‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 66 sur 111 · LA BARBE II LES MOUSTACHES · texte numérisé non relu

LA BARBE II LES MOUSTACHES

propre main, avait passé an commencement delà bataille sa grande barbe blanche par dessous la visitre de son casque pour se faire reconnaître des siens; ce qui prouve qu'on portait une longue barbe sous la seconde race.

Vers la fin du onzième siècle les évêques déclarèrent la guerre aux longues chevelures. Plus tard, Louis VII, voulant donner, au sujet des longs cheveux, l'exemple de la soumission aux mandements des évêques, raccourcit ses cheveux et se lit raser la barbe. Mais Léonore d'Aquitaine, son épouse, princesse qui probablement tenait à ce que son mari se montrât viril, railla Louis VU sur son menton rasé et ses cheveux courts.

il s'ensuivit que Léonore d'Aquitaine écouta avec plaisir les galanteries du prince d'Antioche, qui sans doute avait une fort belle barbe. Louis VU se repentit d'avoir mené sa femme en Syrie; il aurait dû plutôt se repentir de s'être rasé le menton. Ce sujet si frivole en apparence fut cependant cause de la désunion qui se mit entre les deux époux, si bien qu'ils tirent casser leur mariage. Léonore d'Aquitaine épousa peu de temps après Henri, duc de Normandie, comte d'Anjou, qui devint ensuite roi d'Angleterre et à qui elle porta en dot le Poitou et la Guyenne. « De là (dit Saint- « Foix) vinrent ces guerres qui ravagèrent la France pendant trois « cents ans; il périt plus de trois millions de Français, parce qu'un « roi avait raccourci sa chevelure et s'était fait raser la barbe, et « parce que sa femme l'avait trouvé ridicule avec des cheveux « courts et un menton rasé. »

La longue barbe revint à la mode sous François Ie1. Ce monarque ayant été blessé à la tête, fut obligé de se faire couper les cheveux, et craignant d'avoir l'air d'un moine avec sa tète presque rasée, imagina de porter un chapeau au lieu d'un chaperon et de laisser croître sa barbe.

Sous Henri H, François II. Charles IX, et Henri lil, la longue barbe continua d'être à la mode.

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Sous Henri IV (<lil Saint-Foix) on diminua la barbe, on ne la portait que de la Longueur de trois doigts sous le menton, en éventail, arrondie et accompagnée de deux moustaches longues cl raides en forme de barbe de chat. Ensuite on ne retint que ces deux moustaches avec un petit toupet de poil au milieu et tout le long de la lèvre intérieure. Le maréchal de Bassompierre disait que tout le changement qu'il avait trouvé dans le monde, après douze ans de prison, était que les hommes n'avaient plus de barbe et les chevaux plus de queues.

La royale devint la moustache a la mode sous Louis XIV.

Lorsque l'on portait des barbes à éventail, on leur donnait cette forme avec des cires préparées et odorantes. On arrangeait sa barbe le soir, et pour qu'elle ne se dérangeât point pendant la nuit, on renfermait dans une espèce de bourse faite exprès, et que l'on appelait bigotclte.

De notre temps nous avons des hommes qui en font autant pour leur barbe, leurs moustaches et même leurs favoris.

Sous Louis XV et Louis XVI la barbe fut abandonnée. Sous la république et l'empire les militaires seuls portaient des moustaches. A cette époque on aurait trouvé fort ridicule un homme qui sans appartenir à l'armée se fût permis de laisser croître ses moustaches, et parmi les militaires même, cette mode n'était point généralement adoptée : la plupart de ces généraux qui vainquirent à Lodi , à Aréole, à Castiglione, à Austerlitz, à Wagram, etc., etc., ne portaient point de moustaches, ils pensaient sans doute qu'ils n'avaient pas besoin de cela pour faire reculer l'ennemi.

Sous la restauration on commença à voir des moustaches paraître parmi les bourgeois qui faisaient partie de la garde nationale; mais c'est surtout de la révolution de mil huit cent trente que date le retour de la barbe.

Cette mode a gagne toutes les classes de la société: les ouvriers, les artisans sont grands amateurs de longues barbes; il en est qui

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