle, je ne vois pas.

— Qu'est-ce que ça me fait à moi....

— Je n'ai pas payé pour ne rien voir.

— 11 fallait faire comme nous, venir plus lot pour être devant!...

— Dites donc, madame, avez-vous fini de vous mettre sur moi?., que vous m'étouffez, sans compter que vous chiffonnez tout mon bonnet!..

— Eh! mon Dieu! vous faites bien de l'embarras avec votre bonnet de quinze sous!...

—Ah! dis donc, Virginie, entends-tu cette madame Kagotiiï, qui dit que j'ai un bonnet de quinze sous!

— Ça lui va bien, avec son vieux chapeau vert gras... la |>asse a été faite avec quelque éventail... et cette fourrure au collet de sa robe... Ah! ah! la queue de notre chat qu'elle a subtilisée.

— Sont-elles insolentes ces chipies-là?... Mesdemoiselles, si vous ne vous taisez pas, je vais aller chercher le commissaire.

— Eh bien! allez-y donc... nous verrons si vous avez le droit d«vous pencher comme cela sur nous.

— Dis donc, Georgina, et ce vieux monsieur qui est debout derrière moi, et qui me pleure sur la lête, comme c'est amusant.

— Il n'a donc pas de mouchoir ce vieux-là!...

— Il y a des gens bien embêtant au spectacle!... D'autant plus «pie je crois qu'il pleure avec son nez... Je demande à changer «le place.

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