LES ROMAINS
Les romains de Paris n ont rien de commun avec les habitants de îa ville aux sept collines. Cène sont point des Brutus, des Horace, nies Néron ; ils n'ont pas le cœur féroce : ce sont des hommes qui ne veulent des succès et des victoires que dans l'intérêt de vos plaisirs. Leur champ de bataille, c'est le parterre d'un théâtre; leurs héros, ce sont les acteurs et les actrices ; leurs dieux sont les auteurs, la scène est l'autel, et leurs mains consomment les sacrifices. En un mot, les romains sont ces mêmes hommes que l'on nommait vulgairement autrefois des claqueurs, parce qu'ils se chargent d'applaudir les pièces, de les soutenir autant que possible, ei quelquefois d'enlever un succès... à la force du poignet.
Beaucoup de gens crient après les romains ! Certes ceux qui demandent leur abolition ne sont pas auteurs dramatiques, sans quoi ils samaiont que c'est surtout au théâtre qu'un peu d'aide fait grand bien. Li ne croyez pas que les ailleurs en renom, que ceux qui oui
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journellement les plus grands succès sur la scène, dédaignent remploi des romains; bien au contraire, ils les choient, ils les prient, ils se recommandent à eux comme de simples débutants dans la carrière. 11 leur en faut des phalanges nombreuses! Ils n'en ont jamais assez.
C'est que l'auteur dramatique sait que la pièce la mieux faite, la mieux écrite, peut paraître froide et ennuyeuse devant un public impassible, qui craint de se compromettre en applaudissant.
On vous dira : S'il n'y avait point de romains, le vrai public et vos amis applaudiraient.
C'est absolument comme si l'on vous disait : Votre pièce réussira , si elle ne tombe point .
Vos amis!... Comme on profane ce mot! L'amitié est une chose si rare!... Est-ce qu'un ami véritable ira voir votre pièce pour chercher à la critiquer?. . . Est-ce qu'il sera enchanté de trouver l'occasion de dire un bon mot aux dépens d'une de vos situations?... Est-ce qu'il voudra montrer plus d'esprit que vous en refaisant votre intrigue à sa manière, et disant : C'eût été bien mieux ainsi?... Est-ce qu'il bâillera ou aura l'air de s'endormir pendant une scène un peu longue de votre pièce?... Est-ce qu'il lui échappera un sourire moqueur s'il entend un coup de sifflet ?
Voilà cependant ce que font au spectacle la plupart de ceux à qui vous avez donné des billets, parce que vous les croyez vos amis, tandis que vous deviez les regarder comme de simples connaissances.
Quant au public, il se compose en grande partie de gens qui attendent l'opinion des autres pour en avoir une : ce sont toujours les moutons de Panurge. Ils entendent applaudir, ils disent : C'est charmant ! S'ils entendaient siffler, ils diraient : 11 est certain que c'est bien mauvais.
Revenons aux romains : cet état a quelque chose de comique, qui s'augmente encore par la singulière prétention de la plupart de ceux qui l'exercent .