‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 77 sur 214 · LES ARTISTES · texte numérisé non relu

LES ARTISTES

tabac. Ici on déclame, là on dessine, pins loin on danse, on fail des armes, on tire le bâton ou la savate, on raconte des charges, on en trouve de nouvelles ; partout enfui de la folie, de la joie, des calembourgs, des pointes, des bêtises, de l'esprit, et toujours la plus franche liberté.

Voilà l'intérieur du véritable artiste à Paris, car il est ordinairement chez lui comme dans son atelier.

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LES f.RISETTKS M SPrCTAtlK

grisettes de Paris adorent le s|iectacle et les acteurs : elles ont aussi un doux penchant pour les auteurs, parce qu'ils font des nièces, qu'ils vont sur les théâtres, et enfin qu'ils sont ce qu'elles appellent de la boutique (la l>outique pour ces demoiselles signilic le théâtre), et elles aiment tellement la boutique, que tout ce qui en upproche, y tient, y touche, a des droits à leur affection.

Pour ces demoiselles un acteur est un dieu, un auteur un demidieu, un danseur un quart de dieu; ensuite les décorateurs, musiciens, machinistes, contrôleurs, lampistes, habilleurs, allumeurs, souffleurs et pompiers attachés au théâtre ont aussi leur petite |Ktrtion de divinité.

Avec un billet de spectacle, â Paris, on est vite dans les bonnes grâces d'une grisetle, surtout si c'est un billet qui ne paie point de droit ; mais les acteurs n'ont pas besoin de donner des billets pour faire la conquête de ces demoiselles : du moment que l'on

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monte sur 1rs planches, que I ou *li»s rôles, que l'on s»* costume, «pic l'on f si i i les amoureux, les traîtres, les soigneurs, les bergers ou les Mimiques, le cœur d'une grisetio vole au (levant de l'heureux mortel qu'elle a vu un joui- on Kspagnol, une autre fois eu Turc, eu elievalier ou en Polonais; car en prenant un acteur pour amant, clic se ligure Être aussi la maîtresse d'un Polonais, d'un Turc OU d'un Espagnol... Kt c'est si gentil d'aimer une personne qui n'est pas toujours la même!... De ce coté-la nous pensons un peu comme les grisettes : /« rnrtrtatt rolnptas.

A la promenade, dans la nie, sur les boulevarts, en quelque endroit enfin que se trouve une grisette, si un acteur passe près d'elle, sa figure s'anime, ses yeux brillent et deviennent très agaçants; si elle est seule, elle ralentira sa marche et se retournera plusieurs

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fois pour regarder l'artiste, et lui faire comprendre qu'elle l'a reconnu; si elle est avec une amie, elle lui donnera un grand coup de coude dans les côtes, en disant de manière à être entendue de l'acteur :

— 'liens! voilà ce monsieur qui joue si bien.... dans le dernier drame que nous avons vu au théâtre de la Gailc... où nous avons tant pleuré.... il faisait le comique.... il était en vieux.... et il est tout jeune... oh! que c'est drôle... comme il se grime bien.

— Mais ce n'est peut-être pas lui, ma chère, répond l'amie en lâchant de donner du velouté à sa voix.

— Oh! que si... oh! j'en suis sûre... je le reconnais bien... il a un pied de femme, ça m'a sauté aux yeux.

L'acteur auquel tout cela s'adresse ne peut s' empêcher de sourire : si les grisettes sont jolies, il leur adresse quelquefois la parole; celles-ci sont enchantées et fières de causer avec un acteur; la connaissance sera bientôt faite.

En général les grisettes affectionnent le drame, les pièces où il y a de fortes émotions à éprouver. Et puis à V Ambigu t à la Gaîtè, aux Folies- Dramatiques, au Cirque, les femmes sont admises au jwrterre, et la grisette voltige du parterre à la seconde galerie; il en est quelques unes qui montent à la troisième galerie, mais ce sont les grisettes du dernier ordre, ou plutôt ce sont de fausses grisettes, de malheureuses ouvrières coiffées d'un fichu, qui ne comprennent pas toute la portée d'un mélodrame, et qui se mettent à casser des noix au moment le plus épineux de la pièce. Quant à l'amphithéâtre ou paradis, les grisettes qui se respectent n'y vont jamais ; elles abandonnent cette place aux gamins, aux marchandes de marrons, aux vendeurs de contremarques, aux parents des figurantes, aux gardes municipaux et aux employés aux trognons de l>ommes ; ceux-ci sont bien obligés par leurs fonctions de se tenir au dernier amphithéâtre pour surveiller le public de l'endroit, dont un des principaux amusements est de lancer sur le parterre on dans

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les loges des coquilles de noix , des noyaux de cerise dans la saison, mais surtout des trognons de pomme, car il parait que ce fruit doit toujours donner de mauvaises pensées aux habitants du paradis.

La grisette qui va au spectacle ne dîne pas, ou dîne à la hâte: l«- plaisir qu'elle éprouve lui ote l'appétit, et d'ailleurs elle sait bien qu'elle se dédommagera pendant les entr'actes.

Klle arrive de bonne heure, elle veut tout voir, et puis elle veui être bien placée : si elle va à la seconde galerie, elle veut être sur le premier rang. Si elle choisit le parterre, elle tachera de se placer tout contre l'orchestre; d'abord parce que là elle pouf m voir les acteurs de plus près, ensuite pan e qu'on peut s'appuyer sur la séparation, ce qui est très commode et délasse un peu. fi il est

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