ESTAMINETS. DIVANS
retard... — On a déjà joué trois poules! — Il y a eu une belle partie à quatre. — Tiens, en as-tu de culottée comme ça, toi? — Tu viens d'aller promener ta belle... — 11 a traîné le boulet, comme dit l'autre! — As-tu fumé des cigares manilles — et que dis-tu de ceux-ci? en voilà un cigare monstre... Six sous!... Mais c'est presqu'une carotte entière... On se sent quelque chose dans la bouche au moins.
A tout cela , notre fumeur se contente de répondre par quelques poignées de main et des inclinations de tête; puis se promenant avec gravité dans l'estaminet , il dit d'un ton imposant :
— Qui est-ce qui me prête du tabac?
— Moi... — Moi... — Tiens en voilà... — Tiens prends dans ma blague.
A toutes ces offres qui lui sont faites avec empressement, notre fumeur répond avec beaucoup de calme :
— Voyons. . . Oh ! je ne prendrai pas du tien , à toi , tu as toujours de trop mauvais tabac... et puis tu en demandes dix fois quand tu en as prêté une...
— Qu'est-ce que ça te fait, puisque tu n'en rends jamais.
— Allons, va donc... passe donc ton double-six, et laisse-nous tranquille... Ah! à la bonne heure, voilà mon affaire.
Ce monsieur a parfaitement bourré sa pipe ; il appelle le garçon, se fait donner du feu, s'allume, envoie quelques bouffées pour s'assurer qu'il est bien pris, va se couchera demi sur une banquette, près de la table de deux joueurs d'écarté, qui ont déjà bu cinq bouteilles de bière à deux ; là il fume quelques instants avec délices, et presque avec recueillement ; puis tout à coup il s'écrie :
— J'ai soif, qui est-ce qui me donne à boire?
— Moi...
— Moi.
— liens , veux-tu du vin ?
— Veux-tu de la bière?