‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 13 sur 111 · VICTOR ADAM · texte numérisé non relu

VICTOR ADAM

d'un sou... et la galette qui venait d'être détaillée était aussitôt remplacée par une autre, car, dès qu'il n'y en avait plus, il y en avait encore, et le pâtissier recommençait à couper... El ne faisait

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pas autre chose depuis que la boutique était ouverte jusqu'au moment où il la fermait, aussi lui avait-on donné le sobriquet de Coupe-Toujours.

Ce monsieur Coupe-Toujours fit une fortune rapide. On aurai I pu croire que cette mode de galette disparaîtrait avec le débitant : non vraiment, elle n'a l'ait que changer de favori.

Maintenant c'est sur le boulevart Bonne-Nouvelle, chez un pâtissier placé tout à côté du théâtre du Gymnase, que la foule se porte pour avoir de la galette. La vogue de Coupe-Toujours est surpassée ; ce qui était une préférence, une prédilection, est devenu un engouement, on pourrait presque dire une fureur.

De tous les quartiers , on vient acheter de la galette chez le pâtissier du Gymnase; c'est le nom que l'on a donné à ce nouveau favori de la fortune, et, du reste, cela ne saurait en rien blesser le théâtre dont il est le voisin, car on sait que celui-ci n'a pas l'habitude de donner des galettes au public.

La société qui vient chez ce pâtissier est plus choisie ou plutôt plus mêlée que celle qui faisait queue devant Coupe-Toujours; chez celui-ci les blouses et les casquettes étaient en majorité ; devant le pâtissier du Gymnase, vous voyez assez souvent des chapeaux, quelques dames bien mises, des grisettes assez coquettes, qui se font en riant servir une part de pàte-ferme : on prétend que l'un dans l'autre le pâtissier en débite trois ou quatre cents par jour de la semaine ; les dimanches on en vend de neuf cents à mille ; une galette entière coûte trente sous ; un fabricant doit bien gagner moitié sur sa marchandise, calculez, d'après cela, le bénéfice quotidien du pâtissier.

O mon siècle! vous avez fait de bien belles choses!... Vous avez lait voyager par la vapeur ; vous nous éclairez par le gaz ; vous avez proclamé la liberté de la presse ; vous avez aboli de Paris la roulette, la loterie, la mendicité; vous avez banni de la plupart de \<»s promenades les filles publiques, qui empêchaient les femmes

LA GALETTE

honnêtes de s'y montrer : vous êtes le siècle des lumières, des découvertes , des arts , du romantisme , des barbes , des moustaches et des cigares ; mais il faut bien en convenir également, vous êtes

aussi le siècle de la galette !

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