‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 85 sur 214 · I.K BAL l>L I.OI'KItA · texte numérisé non relu

I.K BAL l>L I.OI'KItA

vont s'asseoir là dès que le bal est ouvert, et qui n'eu Itougent plus jusqu'à ce qu'on le ferme. C'est la place favorite de quelques hommes a bonnes fortunes, ou qui du inoins ont la prétention de l'être. Ils vont se placer là en ayant l'air de dire à tous les dominos qui passent :

— Intrigue-moi donc .... tu me feras bien plaisir.

Après avoir cru vous promener dans le foyer, vous désirez en sortir; c'est aussi diflicile que pour y entrer; enfin vous êtes dehors.

Dans les couloirs les aventures s'offrent à vous sous tous les costumes.

— Paie-moi donc une limonade, je meurs de soif! dit un petit domino fripé à un jeune lion dont il vient de saisir le bras. Celui-ci loise le domino du haut en bas et lui répond :

— Je te paierai tout ce que tu voudras, mais tu oteras Ion masque auparavant.

— .Non, je l'olerai après!

— Merci ! j'aurais trop peur d'être volé!

— Malhonnête !

380 I.K BAI. I)K l.'oi'KKA.

— Tiens, adresse-toi à ce grand jobard qui passe là-bas... il a l'air de soupirer après une bonne fortune ; il sera assez bon enfant pour te payer méïne à souper , sans que tu te sois démasquée.

— Tu as raison. . . il a une tète à ça !

Kt le petit domino quitte le jeune lion pour aller attaquer le jobard , mais il a été prévenu par un débardeur qui vient de s'emparer du bras de ce monsieur.

— Il est pris ! s'énrie le domino avec colère , c'est encore Atala.. . qui vient de me le souffler.. Au bal de samedi dernier, elle m'a déjà fait manquer deux soupers! mais je me vengerai ! je ne lui rendrai pas le jupon quelle m'a prêté.

Pendant que tout ceci se passe, vous parvenez à une des entrées de la salle. Vous ne descendez pas l'escalier... la foule vous porte, et ordinairement vous vous trouvez en bas sans avoir posé le pied à terre.

C'est dans la salle que, la folie la plus délirante a établi son séjour. Là, l'éclat des lumières vous éblouit, la musique vous captive, vous séduit, vous enivre. Quelle musique en effet! plus de cent musiciens excellents et qui sont conduits par le fameux sard.

Voyez-le... il est là... debout... il donne le signal... Quel vigueur, quelle énergie, et comme ses airs sont dansants, entraînants, émouslillants. Comme ils marquent la mesure, comme ils mettent en Irain tout ce monde qui désire se livrer à la danse. Aussi, c'ost depuis que Musard conduit l'orchestre des bals de l'Opéra que ces bandes joyeuses sont venues y établir leur séjour.

Mais déjà le signal est donné, tous les quadrilles s'agitent... Quelle danse... vous en êtes tout surpris... vous ne pouvez d'abord le croire... Eh quoi! on danse au bal de l'Opéra comme à la Chaumière, comme au salon de Flore, le cancan et quelquefois pis encore. Vous n'en revenez pas... mais vous regardez toujours... Vous vous dites que c'est fort mal, que c'est profaner le sanctuaire

Page 1