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— Ah! moi j'ai déterré un petit pâtissier qui en donne de bien plus grosses parts que les autres pour deux sous. Je vous y mènerai.
Et dès qu'un acte est fini, ces demoiselles se lèvent, montent sur les banquettes, s'appuient sur toutes les épaules qui se trouvent sur leur passage, et sortent pour aller se rafraîchir et acheter des provisions.
Elles reviennent quelquefois lorsque la pièce est déjà commencée: alors elles se poussent, elles se pressent, elles se font jour a travers les spectateurs. Peu leur importe de marcher sur des pieds, des souliers, de déranger le monde, il faut qu'elles regagnent leur place; elles y arrivent enfin avec leur morceau de flan ou de galette enveloppé dans du papier et qu'elles tiennent à leur main. Elles s'asseyent, elles écoutent et mangent; lorsque la pièce a des situations attendrissantes, une des grisettes dit à une autre :
— Préte-moi donc ton mouchoir... j'ai de la frangipane dans le mien. — Je veux bien, mais ne te mouches pas dans les coins au moins.. — Qu'elle est béte... c'est pour pleurer... d'ailleurs je ne prends pas de tabac, moi.
Et l'acte fini, vous croyez que ces demoiselles vont se tenir tranquilles à leur place; non vraiment, elles sortent encore; elles sortent à chaque entracte; après avoir bu, elles ont besoin d'autres choses, et elles ne sont pas filles à se gêner.
I^\s grisettes qui vont se placer au parterre ont en général plus de tenue ; elles veulent même quelquefois singer les femmes comme il faut. Elles tachent de se mettre tout contre l'orchestre, parce que c'est mieux composé que dans le centre et aux entrées du parterre; puis de loin, comme ou ne voit pas bien la séparation, on peut croire qu'elles sont à l'orchestre. Dans les entractes, comme elles sortent beaucoup moins souvent qu'aux secondes galeries , elles ont sans cesse les yeux attachés sur les entrées de l'orchestre, parce que c'est là que paraissent les acteurs, les auteurs, les journalistes; lorsque tous ces personnages qui tiennent au théâtre
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viennent faire un tour dans lu salle, ils ne s'asseyent jamais, mais perchent quelques minutes sur les marches de l'entrée, avancent la téte, regardent sur la scène, jettent un coup d'œil dans les loges, aux galeries, à l'orchestre; échangent quelques saints avee des connaissances, et disparaissent aussi suintement qu'ils sont entrés; ce sont des oiseaux de passage qu'il faut saisir au vol, aussi les «risettes les guettent constamment, et sont toujours les premières a les apercevoir.
Quand un acteur paraît à l'entrée de l'orchestre, la grisette qui a sans cesse un œil sur la scène et l'autre de ce côté, l'aperçoit sur-le-champ, et cela lui cause de grandes distractions : elle joue de la prunelle, de manière que si l'acteur jette les yeux de sou côté, il est impossible qu'il ne rencontre pas les siens, puis elle dit à son amie :
— Tiens, voilà X à l'entrée de l'orchestre à gauche... liens ,
il se penche... il a une redingote noisette à la propriétaire...