UN BATEAU DE BLANCHISSEUSES
On dit que la rivière coule pour tout le monde; elle devrait couler spécialement pour ces pauvres femmes occupées toute une matinée et toute une journée à laver dans la rivière ou dans le canal.
Le bateau est grand; il est long, il est recouvert d'un toit en planches supporté par de petites pièces de bois ; tout cela parfaitement exposé au froid, au vent, à la pluie, à toutes les intempéries de la saison.
Encore si on ne lavait qu'en été, pendant les grandes chaleurs!... l'état aurait presque du charme.
Mais on lave en toutes saisons, et dans le plus fort de l'hiver même. Pendant que la glace recouvre l'eau, on la casse devant le bateau, afin que l'on puisse toujours laver.
Les blanchisseuses sont presque toutes à genoux sur le devant .du bateau, les deux jambes dans une espèce de petite boîte en bois, le
UN UATEAU Dl. BLANCHISSEUSES.
corps penché sur l'eau, et tellement penché quelquefois, que l'on ne comprend pas comment la partie supérieure n'emporte celle qui est... postérieure; mais cet accident n'arrive presque jamais.
Ne croyez point que les femmes qui ont embrassé cet état pénible se plaignent de leur sort : bien au contraire; vous les entendez presque toujours rire, chanter. Il n'y a rien de plus gai qu'un bateau de blanchisseuses.
D'abord, ces dames parlent toujours ; quand ce n'est pas l'une, c'est l'autre; le plus souvent c'est toutes ensemble.
Voulez-vous vous en faire une idée? Écoutez un instant :