‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 86 sur 214 · I.K H AL DE L Ot'ÉKA. Mit · texte numérisé non relu

I.K H AL DE L Ot'ÉKA. Mit

des arts... mais vous ne cessez pas de regarder; le temps passe avec une rapidité effrayante pendant que vous contemplez ce malheureux cancan, et un quadrille n'est pas plus tôt terminé que vous avez hâte d'en voir recommencer un autre.

Faut-il donc en convenir?., c'est que le cancan est une danse fort piquante, fort attrayante et infiniment plus amusante que notre antique, glaciale, sérieuse et monotone contredanse d'autrefois.

Mais entendons-nous , nous parlons du cancan exécuté gracieusement , avec des gambades , des charges plus ou moins drôles , et non pas de ces danses lascives, indécentes, quelquefois même ignobles, auxquelles des hommes et des femmes ne craignent pas de se livrer en public; au lieu d'amuser, une telle danse révolte les spectateurs. Malheureusement dans cette cohue plus ou moins déguisée qui s'escrime dans cette salle, électrisée par les accords de l'orchestre, il y a beaucoup trop de gens qui croient être drôles en étant dégoûtants, et qui, ne sachant pas danser le cancan avec esprit et avec grâce , se figurent avoir du mérite en vous faisant baisser les yeux.

Arrêtez-vous devant un quadrille que l'on peut regarder sans rougir : voyez cette femme en débardeur figurant devant une petite vivandière; elles rivalisent de mouvements gracieux, de petites poses comiques , ceci est le cancan que l'on a du plaisir à regarder; et lorsque à cette grâce, à cette légèreté ce débardeur femelle joiut de beaux yeux, une figure . mutine ; si cette vivandière a la taille bien prise, le pied mignon, la jambe fine, résistez donc à tout cela lorsqu'un orchestre enivrant vous anime, lorsque la danse vous échauffe, que vous pouvez tutoyer toutes ces jolies feminent qui sautilles autour de vous; lorsque dans tous les yeux, sur tons les visages, vous voyez briller la joie, le plaisir, la gaité, la volupté ! et que vous songez aux intrigues qui se nouent , se forinenl, se dénouent dans cette enceinte, aux rendez-vous, aux sou- |M»rs qui en seront la suite.

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Prenez garde, cependant, ô vous que le charme du cancan a cloué devant ce quadrille, et qui ne pouvez vous lasser d'admirer les mouvements gracieux d'une femme couverte d'un joli domino rose, la danse est bien trompeuse aussi quelquefois!... nous avons vu des personnes fort laides et qui dansaient avec une légèreté, une vivacité, une grâce ravissantes.

Mais vous n'y résistez pas: le quadrille à peine lini, vous vous approchez du domino dont la danse vous a séduit , vous lui adressez des compliments sur la manière dont elle exécute le cancan, et vous faites sur-le-champ une déclaration d'amour : au bal de l'Opéra on va très vite en besogne, on sait que l'on n'a que jusqu'au jour pour nouer des intrigues et l'on veut en profiter.

Le domino auquel vous dites une foule de chose plus ou moins spirituelle, vous examine avec attention. Si vous êtes jeune, joli garçon, si vous avez la tenue d'un lion ou d'un étranger riche, il est très probable qu'on vous écoutera et que l'on acceptera même assez vite votre bras.

Le dialogue ordinaire s'établit entre vous, à quelques mots près.

— Tu dois être charmante.

— Ah ! tu crois !

— J'en suis sùr.

— A quoi juges-tu cela?

— A ta tournure , à ton joli menton. . . à tes yeux , à ta voix.

— Tu pourrais te tromper : il ne faut pas se lier aux apparences.

— Oh ! quand on danse aussi bien que toi, il est impossible qu'on ne soit pas jolie.

— Tu es fou!

— Démasque-toi, je t'en supplie.

— Oh non... je ne veux pas... quoique... je ne craigne cependant pas d'être vue.

— Tu ne le crains pas! je le crois bien ! c'est que tu sais que lu es charmante... Allons, cèile-iimi... oh ! tu le veux bien...

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