‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 78 sur 111 · H0 LES BLAGUEURS · texte numérisé non relu

H0 LES BLAGUEURS

Le blagueur est quelque temps sans vous répondre ; enfui il vous prend la main, vous la serre avec force, en murmurant :

— Mon ami, ça me fait bien de la peine... Je n'aurais jamais cru cela de vous.

Puis il s'éloigne, et vous laisse ayant la bonté de vous creuser la tête i>our chercher à deviner ce qu'il a voulu vous dire, quand vous n'êtes pas habitué aux blagues de ce monsieur.

Au spectacle, le blagueur est insupportable pour le bon public qui est venu dans le désir d'écouter la pièce et de se laisser aller à ses émotions. Lorsqu'il voit une dame attendrie par une scène dans laquelle un personnage exprime sa misère et la position de sa famille qui n'a pas de pain, il s'écrie :

— Ça ne l'empêchera pas de souper en rentrant et de se donner encore une indigestion de homards... Cet acteur est très sujet aux indigestions... C'est peut-être pour cela qu'on lui fait 'jouer les affamés.

Si une actrice, remplissant le rôle d'une jeune tille séduite, fait venir des larmes dans vos yeux, en disant à son père que l'on a abusé de son innocence. Le blagueur est là, à vos oreilles, qui ne manque pas de vous dire :

— Elle est jolie son innocence!... 'fous ces jeunes gens qui sont, dans l'avant-scène de droite ont été ses amants!... Elle en ruine un par mois... Elle va bien...

Dans le peuple, le blagueur est censé un bel esprit, jusqu'à ce qu'il ait reçu quelques volées de coups de bâton ou de coups de poing par un poseur peu endurant ; cela arrive quelquefois.

In bon bourgeois qui n'est jamais sorti de son quartier (il y en a comme cela à Paris) se trouve obligé d'aller à une autre extrémité de la ville : après avoir marché long-temps il a peur de s'égarer, et il s'adresse à un gamin assis sur une borne et jonani des castagnettes avec deux morceaux d'assiette cassée.

— Mon ami, la rue des lirodeurs ?

— Hein?

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