LES DÉBITS DE CONSOLATIONS
mais il me semble que votre femme ne mérite pas d'être battue pour avoir acheté des chemises et des bas à son petit.
— Laissez donc!... c'est du lusque tout ça!... Est-ce qu'un enfant qui a une blouse en toile a encore besoin d'une chemise?... Est-ce qu'on ne peut pas se passer de bas?... J'en porte pas, moi... et j'ai des molets tout de même. Elle a fait ça pour me contrarier, pas autre chose... Je viens de l'apprendre du petit, pendant qu'elle était sortie... A c't'heure en rentrant je vas la corriger... c'est mon devoir. A vot' santé, grognard; à la tienne, l'ancien... Une, deux... serrez les rangs!... Vlà comme ça se joue. Au revoir les amis.
L'individu en veste est parti. Le petit homme qui a un balai à sa main est propriétaire d'une méchante boutique de bric-à-brac qui est à quelques pas, et qu'il laisse sous la garde d'une petite fille de huit à neuf ans. Il sort dès le matin avec son balai, sous prétexte de balayer le devant de sa porte, mais il pousse jusqu'au débit de consolations, où il passe souvent une partie de la journée, tout en disant à chaque instant :
« Je vas aller balayer le devant de ma porte. » Ce qu'il ne fait pas une fois dans le mois.
— Je trouve qu'il a tort de vouloir battre sa femme, dit le vétéran au vieux marchand de bric-à-brac.
— Bah ! bah ! répond le petit homme en secouant la tête d'un air goguenard, si c'est son idée!... qu'il se satisfasse. Faut jamais s'entremêler dans les querelles déménage... entre l'arbre et l'écorce..v vous savez le proverbe... Vétéran, est-il bon le kirch, ici?
— 11 est chenu! c'est de la Forêt-Noire toute pure.
— Ah !... alors... je... j'en prendrai un de ces jours.
Le vétéran, qui croyait que le petit homme allait lui en offrir, quitte la boutique après avoir allumé sa pipe, en se disant :
— S'il attend que je lui en paie... il aura le temps d'aller balayer.
Bientôt arrive des commissionnaires qui sont en train de faire un